Liaisons dangereuses à Anvers

La révélation de relations intimes passées entre Tom Meeuws, chef de file socialiste à Anvers, et Liesbeth Homans, ministre N-VA, secoue la Flandre. ©BELGA

La révélation de relations intimes passées entre Tom Meeuws, chef de file socialiste à Anvers, et Liesbeth Homans, ministre N-VA, secoue la Flandre. Au-delà du voyeurisme "people", l’affaire a des répercussions politiques manifestes. En Flandre, la campagne électorale en vue des prochaines élections communales prend des airs de combat de rue...

Streetfighting. Rompant avec les codes habituels, l’hebdo "Knack" a balancé un lourd pavé dans la mare, jeudi, en révélant la liaison extraconjugale passée de la ministre N-VA flamande et de Tom Meeuws, figure de proue du sp.a à Anvers. Homans, Anversoise également, est très proche du président de la N-VA Bart De Wever avec qui elle partage un très long parcours politique et Tom Meeuws, de son côté, portait la liste de cartel "samen" entre les socialistes flamands et Groen — une liste rouge/verte qui pouvait potentiellement lézarder la suprématie de la N-VA à Anvers.

Au départ d’un article de "Knack" révélant une romance passée entre le socialiste Meeuws et la N-VA Homans, la politique anversoise s’est enflammée. ©BELGA

Mais voilà: ce cartel a éclaté en janvier dernier, entre autres à cause des différents problèmes de gouvernance de Tom Meeuws que ce soit au sein du groupe De Lijn ou avec ses liens flous avec des promoteurs immobiliers anversois de Land Invest Group. "Knack" laisse entendre que Tom Meeuws doit une partie de ses déboires à l’acharnement de la N-VA à son égard. Et que – en gros – De Wever, irrité par cette romance entre "sa" nationaliste Homans et le socialiste, aurait tout mis en œuvre pour pulvériser Meeuws.

Que retirer comme enseignements de cette pantalonnade?

D’abord, qu’il est quelque peu naïf de penser que le bourgmestre d’Anvers a attendu une histoire de cœur pour pulvériser Tom Meeuws et le cartel Groen/sp.a. De Wever, stratège politique, n’a pas réellement besoin de prétexte pour essayer d’éliminer ses adversaires – c’est dans son ADN. Maintenant, a-t-il mis un soin tout particulier à s’occuper du sort de Tom Meeuws? A voir. Mais le romantisme ou le sentimentalisme, en politique, ça ne mène jamais très loin, cela a surtout tendance à aveugler.

©BELGA

Secundo, l’affaire est mauvaise pour Liesbeth Homans dont la cote de popularité à l’intérieur de la N-VA n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fut jadis. Il fut un temps où Liesbeth Homans était présentée comme une potentielle ministre-présidente flamande, alternative crédible à Geert Bourgeois. On en est bien loin aujourd’hui – entre autres après l’épisode où elle était apparue passablement éméchée en direct à la télévision flamande en 2016. Ses rapports avec Bart De Wever se sont tendus, celui-ci faisant notoirement davantage confiance à Anvers a l’échevine Annick De Ridder avec qui il a longtemps siégé sur les bancs de l’opposition dans la Métropole.

Mais c’est d’abord et avant tout pour le sp.a que l’affaire est mortifère. A Anvers, les socialistes qui – il n’y a pas si longtemps – dominaient la politique locale de la tête et des épaules, sont à la remorque de Groen qui, portés par Wouter Van Besien, profitent bien de l’écroulement de la façade socialiste. Le sp.a Tom Meeuws traîne une réputation d’affairiste et partir en campagne électorale avec un tel boulet au pied ce n’est jamais facile. Plus largement, on notera aussi l’impuissance du président du SP.A John Crombez: en janvier, il n’avait pas réussi à faire démissionner Tom Meeuws.

L’affaire est donc également très mauvaise pour Crombez qui a bâti son édifice politique sur une réputation de "monsieur propre" et qui n’a par exemple jamais hésité à dire tout le mal qu’il pensait des affaires du Parti socialiste. A Anvers, il est impuissant. Un observateur avisé dit ceci: "A Anvers, Crombez se trouve confronté à ce que Di Rupo a dû affronter à Liège: le syndrome "ne vous mêlez pas de nos affaires".

"John Crombez se rend compte qu’il n’a aucun pouvoir sur les socialistes anversois, comme Di Rupo sur les camarades liégeois."
un observateur flamand

Les tuiles pour le sp.a n’ont pas fini de tomber. A Bruxelles, le sp.a vogue au gré des humeurs des uns et des autres. A La ville de Bruxelles, ils ont planté la majorité PS/MR dans la foulée du Samusocial tandis qu’à la Région bruxelloise, Pascal Smet est en difficulté – lâché par son ministre-président Rudi Vervoort.

Bref, dans ce paysage politique flamand plus fragmenté que jamais – on n'a même pas abordé ici la rivalité entre les trois partis NVA, CD&V et Open VLD – c’est Groen qui tire son épingle du jeu à gauche. Entre un Wouter Van Besien qui rassure à Anvers et un Kristof Calvo qui porte le fer dans la plaie à Malines, les verts flamands ont la cote.

Mais souvenez-vous: la première règle du combat de rue, c’est qu’il n’y en a aucune. La partie de "streetfighter" est donc loin d’être terminée.

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