analyse

Quel sera le prix d'Alain Destexhe pour le MR?

©BELGA

Le député bruxellois a quitté les réformateurs pour lancer ses listes d’inspiration N-VA.

Cette fois, Alain Destexhe aura mis sa menace à exécution. Après avoir confié à La Libre et à la DH son départ du MR et la création d’un nouveau parti ambitionnant de se présenter aux prochaines élections, il confirmait le divorce devant la presse mercredi. Avec le ralliement d’André-Pierre Puget, précédemment passé par le Parti populaire, la Droite citoyenne et Jexiste (son parti). Alain Destexhe estime ne pas avoir été entendu par les instances du MR quant à sa "volonté de créer un mouvement" de droite plus affirmée à l’intérieur du parti. Il en aurait fait part sans succès dès le mois d’octobre. Il dénonce aujourd’hui le "déni" de son ancien parti quant "à la défaite des communales" ainsi que plusieurs prises de position comme le soutien au pacte migratoire de l’ONU qui a fait chuter le gouvernement, mais aussi, au Parlement bruxellois où il est élu, sur le soutien de tests anti-discrimination pour l’accès au logement ou encore la loi climat déposée par Ecolo à la Chambre qui, selon lui, devait être refusée par le MR.

Profil

1958: naissance à Liège.

1985-1988: médecin bénévole pour Médecins sans frontières.

1995: première élection comme sénateur.

Cela fait longtemps qu’Alain Destexhe revendique et se fait élire sur une ligne plus affirmée à droite, notamment en matière d’immigration. Aujourd’hui, il dit vouloir incarner la ligne de la N-VA côté francophone, hormis le projet confédéral. Côté MR, on veut surtout faire passer le message qu’Alain Destexhe s’en est allé faute d’avoir obtenu la place qu’il voulait sur la liste régionale bruxelloise menée par Françoise Schepmans.

Interrogé par L’Echo, Alain Destexhe précise qu’il se présentera à Bruxelles, sans savoir si ce sera au niveau fédéral ou au niveau régional. Pour l’élection à la Chambre, le Bruxellois aurait pu se présenter en Wallonie. Il se repose sur une structure, une ASBL, constituée avec Aymeric de Lamotte, un des deux élus locaux qui étrillaient, dans une interview au Soir, l’éthique de leur parti, le MR. "Alain Destexhe va avoir du mal à nous faire la leçon sur l’éthique alors qu’il a été exclu à vie du Conseil de l’Europe sur des problèmes graves de gouvernance", entend-on au MR. On y spécule également sur ses chances d’obtenir les 2.000 signatures nécessaires à ses listes wallonnes et les 5.000 signatures indispensables pour déposer une liste à l’Europe. Déjà fragilisé, "le MR n’avait pas besoin de ça", glisse toutefois un libéral.

"Alain Destexhe va avoir du mal à nous faire la leçon sur l’éthique alors qu’il a été exclu à vie du Conseil de l’Europe sur des problèmes graves de gouvernance."
un libéral

Le discours utile

Le tableau étant planté, reste à voir quel tort ces nouvelles listes "Destexhe", que l’ex-réformateur entend présenter à toutes les élections du 26 mai (fédérale, régionales et européenne), peuvent faire au MR. C’est très difficile à dire à ce stade, estime le politologue Pascal Delwit (ULB). "En dehors de M. Puget, on ne sait pas qui d’autre sera sur ces listes, ajoute-t-il. Mais classiquement, une fragmentation dans un spectre politique défavorise le spectre concerné. On l’a vu à gauche avec l’émergence du PTB. Mais il faut rester prudent, cette initiative peut attirer des électeurs qui sont tentés par la N-VA ou le Parti populaire." Au MR, on se rassure également avec cette perspective. "Il faut observer que lors des élections communales, dans une commune comme la Ville de Bruxelles, le MR a fort reculé après avoir fait campagne sur des thèmes chers à Alain Destexhe", ajoute Pascal Delwit.

"Le MR n’avait pas besoin de ça."
Un libéral

Pour autant, le discours droitier d’Alain Destexhe n’était pas sans utilité pour le MR. Il permettait de maintenir une frange de l’électorat qui aurait pu se laisser tenter par des formations à droite de la droite comme le PP, la Droite citoyenne où même l’extrême droite si celle-ci parvenait à se structurer côté francophone. Avec Alain Destexhe, le MR perd cette carte, singulièrement à Bruxelles.

Côté wallon, d’autres réformateurs peuvent être comparés à lui, niveau ligne politique. Denis Ducarme et Jacqueline Galant tentent également de capitaliser en se prévalant de la ligne "N-VA". La concurrence d’Alain Destexhe pourrait leur poser un problème de positionnement, estiment certains libéraux. "Mais Alain Destexhe est surtout connu à Bruxelles, je ne vois pas comment il pourrait gêner des personnalités telles que celles-là en Hainaut", tempère Pascal Delwit.

"Classiquement, une fragmentation dans un spectre politique défavorise le spectre concerné."
Pascal Delwit
politologue (ULB)

À l’intérieur du MR, deux écoles. Ceux qui pensent qu’Alain Destexhe leur coûtait des électeurs et ceux qui pensent qu’il en rapportait. Rejetant toute alliance avec le PP de Mischaël Modrikamen, le dissident les invite d’ores et déjà à discuter sur le fond, de la fusion des zones police à Bruxelles, de la réduction drastique des collèges échevinaux. Et bien sûr, de migration.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés