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Le cordon sanitaire sous pression

Tom Van Grieken ©BELGA

Bart De Wever recevra le Vlaams Belang mais il reste évasif à propos du maintien du cordon sanitaire.

Tiendra? Tiendra pas? Comme on pouvait s’y attendre, la victoire du Vlaams Belang, dimanche a relancé le débat sur le cordon sanitaire. Le cordon sanitaire est né en 1991, suite à la première grosse percée électorale de l’extrême droite flamande (le premier dimanche noir), encore appelée Vlaams Blok à l’époque. Il s’agit d’un engagement de principe entre les partis démocratiques pour ne pas gouverner avec l’extrême droite.

Jusqu’ici, le cordon a tenu, puisque l’extrême droite n’est jamais entrée dans aucune majorité, à quelque niveau de pouvoir que ce soit. La Belgique a, parmi les pays Européens, un des cordons sanitaires les plus stricts. Rien à voir avec l’Italie, l’Autriche ou la France par exemple où l’extrême droite participe non seulement au débat public mais aussi à des majorités politiques.

"La volonté de la population doit être respectée. C’est la démocratie."
Jean-Marie Dedecker
Candidat N-VA

Une différence notable est à épingler entre la Flandre et la Belgique francophone. En Flandre, le Vlaams Belang parvient à s’exprimer dans les médias, alors que dans le sud du pays, l’extrême droite est systématiquement écartée de la lumière des projecteurs médiatiques.

Reste à voir combien de temps le cordon pourra encore tenir. Car la pression est forte pour le suspendre. Bien avant le scrutin de dimanche, certains politiques flamands, dont Bart De Wever par exemple, n’ont jamais caché que le cordon sanitaire leur posait un problème de principe. Il s’agit en effet d’une arme à double tranchant.

D’une part, elle permet de ne pas polluer le débat public avec des propos racistes par exemple. Mais d’autre part, le cordon sanitaire offre au parti ciblé un statut de victime qu’il pourra exploiter auprès d’un public acquis au discours antisystème. Par ailleurs, 65% des Flamands sont pour la rupture du cordon, selon un sondage de VTM et Het Laatste Nieuws.

"Hooliganisme politique"

Dès l’annonce des résultats dimanche soir, Jean-Marie Dedecker, qui poussait la liste N-VA à la Chambre en Flandre occidentale, a appelé à briser le cordon sanitaire. "La volonté de la population doit être respectée. C’est la démocratie. À défaut, de tels dimanches noirs risquent de se reproduire", a-t-il prévenu. Luk Van Biesen (Open Vld) s’est exprimé de la même façon avant d’être rappelé à l’ordre par sa présidente Gwendolyn Rutten.

De son côté, le président du Vlaams Belang, Tom Van Grieken, entend bien saisir l’occasion de briser le cordon. "Nous avons reçu un mandat de l’électeur. Je m’en voudrais de ne pas essayer aujourd’hui de tout faire pour y parvenir." Il s’est dit aussi "prêt à prendre ses responsabilités", lui et son parti. Limite provoquant, il a précisé que "ce serait tellement plus facile d’immédiatement fermer la porte et de choisir de mener une opposition dure". Mais pour l’heure, il s’en remet à Bart De Wever, "qui a l’initiative".

"S’il avait voulu, Bart De Wever aurait déjà pu gouverner avec le Vlaams Belang à Anvers."
Nicolas Bouteca
Politologue à UGent

Or celui qui est à la manœuvre pour former le gouvernement flamand a annoncé son intention de rencontrer Tom Van Grieken, comme il l’avait déjà fait en 2014 du reste, lorsqu’il officiait déjà en tant que formateur flamand. "Je souhaite ne rien exclure. Nous voyons ces pourparlers dans un esprit d’ouverture. Nous ne pouvons pas répéter les erreurs du passé." Il insiste toutefois sur la profondeur du fossé qui sépare les deux partis. "Il y a encore quelques petits problèmes entre nous, ce hooliganisme politique, ces mauvaises amitiés. Cela n’a pas disparu. Sur le fond aussi: certaines propositions dépassent la limite ou sont inapplicables en ce qui nous concerne."

Nicolas Bouteca, politologue à l’université de Gand (UGent), ne voit pas le cordon sanitaire céder si facilement. "S’il l’avait voulu, Bart De Wever aurait déjà pu gouverner avec le Vlaams Belang à Anvers. À Ninove plus récemment, cela ne s’est pas fait non plus."

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