"Ma génération est habitée par une grande incertitude" (Sophie Rohonyi, DéFI)

©Dieter Telemans

En politique belge, il y a les "usual suspects", qui squattent les affiches électorales depuis des années. Et puis, il y a ces "petits jeunes" qui montent. A l’approche des élections, L’Echo est parti à la rencontre de quelques "étoiles montantes" des partis.

Série 1/5

C’est ce qui s’appelle vouloir sauter de l’autre côté du miroir. Les travées parlementaires, elle connaît, Sophie Rohonyi, puisqu’elle est l’attachée parlementaire de DéFI à la Chambre depuis 2014. À présent, c’est un siège de députée que la jeune femme de 31 ans vise; elle a en effet hérité de la seconde place sur la liste fédérale amarante à Bruxelles. Cette juriste qui voulut, un temps, devenir journaliste, y voit un sacré défi: prendre la relève du patron Olivier Maingain, ce "monstre politique".

Je veux répondre à cette catégorie de la population qui s’inquiète pour son avenir et celui de ses enfants, qu’il s’agisse d’environnement, d’emploi ou de santé.

À quand remonte votre engagement politique?
Après mes études, j’ai travaillé au sein de la cellule étude et stratégie du Centre d’action laïque, où je m’occupais des questions liées à la Justice, l’égalité entre hommes et femmes et la politique carcérale. Dans ce cadre, j’étais amenée à sensibiliser les politiques sur les droits fondamentaux. C’est là que j’ai pu me rendre compte que DéFI était la formation qui collait le plus à mes valeurs. Notamment parce qu’elle défend sur la laïcité la position la plus dépourvue d’ambiguïté. Je m’y suis inscrite fin 2012, après avoir déménagé à Rhode-Saint-Genèse, lorsque j’ai été confrontée à la réalité des facilités linguistiques. Qui dépasse largement les seuls documents administratifs; elle concerne l’école, la culture ou encore la santé.

Vous voyez la jeunesse comme un atout, en politique?
Ce qui est bien, en politique, c’est que l’on est toujours considéré comme jeune à 35 ans. Plus sérieusement, la jeunesse constitue un atout. Bien sûr, un élu se doit de défendre l’intérêt général. Il ne faut cependant pas ignorer que l’on a tendance à embrasser les préoccupations qui nous sont les plus proches. En tant que jeune femme, je suis assez sensible aux inégalités de genre sur le marché du travail. Tout comme je pense poser un regard peut-être un peu plus juste sur le débat autour de la dépénalisation de l’avortement qu’un homme de soixante ans. D’où l’importance d’avoir des assemblées représentatives de la population.

À propos de jeunesse, DéFI n’a-t-il pas tardé à assurer la relève en ses rangs? Le triumvirat Olivier Maingain/Didier Gosuin/Bernard Clerfayt n’a-t-il pas omis de préparer sa succession?
C’est vrai que, du fait de son parcours et de son expérience, ce trio a peut-être pris beaucoup, voire trop, de place – on peut y voir une sorte de dommage collatéral de leur succès et leur excellence. Mais pas de façon consciente! Parce DéFI est animé de la volonté de mettre en avant les jeunes. Qu’ils soient échevins, parlementaires ou dans les cabinets, ceux-ci ont été formés, sont nombreux et préparés. Quelque part, le décumul intégral que nous allons nous infliger constitue à la fois une gageure et une chance. Une gageure, parce que cela ne nous place pas sur un pied d’égalité par rapport aux autres partis et nous complique la tâche en matière de valorisation de nos candidats, moins connus. Une chance, puisque cela accélère le renouvellement au sein du parti et tend, je le crois, à restaurer la confiance du citoyen dans l’action politique, avec des élus se consacrant à temps plein à leur mandat.

En tant que jeune femme, je suis assez sensible aux inégalités de genre sur le marché du travail.

Puisque vous parlez de renouvellement. Le débarquement de François De Smet en tant que tête de liste n’a-t-il pas fait grincer des dents au sein du parti?
Cela constitue un excellent signal, notamment en matière d’ouverture à la société civile. Laïcité, défense des droits fondamentaux, lutte contre le populisme: François a toujours partagé les valeurs de DéFI. Mais oui, il y a eu quelques déçus. Notamment parmi ceux qui voyaient une femme en tête. Personnellement, en tant que féministe, cela ne m’a pas dérangée. Nous travaillerons en duo, je nous vois plutôt comme un "ticket". Qui a deux sièges à défendre et un troisième à conquérir. Tout cela en évitant un discours clivant et simpliste.

Quels thèmes porterez-vous personnellement? La bonne gouvernance en sera-t-elle, sachant qu’elle n’a pas vraiment rapporté sur le plan électoral lors des élections communales?
Il y a ce lien à la jeunesse. Je veux répondre à cette catégorie de la population qui s’inquiète pour son avenir et celui de ses enfants, qu’il s’agisse d’environnement, d’emploi ou de santé. Ma génération est habitée par une grande incertitude. Voilà pour la toile de fond. Le premier thème que je porterai sera celui de la Justice. De son efficacité et de son accessibilité. J’ai été frappée du nombre de cris d’alarme lancés par des magistrats. Le cadre n’est pas rempli, on doit faire appel à des suppléants, des procès sont reportés, les bâtiments sont dans un état déplorable et une partie des Belges renoncent, pour des questions financières, à valoriser leurs droits. Il est fondamental de réinvestir massivement, parce qu’aujourd’hui, la Belgique ne peut plus assumer le fonctionnement du troisième pouvoir, qui est l’un des fondements de notre démocratie.

Vous parliez de votre vécu de jeune femme. Cela se traduira dans votre campagne?
J’aimerais mettre l’accent sur l’égalité entre hommes et femmes, plus particulièrement dans le milieu du travail. Égalité salariale, représentation des femmes, renforcement de la législation sur le harcèlement. Cela passera également par la défense d’un congé de parentalité, d’une même durée pour les hommes et les femmes. Cela répond à une demande et permettra aux pères de s’impliquer davantage. Tout en luttant contre les discriminations à l’embauche. Après ça, il sera également question de santé, puisque je continuerai à me battre contre les quotas Inami, ou de justice fiscale, qui passe par un renforcement de la lutte contre la fraude et le renforcement de la progressivité de l’impôt des personnes physiques.

Quelque part, le décumul intégral que nous allons nous infliger constitue à la fois une gageure et une chance.

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