interview

Rudi Vervoort (PS): "La gratuité pour les jeunes dans le budget de la Stib, c'est cacahuète!"

©Hatim Kaghat / ID

Rudi Vervoort est crevé. Pour installer le gouvernement bruxellois avant le 21 juillet, les dernières nuits ont vraisemblablement été courtes.

Et depuis lors, l’emploi du temps du ministre-président reste plutôt chargé. Retenu plus longtemps que prévu au Parlement régional jeudi, le socialiste a manqué notre premier rendez-vous. Du coup, on l’a retrouvé dans l’hémicycle avant le début de la plénière vendredi matin pour une séance rapide de questions-réponses. Il arrive avec un petit sachet de brioches acheté à la sauvette dans une enseigne bien connue du Sablon. Il s’alimente avant de nous répondre.

Dans cet accord, quelle mesure vous tient particulièrement à cœur?
En matière de logements, nous allons mettre en place le conventionnement qui sera un processus libre. Seuls les bailleurs qui proposeront un loyer conforme à la grille indicative – que nous allons réactualiser à l’aide du cadastre – pourront bénéficier de l’ensemble des aides régionales pour rénover leur bien. Il y aura un gain de confort pour le locataire tandis que le bailleur pourra augmenter son loyer s’il améliore la qualité de son logement. Tout le monde pourra s’y retrouver.

"Cela ne se fera pas en un claquement de doigts"

Est-ce une sorte de réponse au PTB qui met le paquet sur le logement?
Oui, cela permettra de s’assurer de l’équilibre des relations entre bailleurs et locataires. Les bailleurs conventionnés pourront accéder aux aides et ils auront aussi des garanties telles que le paiement assuré du loyer, comme ce qui fonctionne déjà avec les AIS. Mais cela ne se fera pas en un claquement de doigts. On voudrait travailler sur les textes législatifs de manière paritaire, avec les associations.

Le taux de 15% de logements sociaux est un vieil objectif qui reste notre ligne d’horizon.

Au niveau du logement social, vous renoncez déjà à vos objectifs chiffrés?
Nous n’avons jamais dit qu’il y aurait 15% de logement social dans cinq ans. L’une des mesures de l’accord consiste à consacrer obligatoirement les charges d’urbanisme à la création de logements sociaux lorsque les projets immobiliers sont situés dans des communes où la part de logements sociaux est inférieure à 15% et où les indices socio-économiques sont plus élevés qu’ailleurs. Le taux de 15%, c’est un vieil objectif à long terme qui n’a pas changé. J’ai donc été surpris de lire que j’y renonçais déjà car c’est toujours la ligne d’horizon.

La production n’est plus le seul moyen évoqué pour augmenter le nombre de logements sociaux.
Tous les plans d’investissement en matière de logement social ont montré que la production prend un temps dingue. L’alternative, c’est l’acquisition, avec des bribes de tentatives par le passé. Nous allons donc lancer un vaste projet acquisitif avec un appel à intérêt du secteur privé pour acheter des projets sur plan ou déjà existants. À l’instar de ce qu’a fait la ville de Berlin qui a acheté environ 700 logements.

"L'argent est là"

Comment allez-vous financer tout cela?
Ce ne sont pas tous des projets avec des budgets importants. L’acquisition nécessitera sans doute un gros investissement one shot. Encore que la SLRB (Société du Logement de la Région de Bruxelles-Capitale, NDLR) dispose de lignes de crédit pour lesquelles je pense qu’il y a eu une sous-utilisation vu le faible nombre de logements produits. L’argent est là.

À terme, toutes les aides aux entreprises iront à celles qui s’inscrivent dans la transition écologique.

Est-ce que ce programme permet un basculement comme le souhaite Ecolo?
Oui, pour ne pas reprendre la formule du PTB: la rupture. Il y a un changement d’approche, c’est un programme teinté de rouge et de vert, encore plus que le précédent. Surtout au niveau du logement pour le PS. Et au niveau économique pour Ecolo puisqu’il est question de mettre la priorité sur tout ce qui a trait à la transition écologique et l’économie circulaire. De faire en sorte, à terme, que toutes les aides soient concentrées uniquement sur les entreprises qui s’inscrivent dans cette dynamique. Attention, cela ne concernera pas uniquement les entreprises dont la finalité est la transition écologique. Il s’agit d’amener le monde économique existant à intégrer l’objectif de transition, ce qui n’est pas la même chose.

On imagine une certaine déception concernant l’enseignement bilingue.
L’idée reste d’arriver à favoriser l’émergence de projets. Nous avons beaucoup discuté avec DéFI sur les notions bilingue-multilingue, l’idée étant qu’on ne doit pas se limiter au français et au néerlandais. Mais si vous regardez l’accord, vous verrez qu’on devrait pouvoir y arriver sans heurter trop les sensibilités. De toute façon, il y a quand même d’autres écueils à surmonter pour créer une école bilingue. Il faut convaincre les Communautés de participer…

Pour la gratuité des transports publics, c’est une affaire de 10 ou 11 millions d’euros.

©Hatim Kaghat / ID

Le revenu de formation à 4 euros de l’heure et la gratuité de la Stib pour les moins de 25 ans, cela risque de coûter cher.
Je ne crois pas, non. Le revenu de formation, cela a été budgété (environ 16 millions d’euros, NDLR). En lien avec Actiris, le budget viendra de la Région, pas de la Cocof. Pour la gratuité des transports publics, c’est une affaire de 10 ou 11 millions d’euros. Dans le budget de la Stib, c’est cacahuète.

"Ce sont les investissements stratégiques durables qui servent l'économie"

Les projections du CERPE faisaient état d’un doublement de la dette régionale d’ici cinq ans. Cela vous inquiète?
L’étude part de l’idée que l’on réalise tous les investissements en cinq ans. Mais prenons le métro, même en accélérant au maximum, au niveau des dépenses, on n’y sera pas. C’est vrai que ces investissements vont durablement impacter la dette à terme. Mais ce sont des investissements stratégiques durables qui servent l’économie.

Concernant le budget, il faudra se serrer la ceinture là où c’est nécessaire.

Un monitoring des dépenses est annoncé. Dans quel secteur allez-vous couper?
D’abord dans des dépenses de fonctionnement, le monitoring sert à cela. Il y aura une réorientation des moyens qui va s’opérer. Nous n’allons pas empiler les nouvelles politiques sur les anciennes. C’est un principe acquis mais les modalités se feront au niveau de l’exercice budgétaire.

À vous entendre, tout va bien.
Je n’ai pas dit que tout allait bien. Il faudra serrer la ceinture là où ce sera nécessaire. Mais tout est sous contrôle.

Quelle posture peut-on attendre de votre gouvernement concernant la 5G?
L’idée n’est pas de la rejeter. On ne peut pas imaginer que Bruxelles soit une sorte d’îlot perdu dans le monde sans 5G. La seule chose, c’est qu’il faut savoir comment y arriver et avec quelle garantie pour la santé. Mais il faut quand même remarquer que cette technologie n’est pas encore implémentée. L’Europe ne l’a toujours pas validée comme elle l’avait fait avec le WiFi et la 3G. On ne sait pas encore très bien si ce standard sera le nôtre. Aujourd’hui, c’est un projet porté par des opérateurs privés, ce n’est pas une norme technique généralisée.

"Bernard est Bernard"

©Hatim Kaghat

Quid des rumeurs évoquant des relations compliquées avec Bernard Clerfayt?
Oh non, pas du tout. Bernard est Bernard. On sait qui il est. Je le pratique depuis très longtemps. Les accords que nous avons pu avoir lors de la mise en place de la zone Nord étaient de bons accords.

Et concernant Alain Maron qui avait eu une ligne d’opposition assez dure durant l’épisode du Samusocial?
Je fais partie de ceux qui n’ont jamais eu de difficultés avec Alain Maron.

Comment jugez-vous l’attitude du MR durant ces négociations?
C’est une manière d’instrumentaliser les institutions à d’autres fins. Ce n’est pas respectueux des dynamiques propres à chaque niveau de pouvoir.

Pour le PS, le basculement se trouve dans notre programme logement.

Le MR a-t-il demandé à être associé, quitte à signer ce qui était négocié?
On a tout entendu, oui. Tout ça s’est fait dans les coulisses.

Cet épisode risque-t-il de perturber le processus en Wallonie?
Ce serait inacceptable pour nous, Bruxellois, d’être la variable d’ajustement d’accords se définissant ailleurs. Il y a cinq ans, quand on a eu la même petite crisette avec l’arrivée de DéFI, on a dit qu’il n’en était pas question.

"Le cerveau de Bart De Wever devra un jour être analysé"

La baisse de la TVA sur l’électricité proposée par la N-VA est-elle une sorte d’appel du pied au PS, selon vous?
Le cerveau de Bart De Wever devra un jour être analysé. C’est difficile de lire ce qu’il y a derrière. Donc oui, peut-être, mais cela n’enlève rien à ce que la N-VA représente…

Vous voulez toujours la contourner au Fédéral?
Bien sûr. Il y a une incompatibilité majeure, organique, entre ce que nous sommes, et plus globalement entre les francophones et le projet porté par la N-VA qui ne change pas. Il est difficile d’aller justifier une telle alliance auprès des militants et des électeurs après tout ce qu’on a vécu pendant cinq ans avec Theo Francken ici à Bruxelles. Pour nous, ce n’est pas possible de dire que finalement, ce n’était pas grave.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect