analyse

Les Wallons pas si différents des Flamands

©Photo News

Flamands et Wallons veulent que les grandes fortunes soient plus taxées, qu’une pension minimale de 1.500 euros soit instaurée et que l’indexation perdure. Si on a les mêmes aspirations, pourquoi vote-t-on si différemment?

La Flandre a voté plutôt à droite. La Wallonie plutôt à gauche. La différence est telle qu'il s'avère très compliqué d'échafauder un gouvernement fédéral. Tout un groupe d'universitaires belges* s'est penché sur les opinions politiques qui sous-tendent ce comportement électoral des deux côtés de la frontière linguistique. Et le résultat est plutôt surprenant. 

Le groupe de chercheurs a d'abord passé les partis eux-mêmes sous la loupe. Deux constats sont apparus:

  • Les partis de droite socio-économique sont le plus souvent de droite socio-culturelle et les partis de gauche socio-économique sont le plus souvent de gauche socio-culturelle. Il y a des exceptions, comme le Vlaams Belang qui apparaît clairement de droite socio-culturelle, mais qui se situe plus proche du centre socio-économique.
  • Les partis politiques francophones se situent en moyenne plus à gauche (pour le socio culturel et pour le socio-économique) que les partis flamands.

L'étude du consortium universitaire confirme que les Wallons ont voté pour des partis se situant nettement plus à gauche que les partis pour lesquels les Flamands ont voté. Comment savoir si ces deux populations pensent vraiment différemment? Il a été demandé aux personnes interrogées de se positionner sur un axe gauche-droite. Résultat: il n’y a pas de grandes différences entre l’électeur wallon moyen et l’électeur flamand moyen en termes de placement "gauche-droite". Ce n'est pas ce que montre pourtant le résultat du scrutin...

Les différences de valeurs politiques sont limitées

Les participants à l'enquête ont aussi dû se positionner par rapport à des valeurs politiques. Il est ressorti que les Wallons ne sont pas clairement plus à gauche sur la dimension socio-économique. Sur les valeurs socio-culturelles, la différence entre les deux communautés n'est pas très nette non plus: les Wallons sont juste un peu plus à gauche. "Tout considéré, les différences entre Flamands et Wallons en termes de valeurs politiques peuvent être considérées comme limitées", note l'étude.

Les petites disparités observées correspondent à une "situation socio-économique différente, notamment en termes d'emploi, explique Benoît Rihoux, politologue de l'UCLouvain qui a participé à cette étude. La question de la prospérité est ainsi davantage posée en Wallonie qu'en Flandre".

Côté politiques publiques, les Flamands et les Wallons veulent, dans une large majorité:

  • que les grandes fortunes soient plus taxées;
  • que les magasins puissent décider eux-mêmes de leurs jours de soldes;
  • qu’une pension minimale de 1.500 euros soit instaurée;
  • que l’index ne soit pas supprimé. 

"Les Wallons posent simplement ces affirmations avec un peu plus de force que les Flamands", note l'étude.

L'immigration et la question identitaire

Mais concernant l'immigration, les différences sont plus fortes entre les deux électorats. Sur un enjeu en particulier, la majorité des Flamands s’oppose à la majorité des Wallons: une petite majorité d’électeurs flamands sont en faveur de rendre punissable l’hébergement de migrants tandis qu’une petite majorité d’électeurs wallons pensent l’inverse.

"En Flandre, la question identitaire est plus profonde et ça se traduit par une perception négative de l'immigration", explique Benoît Rihoux.

Concernant le climat et l'environnement, les différences restent limitées. Au final, "bien que le positionnement gauche-droite général des Wallons et des Flamands soit, en moyenne, assez semblable, les électeurs wallons prennent des positions plus à gauche sur des propositions concrètes", relève l'étude, précisant que "ces différences restent néanmoins relativement limitées".

Alors, pourquoi?

Au vu des résultats de cette étude, on peut s'étonner que la Belgique semble donc coupée en deux, avec une Wallonie à gauche et une Flandre à droite. Le politologue de l'UCLouvain explique cela par une sorte d'illusion d'optique engendrée par l'offre des partis, qui est, elle, très différente. "Il y a un écart entre l'offre et la demande électorale, précise Benoît Rihoux. L'offre en Flandre attire à droite tandis que l'offre en Wallonie attire à gauche."

Ainsi, le Vlaams Belang est un parti, détaille Benoît Rihoux:

  • protestataire
  • anti-immigrés
  • défenseur du peuple flamand

En Wallonie, "il existe un potentiel de votes protestataires captés par le PTB. Le 'potentiel anti-immigrés' a été capté par des partis comme le PP ou les Listes Destexhe. Mais il n'y a pas de vote nationaliste". 

L'offre en Flandre attire à droite tandis que l'offre en Wallonie attire à gauche.
Benioît Rihoux
Politologue UCLouvain

Certains éléments, non étudiés dans cette étude, se doivent d'être rappelés. Il existe des différences culturelles telles que le sentiment d'appartenance à une communauté. "Le Flamand se sent davantage Flamand. Il a de lui-même une image de réussite. En outre, les différences sociodémographiques ne sont pas à négliger. En Wallonie, on trouve davantage de gens issus de milieux plus modestes qu'en Flandre", rappelle Benoît Rihoux. Ces éléments de contexte expliquent aussi le visage politique très différent en Wallonie et en Flandre.

* Cette étude émane du consortium EOS RepResent (UCLouvain, ULB, UA, VUB, KULeuven), avec financement du FNRS et du FWO. Les données du “Test électoral 2019”/”Stemtest 2019” proviennent de l'outil élaboré par une équipe UA-UCL-Tree Company, en partenariat avec la RTBF, La Libre, la VRT et De Standaard. 3.405 électeurs flamands et 3.103 électeurs wallons ont été interrogés durant la période pré-électorale, entre le 5 avril et le 21 mai 2019. La région bruxelloise n'a pas fait partie de l'enquête.

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