Le gel des salaires divise le nord et le sud

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Cinq universités francophones et flamandes (VUB, ULB, KUL, UCL et Anvers) ont décortiqué les comportements des électeurs avant et après le 25 mai.

C’est un travail de fourmi auquel se sont attelés les chercheurs universitaires flamands et francophones pour livrer un condensé des "Attitudes et comportements des électeurs lors du scrutin du 25 mai 2014" compilant les résultats d’enquêtes en face à face auprès de 3.551 électeurs wallons et flamands (en deux vagues). Quels principaux enseignements en tirer?

- Sur les grandes questions politiques. Certains grands thèmes d’actualité divisent plus ou moins nettement l’opinion publique francophone et flamande (voir tableau). La divergence la plus profonde concerne la question du gel des salaires, un mécanisme que veut adopter la coalition suédoise en formation. L’écart entre le nord et le sud sur cette question est de 24,2%. En revanche, Wallons et Flamands sont très proches sur des propositions liées au socio-économique (taxation des voitures de société), à l’éthique (adoption), à l’environnement (centrales nucléaires) et à l’immigration (repas halal dans les écoles). Certaines questions emblématiques comme le service minimum en cas de grève à la SNCB sont plébiscitées tant par les Wallons (90,6%) que par les Flamands (92,7%). Wallons et Flamands ne s’opposent pas systématiquement sur des dimensions idéologiques majeures mais sur des points concrets. Par exemple: les Wallons sont beaucoup plus hostiles que les Flamands à accueillir des immigrés extra-européens pour combler les lacunes du marché du travail (16,9% d’écart).

- Sur la proximité des différents partis politiques belges entre eux. Partant de l’analyse de 124 propositions des différents partis, les chercheurs ont évalué le degré de proximité/distance entre formations politiques. Les deux partis les plus proches sont sans surprise Ecolo et Groen (leurs propositions se recoupent à 76%). Cependant, il faut aussi noter qu’Ecolo est aussi proche du PS que de Groen et Groen est légèrement plus proche du sp.a que d’Ecolo (77%). À l’inverse, la proximité entre cdH et CD&V n’est que de 58% — ce qui est logique vu l’évolution du positionnement du cdH vers le centre-gauche et celui du CD&V vers le centre-droit. Seul point de convergence entre ces deux partis: les questions d’ordre éthique. Le PS (64%) et le MR (60%) sont les deux partis francophones les plus proches du CD&V. PS et sp.a sont relativement proches (69%); cependant, le PS est nettement plus proche du cdH, d’Ecolo et de Groen que du sp.a. Le MR est proche à hauteur de 66% de l’Open VLD et à 59% de la N-VA.

- Quelles sont les coalitions les plus "naturelles"? Les chercheurs ont également pointé les coalitions ayant le plus haut degré de convergence entre les formations qui les composent en partant des propositions communes formulées dans les programmes. En Région wallonne, c’est bien la coalition actuelle entre le PS et le cdH qui est la plus "naturelle" puisque leur degré de proximité est de 78,6%, loin devant le PS/MR (64,3%) et la "Jamaïcaine" MR/cdH/Ecolo (55,4%). En Flandre, c’est la coalition N-VA/CD & V qui récolte le plus haut taux de proximité (66,7%) devant la majorité en place actuellement N-VA, CD & V et Open VLD (45,6%). À Bruxelles, enfin, côté francophone, la majorité en poste PS/FDF/cdH ne récolte que 62,3% de convergence alors que l’attelage PS/MR pointe à 69,8%, devant la coalition MR/FDF/cdH (66%). Quant à la coalition suédoise, elle n’était pas encore en cours de formation au moment de l’enquête.

- Les flux électoraux. En Wallonie, l’électorat le moins fidèle est celui d’Ecolo (52,6%) entre les scrutins de 2010 et de 2014. Le transfert des voix d’Ecolo s’opère surtout au profit du PS (15,4%) et du cdH (10,3%). D’autre part, 9,6% des électeurs wallons ayant voté PS en 2010 ont voté pour le PTB-Go! en 2014. En Flandre, le principal constat est que la N-VA a pu compter, entre 2010 et 2014, sur un électorat fidèle à 72,8%. À l’inverse, le taux n’est que de 30,6% pour le Vlaams Belang un parti dont 44,4% de l’électorat de 2010 a voté pour la N-VA en 2014.

- La satisfaction des citoyens. L’enquête a également mesuré le degré de satisfaction envers les gouvernements et là, surprise, le gouvernement Di Rupo n’a pas été décrié en Flandre (3,09 sur 5, mieux qu’en Wallonie, 3,08). Et l’électorat wallon se montre plus enclin à exprimer son insatisfaction ou un manque de confiance envers les institutions régionales, globalement moins bien loties. Mais politiquement, c’est au nord que l’insatisfaction ou le manque de confiance surgissent dans l’urne, l’offre politique (N-VA, VB, Pvda) étant plus attentive aux manifestations de mécontentement. L’Union européenne est généralement mal cotée. Les partis politiques et les médias sont encore plus bas dans les indices.

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