Pourquoi le Vlaams Belang vit une seconde jeunesse

Tom Van Grieken, président du Vlaams Belang. ©BELGA

L’extrême droite flamande parvient à séduire les jeunes et les laissés-pour-compte avec un discours antisystème remis au goût du jour.

Alors qu’il était donné pour mort jusqu’il y a peu, le Vlaams Belang vit une seconde jeunesse. Les derniers sondages le créditent de près de 15% des intentions de vote. Chez les jeunes qui n’ont pas encore l’âge de voter, il pointe même à 25%. Ce qui fait craindre par certains une réédition du "dimanche noir" du 24 novembre 1991, lorsque le Vlaams Blok, comme on l’appelait à l’époque, avait engrangé 10% des voix en Flandre, créant une véritable onde de choc dans le pays, avant de culminer à 24% en 2004.

Depuis lors, de l’eau a coulé sous les ponts. La N-VA est apparue en 2001 sur les cendres de la Volksunie, avec une ligne plus droitière que cette dernière. Une grande partie des électeurs du Vlaams Belang, dépités par le "cordon sanitaire", se sont alors tournés vers le parti de Bart De Wever, espérant pouvoir voter "utile". Siphonné du gros de ses électeurs, le Belang était moribond.

La stratégie de Bart De Wever était de tenir un discours suffisamment "propre" pour l’électeur de centre-droit et suffisamment "sale" pour l’électeur d’extrême droite. Cet exercice d’équilibrisme a parfaitement fonctionné jusqu’à la veille des élections communales d’octobre 2018. Ce dernier scrutin a cependant marqué un renversement de tendance, avec une N-VA qui s’est tassée à 28% et un Vlaams Belang qui a rebondi à 14,8%.

A gauche toute

Plusieurs explications reviennent régulièrement.

Le Vlaams Belang a pris une posture beaucoup plus à gauche, davantage en phase avec des électeurs menacés de déclassement.

La première est que le parti a résolument laissé de côté sa ligne socio-économique de droite au profit d’une posture beaucoup plus à gauche, davantage en phase avec des électeurs souvent économiquement déclassés ou menacés de l’être.

Le parti adapte soigneusement son discours aux circonstances et appuie là où cela peut faire mal à la N-VA. Il a ainsi réagi au quart de tour sur la taxe kilométrique et le relèvement de l’âge de la retraite, deux thèmes où les petites gens se sentent bernées par les élites, pour qui travailler plus longtemps et payer plus cher pour rouler en voiture n’est pas nécessairement un problème.

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Une autre explication qui revient souvent est que la N-VA, depuis sa participation au gouvernement fédéral, est désormais considérée comme un parti de pouvoir. En 2014, Bart De Wever se posait comme une alternative aux partis traditionnels. Aujourd’hui, il fait partie du "système". Dans le discours du Belang, la N-VA n’a pas apporté les changements qu’elle avait promis.

C’est surtout Theo Francken qui est ciblé par le discours du Belang. Certaines personnes estiment qu’il n’a pas fait assez pour enrayer l’afflux de migrants. L’affaire de fraude aux visas humanitaires n’a fait qu’aggraver son cas.

Le phénomène Dries Van Langenhove

Enfin, il y a un changement de style. Là où Filip Dewinter n’hésite pas à verser dans l’insulte, l’actuel président Tom Van Grieken, 32 ans, sans rien céder sur le fond, se présente comme quelqu’un de bien élevé, au profil plus "lisse", habillé en costume tiré à quatre épingles. Comme d’ailleurs son poulain Dries Van Langenhove, le fondateur du mouvement d’extrême droite Schild en Vrienden, proche de la N-VA avant que le parti ne prenne officiellement ses distances.

Van Langenhove peut compter sur pas mal de supporters chez les jeunes. Distribuant des flyers sur le marché de Tervuren voici dix jours, Van Langenhove a été agressé et jeté à terre par cinq individus qui ont ensuite pris la fuite sans avoir pu être identifiés. Son post sur les réseaux sociaux a été largement partagé dans les écoles du nord du pays.

Tom Van Grieken, sans rien céder sur le fond, se présente comme quelqu’un de bien élevé, au profil plus «lisse», habillé en costume tiré à quatre épingles.

Pour le sociologue Mark Elchardus (VUB), le succès de Van Langenhove dans les écoles peut s’expliquer: "Le discours dominant est que l’immigration est une bonne chose et que le climat doit tous nous préoccuper. Celui qui pense différemment est pointé comme mauvais. Cet unanimisme suscite un sentiment de révolte chez certains jeunes." Ils se tournent dès lors vers un parti anti-establishment comme le Belang.

Reste que même en cas de victoire le 26 mai, il est peu probable que le parti puisse entrer dans une quelconque majorité. Van Grieken n’a pourtant pas manqué de tendre la main à la N-VA. Mais aucun parti ne prendra le risque d’embarquer l’extrême droite dans un gouvernement. Theo Francken l’affirme lui-même: "Partout où cela s’est fait, cela s’est mal terminé."


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