Le PS invite le MR et Ecolo à une réunion exploratoire

©Photo News

Après l’échec du coquelicot PS-Ecolo en Wallonie, place à la tripartite PS-MR-Ecolo. Les socialistes ont lancé les invitations. Le MR viendra avec ses exigences. Et Ecolo est hautement désiré!

Après l’échec du coquelicot, PS et Ecolo ont réuni leurs états-majors mercredi. Du côté des socialistes, les choses n’ont pas traîné. Face à l’impossibilité de mener à bien un projet de gouvernement progressiste avec Ecolo et le PTB; ou minoritaire avec Ecolo et l’appui externe d’autres partis, les socialistes ont dû se rendre à l’évidence. Sur le coup de 13h mercredi, les voilà prêts à discuter avec les libéraux.

Mais avant de lancer les invitations officielles, les socialistes ont pris soin de justifier ce changement de cap et leur rapprochement avec le MR dans une éventuelle coalition tripartite PS-Ecolo-MR. Chaque mot employé a son importance.

Un long réquisitoire

Sous la forme d’un réquisitoire intégrant une série de "compte tenu" et de "considérant", le communiqué du PS rassemble une liste de justifications résumant la situation politique dans le sud du pays, suite au refus du PTB et du cdH de gouverner en Wallonie et le rejet de la note coquelicot par le MR.

©BELGA

L’objectif de cette litanie: démontrer que les autres pistes étaient impossibles. Voici par exemple ce qu’on y lit: "Compte tenu du refus exprimé par le cdH le 9 juillet confirmant sa volonté de siéger dans l’opposition après avoir parcouru, par courtoisie, les notes qui [lui] ont été adressées par le PS et Écolo" et "considérant que le PS et Écolo ensemble ne rassemblent pas une majorité de parlementaires leur permettant de gouverner", "considérant que, arithmétiquement, le MR est en mesure de permettre à la Wallonie et à la Fédération Wallonie-Bruxelles de se doter d’un gouvernement avec Écolo et le PS", "considérant que les élections se sont tenues il y a 45 jours",…

Cette circonvolution terminée, le PS doit bien se rendre à l’évidence: le MR est incontournable en Wallonie.

Encore une fois, chaque mot employé par le Parti socialiste a son importance. Aujourd’hui, le PS ne fait qu’"inviter Ecolo et le MR à une rencontre exploratoire afin d’examiner les élargissements possibles des cohérences déjà construites entre le PS et Écolo et consignées dans les lignes directrices pour la Wallonie et la Fédération Wallonie-Bruxelles". Ce n’est qu’après coup que des négociations officielles seront lancées.

Le MR, cet invité de dernière minute

Derrière cette invitation, le PS entend donc rester aux commandes et dicter la base de discussions. Ce n’est évidemment pas anodin. À travers son message, le PS envoie un signal fort à son allié Ecolo qui tient un conseil de fédération dans la soirée sur la suite à donner à l’invitation pour une tripartite. En disant aux verts que la note coquelicot restait la base de travail, le PS se protège contre une éventuelle sortie brutale d’Ecolo. Il fait aussi du MR un invité de dernière minute à qui on demande de parapher un programme gouvernemental ficelé dans les grandes lignes par le duo PS-Ecolo.

"Le temps des convergences et de l’intelligence doit prendre la place des différences de campagne."
Jean-Luc Crucke

Évidemment, du côté libéral, on ne voit pas les choses de la même façon. Si le ministre Jean-Luc Crucke estime que "le temps des convergences et de l’intelligence doit prendre la place des différences de campagne", il confirme aussi que "le MR viendra avec ses éléments de programme".

Le ministre-président wallon Willy Borsus est d’ailleurs très clair au sujet de la note coquelicot. "Cette note est un des éléments d’analyse à utiliser lors d’une négociation. Notre intention, c’est légitimement de venir avec nos notes et nos priorités comme la question du pouvoir d’achat, la gouvernance, une baisse de la fiscalité. Il y a évidemment des objectifs avec lesquels on peut travailler comme par exemple sur la politique d’isolation des logements, sur la transition énergétique mais d’autres éléments sont de nature à alimenter le travail comme l’audit des finances de la Fédération Wallonie-Bruxelles réalisé par l’université de Namur. Il y a aussi des éléments de difficulté et d’impossibilité. Il y a un travail considérable à effectuer."

L’inconnue verte

Toute cette communication du PS ou du MR tient évidemment au choix que poseront les verts. Sans être numériquement indispensables pour former une majorité en Wallonie ou en Fédération Wallonie-Bruxelles, la participation d’Ecolo est hautement souhaitée tant par la gauche que par la droite.

À l’heure d’écrire ces lignes, les discussions au sein du conseil de fédération d’Ecolo (sorte de Parlement interne qui rassemble les délégués des 15 régionales du parti) se poursuivaient toujours alors que celui-ci a débuté à 19 heures.

> Lire aussi: Ecolo en plein dilemme

Sans en connaître l’issue, une participation à des négociations en vue de former une tripartite avec le PS et le MR devrait a priori être validée. Elle est d’autant plus facile à comprendre compte tenu du contexte né de l’épisode Coquelicot. La marque de fabrique d’Ecolo, c’est la consultation et la participation de la société civile en vue de façonner un projet politique "citoyen" en rupture avec les usages politiques. Comment, dès lors, justifier auprès de l’opinion publique un refus de tout dialogue alors que l’opportunité de défendre le projet vert dans une majorité est offerte?

Cet élément ne fait pas pour autant disparaître les dangers qui accompagnent toute participation au pouvoir sans être numériquement indispensable. Avec PS et MR, Ecolo s’allie à ce qu’en interne on n’hésite pas à appeler la coalition "Publifin", potentiellement porteuse d’un certain conservatisme en matière de gouvernance comme dans d’autres domaines. Par ailleurs, à tout moment, le couple PS-MR, majoritaire avec 43 sièges sur 75, peut éjecter les écologistes ou provoquer leur départ en tentant de leur faire avaler quelque chose d’imbuvable. Pareil scénario projeté par exemple à quelques mois des élections de 2024 pourrait s’avérer électoralement dévastateur pour Ecolo.

En raison de ces dangers, la position de principe qui veut qu’Ecolo ne participe pas à une majorité sans que ses 12 sièges soient nécessaires n’a, à ce stade, en rien évolué.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect