interview

"Le cdH ne soutiendra pas une suédoise bis" (Maxime Prévot)

©Tim Dirven

La campagne électorale entre dans sa dernière ligne droite. On parle de moins en moins programmes et de plus en plus positionnements et coalitions. C’est au tour de Maxime Prévot, président du cdH, de répondre aux questions de L’Echo. Cette fois, le Namurois se veut limpide et exclut toute alliance avec les nationalistes de la N-VA.

Cette bipolarisation entre MR et Ecolo n’a-t-elle pas été dommageable au cdH?

Les campagnes électorales se polarisent souvent autour d’un axe gauche-droite, avec une sorte de fricassée d’invectives qui n’élèvent pas le débat. On parle plus des postures que des mesures. Certains risquent d’ailleurs de vivre des lendemains douloureux en découvrant certaines mesures.

Lesquelles par exemple?
Je pense notamment au vernis Ecolo. On ne parle pas beaucoup de cette volonté de péréquation cadastrale par exemple. C’est noir sur blanc dans leur programme, et puis, il y a ces éléments plus communautaristes qu’on a pu découvrir…

Sur l’interdiction de l’abattage rituel sans étourdissement, nous avons porté une proposition de décret au Parlement de Wallonie qui a été soutenue par Ecolo, ce qui montre bien sa duplicité par rapport à Bruxelles.

Ecolo est attaqué au sujet de son tract distribué sur un marché bruxellois, quelle est la position officielle du cdH sur l’abattage rituel sans étourdissement, le voile à l’école et dans les administrations, le choix par les familles d’un jour de congé ou encore sur la suppression du cours de morale?
Nous sommes opposés à la suppression du cours de morale et de religion, nous sommes défavorables au libre choix d’un jour de congé scolaire en fonction des croyances car nous estimons que les congés scolaires rythment le calendrier selon des enjeux pédagogiques et qu’il n’y a pas lieu de tout chambouler en fonction des opinions philosophiques et religieuses qui relèvent de la sphère privée. Sur l’interdiction de l’abattage rituel sans étourdissement, nous avons porté une proposition de décret au Parlement de Wallonie qui a été soutenue par Ecolo, ce qui montre bien sa duplicité par rapport à Bruxelles. La Cour constitutionnelle a été saisie avant de saisir à son tour la Cour de justice européenne pour voir si notre décret ne se heurtait pas à la liberté de culte garantie par la Constitution. On attend ses conclusions et on en tirera les conséquences. Nous ne sommes pas favorables à ce que des signes convictionnels ostentatoires puissent être portés aux guichets des administrations.

Elections | Comparez les programmes

L'Echo a épluché et comparé pour vous le programme des huit principaux partis francophones pour que vous n'ayez pas à le faire. Voici l'essentiel, en 100 questions.

Et à l’école?
On considère que le foulard ou tout signe ostentatoire n’y a pas sa place. On peut accepter que la réflexion s’ouvre pour les 5e et 6e secondaires pour autant que les pouvoirs organisateurs respectifs le décident. Pour nous, cela doit faire partie d’un choix pédagogique de l’établissement scolaire et pas quelque chose qui doit être unilatéralement autorisé depuis la Communauté française.

Le cdH a fait la promotion des accommodements raisonnables par le passé, où en est le parti par rapport à ces principes?
Caricature. Nous n’avons pas soutenu les accommodements raisonnables. Il y a eu à l’époque une réflexion sur la question du vivre ensemble. Il y a 180 nationalités à Bruxelles, la question de la cohésion se pose différemment qu’à Virton. Mais nos positions sont claires.

©Tim Dirven

Faut-il revenir à la pension à 65 ans, comme le PS le demande?
Non. Faire marche arrière par rapport à l’âge légal ne serait pas raisonnable. L’augmenter avec, comme l’a suggéré Bart De Wever, une forme d’indexation de l’âge en fonction du vieillissement est une idée à proscrire. Il faut surtout travailler sur l’enjeu du départ effectif à la pension. C’est là qu’on ne comprend pas très bien l’attitude du MR qui a augmenté l’âge de la pension sans travailler en parallèle sur la pénibilité des fins de carrière. Le bonus a été supprimé alors qu’on devrait pouvoir travailler plus longtemps.

Quel est votre projet pour les fins de carrière?
On souhaite pouvoir encourager financièrement celles et ceux qui restent volontairement au travail. On a de toute manière un besoin criant de modernisation du marché du travail, qui est encore imprégné de l’ère post-industrielle. La fiscalité aussi. Les deux doivent être toilettés. Les jeunes générations sont davantage demandeuses d’une flexibilité accrue entre heures de travail et de temps libre. On doit mieux prendre en compte la situation des familles monoparentales, avec les gardes alternées, faire évoluer notre droit du travail pour pouvoir travailler davantage les semaines où l’on n’a pas les enfants et compenser avec plus de flexibilité la semaine suivante. Permettre que son temps plein soit concentré sur quatre jours pour avoir un cinquième jour off où l’on peut se consacrer à sa famille est également une option. Sur 8 heures de travail, pourquoi pas 6 au bureau et deux à domicile? Nous voulons une réforme au bénéfice des travailleurs comme des employeurs.

"Nous avons PS et Ecolo qui proposent le modèle PTB et le MR qui propose le modèle N-VA. Nous ne voulons ni de l’un ni de l’autre."

Vous avez opposé un veto à l’égard de Jan Jambon Premier ministre, certains ont pu y voir l’acceptation de gouverner avec la N-VA. À raison?
J’ai lu cette déclaration fantasmagorique de Didier Reynders. Ce n’est pas la première fois qu’il se trompe au niveau de la stratégie, je suis au regret de lui faire de la peine. En fait, nous ne préconisons nullement la reconduction de la suédoise. En aucun cas le cdH ne veut être un parti d’appoint à une suédoise bis. En aucun cas le cdH ne veut contribuer à la mise en place d’un gouvernement avec la N-VA. Notre souhait est d’unir les forces francophones et les autres forces flamandes pour que la N-VA soit sur le banc de touche.

Que dites-vous au MR?
Qu’il y ait un besoin de réformes volontaristes, oui! Et le cdH est prêt à y contribuer mais dans des configurations gouvernementales qui ne prévoient pas la N-VA. Nous avons PS et Ecolo qui proposent le modèle PTB et le MR qui propose le modèle N-VA. Nous ne voulons ni de l’un ni de l’autre. Le cdH ne sera sans doute pas en position de leadership après le 26 mai, malgré mon volontarisme pour faire mentir les sondages. Nous ne voulons pas faire l’appoint dans une coalition avec la N-VA.

Élections 2019

Le 26 mai, la Belgique se rend aux urnes pour renouveller les parlements régionaux, fédéraux et européens. Suivez la campagne pas à pas dans notre dossier >

Et avec PS et Ecolo?
Tout cela est possible, la question est de savoir si le MR est capable d’envisager d’autres types de majorités qui n’incluraient pas la N-VA. J’espère que côté flamand, il y aura aussi cette audace de considérer que la N-VA ne doit pas à tout prix être emmenée dans le sac à dos.

Si elle est incontournable en Flandre, doit-on imaginer un gouvernement fédéral minoritaire côté néerlandophone?
Il est déjà arrivé que les francophones y soient contraints, pourquoi serait-ce inaudible côté flamand? Une nouvelle histoire est possible pour ce pays en fédérant ceux qui ne surfent pas sur les extrêmes. Mais les francophones ne votent pas chez les Flamands et nul ne peut présager du poids politique que l’électeur flamand donnera à la N-VA.

"Le cdH ne montera pas en majorité, s’il n’est pas mathématiquement nécessaire. La cure d’opposition est une option."

Votre mesure phare pour entrer dans un gouvernement?
Le refinancement de la Justice. Objectivement, la situation actuelle, c’est un scandale. Et cela pose préjudice au citoyen comme à l’économie. Ensuite, nous voulons une modernisation du marché du travail et un toilettage de la fiscalité pour y intégrer les enjeux de la révolution numérique. Notre souhait n’est pas d’opérer une péréquation ou une réforme fiscale infinançable, mais utiliser le levier fiscal pour la compétitivité et pour le bien-être avec un effort particulier sur les bas salaires. C’est là que se trouvent les effets retour les plus importants.

Êtes-vous prêt à retravailler avec le Parti socialiste?
L’élection de 2019 ne doit pas se regarder avec les lunettes de 2017. Il y a eu un changement en 2017 dans un contexte d’indignation majeur. Il nous a semblé que le PS n’apportait pas les réponses attendues en matière de gouvernance. Le travail qui a été fait avec le MR depuis lors je ne le regrette en rien, mais la législature qui s’achève ne sera pas l’alpha et l’omega des choix que le cdH fera au lendemain du 26 mai. Je revendique notre autonomie, on ne sera le parti croupion de personne.

©Tim Dirven

Le dernier sondage en date met la N-VA très haut à Bruxelles. Que comptez-vous faire si elle est incontournable dans le futur gouvernement régional?
Je veux continuer de croire que le résultat ne sera pas celui qu’on prédit. Il faut un sursaut citoyen par rapport au danger de blocage que représenterait la N-VA comme première force flamande à Bruxelles. Ma logique reste la même: fédérer les autres forces pour faire fonctionner nos institutions. Arrêtons d’être tétanisés devant la N-VA, elle ne le mérite pas.

En cas de défaite, une cure d’opposition à tous les niveaux est-elle envisagée?
Toutes les options sont possibles. Celle-là également. La vocation d’un parti est de réaliser son projet au maximum, le seul parti qui veut rester dans l’opposition c’est le PTB. Le cdH n’ira pas faire l’appoint s’il n’est pas mathématiquement nécessaire, ça c’est clair! Et si on l’était, il faudrait la conviction que l’attelage proposé est conforme à nos valeurs et nous permet de mettre en œuvre notre projet. Sinon, comme pour toute formation politique, l’opposition fait partie des scénarios possibles.

L'Echo interviewe les présidents de parti

Dernière semaine avant les élections. Et dernières interviews des présidents de parti.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect