interview

Olivier Maingain: "Charles Michel doit arrêter de tirer les ficelles en Belgique"

Olivier Maingain, président de DéFi sur le départ, livre son analyse sur la situation de crise du niveau fédéral. ©Tim Dirven

Olivier Maingain est en passe de laisser la présidence de DéFi. Un parti qui ne pèse que 2 députés sur 150 mais qui revient dans l’actualité grâce à Paul Magnette. L’informateur royal a annoncé que les amarantes seraient consultés, comme le cdH, également disponible pour jouer un rôle au fédéral. Les amarantes le sont aussi mais uniquement pour donner un peu de "confort" à un arc-en-ciel, prévient Olivier Maingain.

À combien évaluez-vous les chances de Paul Magnette de mettre un arc-en-ciel sur pied?

Je lui souhaite une pleine réussite. Mais si le blocage de certains partis, du MR au CD&V, à considérer que la N-VA doit rester maître du jeu alors chances de Paul Magnette sont très faibles. La vraie question est celle de savoir s’il va y avoir un déscotchage du MR et de l’Open Vld par rapport à la N-VA.

Le MR est toujours scotché à la N-VA, selon vous?

Juger que la N-VA est indispensable pour former une majorité a été leur leitmotiv depuis les élections. Ce qui a donné à la N-VA une importance que même les électeurs ne lui avaient pas donnée. La N-VA a perdu les élections, il faut le rappeler. La plupart des partis de pouvoir ont perdu, certes, mais cela ne justifie pas qu’on laisse à la N-VA les clés de la Belgique. Quand on sait que le ministre-président du gouvernement flamand a indiqué qu’il avait fait alliance avec l’Open Vld et le CD&V parce qu’il n’avait pas de majorité ave le Belang, on se demande ce qu’il faut de plus à certains responsables politiques tant francophones que néerlandophones pour cesser de considérer qu’on ne peut se passer de ce parti.

L’alliance qu’a acceptée Charles Michel il y a cinq ans a fait basculer notre pays au bord du précipice. La N-VA veut y pousser la Belgique.
Olivier Maingain
Président de DéFI

Pas d’irresponsabilité du PS et de la N-VA dans leur incapacité à s’entendre? 

La N-VA n’est pas dans la logique belge. Dans ce pays, il y avait ce que j’appelle le pacte des Belges. Il y a certes de grandes différences communautaires et régionales, mais on considérait qu’un certain nombre d’enjeux nécessitaient que le niveau fédéral soit efficace. Notamment au niveau international. Au Parlement européen, la N-VA siège dans le même groupe que VOX, un des partis les plus fascisants en Espagne... des nostalgiques de Franco. On se demande d’ailleurs comment les indépendantistes catalans peuvent encore croire que la N-VA est crédible. Dans ce groupe, on trouve encore les députés de Fratelli d’Italia qui sont des héritiers de Mussolini. La N-VA n’est pas dans la logique d’un pays qui souhaite honorer son rôle d’État hôte des institutions européennes. Il y a là une impossibilité à long terme. L’alliance qu’a acceptée Charles Michel il y a cinq ans a fait basculer notre pays au bord du précipice. La N-VA veut y pousser la Belgique. On ne peut pas trouver un terrain d’entente avec un parti comme celui-là.

S’il faut donner un confort à une majorité arc-en-ciel avec nos deux sièges nous prendrons nos responsabilités.


La Flandre a largement voté pour des partis séparatistes, la N-VA et le Belang. Peut-on l’ignorer?

Si demain le Belang devient premier parti en Flandre, il faudra aussi négocier avec lui? Quelle est donc cette logique qui veut qu’il faille négocier avec ceux qui nous emmènent vers le pire? Les partis francophones démocratiques raisonnables considèrent que travailler avec la N-VA est impossible. 

Vous souhaitez donc que Paul Magnette réussisse l’arc-en-ciel?

©Tim Dirven

Je souhaite la stabilité dans ce pays. Si nous sommes nécessaires, nous prendrons nos responsabilités. S’il faut donner un confort à une majorité arc-en-ciel avec nos deux sièges nous prendrons nos responsabilités. 

Comme le cdH?

Nous l’avons toujours dit, le cdH est en train de se repositionner.

Le cas échéant vous revendiqueriez une place au gouvernement fédéral?

Je connais le pouvoir relatif de mon parti, mais lorsqu’on offre un confort à une majorité, on peut assumer des responsabilités. Mais laissons venir les événements.

Chez les nationalistes, l’appétit vient en mangeant. Ils ont compris qu’ils pouvaient sans cesse de mander plus en étant satisfaits.

Croyez-vous encore à la viabilité d’un État belge fonctionnel et efficace?

Nous arrivons à cette question et il ne faut pas en avoir peur. Mais il ne faut pas le faire dans l’urgence, aux conditions de la N-VA ou d’autres partis à sa suite. Il faut faire un travail d’évaluation des réformes institutionnelles passées et voir ce qui peut être amélioré dans l’efficacité des politiques. J’ai toujours entendu les partis francophones dire, après chaque réforme, "on a dû trop concéder, mais on a la paix pour un quart de siècle". Et puis le mouvement s’accélère. Chez les nationalistes, l’appétit vient en mangeant. Ils ont compris qu’ils pouvaient sans cesse de mander plus en étant satisfaits. Il est temps de travailler avec une autre méthode que celle de la peur. Il va falloir que les autres partis flamands jouent cartes sur table. Le CD&V est-il encore un parti voulant assumer des responsabilités fédérales ou est-il à la remorque de la N-VA? Les masques doivent tomber. 

Avez-vous envie de vivre dans une Belgique constamment soumise à cette pression centrifuge? 

Les réformes de l’Etat successives ont mis chaque fois à mal les budgets francophones.

Vérifions si on est capable de définir des objectifs communs avec une politique efficace. Si demain en Flandre, la tendance nationaliste devenait majoritaire, il faudra vérifier par voie référendaire. Et à ce moment-là, la N-VA ne tiendra pas la route. Je salue ceux qui ont le courage d’organiser un référendum. J’ai suivi avec intérêt les mouvements séparatistes. Que ce soit au Québec, en Catalogne ou en Écosse, aucun n’ a gagné par voie référendaire, c’est-à-dire démocratique. Les citoyens comprennent en général que la rupture avec un État correspond à une forme d’isolement dans le concert international. La N-VA se place dans une logique d’évaporation naturelle de l’État belge plutôt que de rupture... C’est une logique confédérale: peau de chagrin pour l’État fédéral dont on ne se sert que dans l’intérêt de la Flandre et les francophones n’ont qu'à se soumettre. Défi souhaite faire l’évaluation de tous les déséquilibres décidés ces dernières années au détriment des Wallons et Bruxellois. Quotas Inami, désinvestissements à la SNCB, etc. La pire des choses serait de s’engager dans un débat institutionnel sans en mesurer les conséquences budgétaires. Les réformes de l’État successives ont mis chaque fois à mal les budgets francophones. 

Bruxelles a été refinancée et on ne peut pas imputer tous les problèmes budgétaires à l’institutionnel...

Bien sûr, il y a des choix de gestion publique dont il faut faire l’inventaire entre francophones. Il n’en demeure pas moins que beaucoup de clés budgétaires ont floué les francophones. Mettons les choses au clair et voyons si une plus-value commune peut être profitable à tous. Je continue à penser que régionaliser la sécurité sociale sonnerait fin de l’Etat belge. 

Le Vld a une tradition d’ouverture au monde et ne peut se laisser enfermer dans le carcan idiot d’une identité racrapotée.


Et si un arc-en-ciel est impossible ?

Je ne crois pas qu’il soit impossible pour ceux qui veulent faire exister ce pays sur base d’un respect mutuel. 

Le risque est énorme pour des partis affaiblis comme le CD&V et l’Open Vld de s’embarquer sur un tel bateau. Le comprenez-vous?

©Tim Dirven

Le risque pour ces deux partis, c’est de n’être que dans la dépendance de la N-VA. Car cette logique fait de la N-VA le parti dominant. Je n’arrive pas à comprendre – même si je sais qu’au sein du Vld certains s’interrogent quand même - comment le Vld peut supporter la dérive nationaliste, extrémiste, outrancière de la N-VA, notamment sur le plan culturel et de l’identité. Le Vld a une tradition d’ouverture au monde et ne peut se laisser enfermer dans le carcan idiot d’une identité racrapotée où la N-VA va jusqu’à exiger que les médias et le monde de la culture soit aux ordres de son projet nationaliste. Ce n’est pas le libéralisme philosophique. La Flandre est si riche dans sa vie culturelle et mérite mieux que ce projet. Ceux qui auront le courage de sonner la rébellion seront les vrais vainqueurs à terme. 

Sinon retour aux urnes?

Si l’échec est total, cela voudrait dire que les partis flamands savent qu’ils vont retourner aux élections en disant à la N-VA et au Belang "vous serez les vainqueurs". Ce serait leur donner un argument électoral déterminant: c’est le choix du séparatisme et la seule manière de régler le problème. Si c’est cela l’enjeu des élections, la N-VA et le Belang vont tout écraser. 

D’accord avec Madame Spaak concernant le départ de Charles Michel? Un abandon de poste? 

Charles Michel doit en finir avec cette idée de se préparer à une fonction européenne et continuer en même temps à jouer un rôle en politique intérieure. Qu’il cesse de jouer dans les coulisses. Il a placé sa garde rapprochée avec Sophie Wilmès pour continuer depuis le Conseil européen à jouer un rôle en Belgique. C’est ambigu, il doit choisir. On a jamais vu un président du Conseil européen penser qu’il doit continuer à tirer les ficelles de la vie politique nationale. Cet entre-deux qu’entretient Charles Michel est indigne de ses fonctions européennes.

Son départ favoriserait un rapprochement de DéFi avec le MR?

Nous sommes prêts à dialoguer avec tous les partis francophones démocratiques, notamment pour parler de l’avenir des Wallons et des Bruxellois, le MR a sa place dans ce débat. Ce serait une erreur de l’isoler, mais il faut que le MR montre qu’il ne porte pas les plats de la N-VA. Le MR s’est abimé dans son alliance avec la N-VA.

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