chronique

On peut toujours rêver, non?

La chronique politique de Benoît Mathieu

Dimanche passé, lors de cette veillée électorale durant laquelle les résultats tombaient au compte-gouttes, on est resté quelques instants bouche bée devant le petit écran. Et ça, il faut avouer qu’il doit bien y avoir une décennie que cela ne nous était plus arrivé.

On se repasse encore le film de Charles Michel déboulant, triomphaliste, à la tribune, entouré d’une brochette de pontes libéraux dont certains avaient visiblement du mal à surjouer cet enthousiasme incongru. Le décalage par rapport à la réalité est cruel: le MR recule nettement à tous les étages. Quant à sa suédoise chérie, elle sort laminée des urnes, lâchant 22 sièges.

Aucun dirigeant francophone n’a été capable de reconnaître sa défaite, comme Bart De Wever a su le faire. C’est terrible: comment faire confiance à quelqu’un qui s’évertue, contre toute logique, à nier l’évidence?

Charles Michel n’est pas le seul, notez bien. On a entendu un Maxime Prévot se réjouissant que son parti ne soit pas tombé aussi bas que lui promettaient les sondages, alors que le cdH poursuit sa descente aux enfers. Ou un Elio Di Rupo se vantant d’être la première force francophone, tentant de masquer le repli socialiste. (Ouvrons ici une parenthèse: après Publifin, le Samusocial et les aventures de Moreau, Mathot et compagnie, que faudra-t-il donc pour faire chuter cet insubmersible PS de la première marche du podium?)

Quel contraste avec le discours tenu, le même soir, par Bart De Wever! Reconnaissant d’entrée de jeu sa défaite – quand bien même la teneur de cet échec a de quoi faire rêver la plupart des partis belges –, le patron des nationalistes a parlé vrai, ne cherchant pas à maquiller la réalité. Ce qu’aucun dirigeant francophone n’a été capable de faire. C’est terrible. Parce que cela ne peut que disqualifier davantage la parole politique. C’est évident: comment faire confiance à quelqu’un qui s’évertue, contre toute logique, à nier l’évidence? De quoi s’agit-il? Déconnexion? Mensonge? Mauvaise foi? Piètre tentative de sauver sa peau? Quoi qu’il en soit, c’est loin de toute notion de transparence et d’honnêteté.

Dans la foulée, on a vu un paquet d’analyses express sur la remontée de l’extrême droite – disons plutôt d’imprécations et de dénonciations. Ce serait la faute de la gauche francophone; non, de ces journalistes gauchistes; non, de ce méchant gouvernement MR/N-VA.

Au risque de jouer les Bisounours de service, peut-être serait-il bon de prendre le temps de l’analyse. De débusquer les causes profondes, afin de tenter ensuite de s’y attaquer. Avant qu’on ne se retrouve réellement submergés. Une grande séance d’introspection. Où l’on questionnerait la particratie belge et son incapacité à renouveler ses cadres et à penser le long terme. Où l’on pointerait les simplismes qui ont tendance à remplacer la pédagogie et la pensée complexe. Sans omettre, tout de même, la responsabilité lourde de ceux qui jonglent avec peurs et clichés – quand on focalise à ce point le débat sur l’identité et la migration, faut-il réellement s’étonner que ce soit le parti le plus radical en la matière qui décroche la timbale?

Pour en savoir plus sur le sort réservé par L'Echo aux propos et aux agissements des extrêmes, lisez l'édito de François Bailly, rédacteur en chef de L'Echo.

→ Informer avec rigueur

 

Tenez, puisqu’il existe encore, autant qu’il serve à quelque chose. On pourrait confier cette mission au Sénat. Il paraîtrait même qu’on y parachute des gens brillants et dotés d’une grande légitimité démocratique.

Tant qu’à faire, cet exercice de réflexion nous permettra peut-être, côté francophone, d’éviter de devoir nous coltiner, un jour, des communistes au gouvernement – puisque c’est le PTB qui bénéficie, du moins en partie, du vote contestataire et anti-système. Pas étonnant: pour l’heure, à la droite de la droite, c’est bras cassés et septième compagnie. 

→ Pour lire tous les contenus de L'Echo liés aux élections régionales, fédérales et européennes: rendez-vous dans notre dossier

Lire également

Echo Connect