Publicité

"Une suédoise bis n'est plus possible" (Vincent Laborderie, politologue)

Pour le politologue de l'UCLouvain, la priorité de la N-VA est la Région flamande. "Bart De Wever semble laisser de côté le Fédéral dans un premier temps."

Si la N-VA était le grand vainqueur en Flandre en 2014, le parti de Bart De Wever reconnaît sa défaite cinq ans plus tard. À qui profite ce recul des nationalistes flamands? Au Vlaams Belang, sans grande surprise. "Il faut dire que la sortie du gouvernement fédéral n'a pas profité à la N-VA", indique Vincent Laborderie, politologue à l'UCLouvain.

Il explique: "Il faut remonter à décembre et la crise autour du pacte migratoire. La N-VA avait déjà perdu par rapport au Vlaams Belang aux provinciales et communales d’octobre dernier. La stratégie de la N-VA était donc de repartir sur une ligne dure sur l’immigration pour rattraper ses électeurs partis au Vlaams Belang, jusqu’à faire chuter le gouvernement. Ils ont remis cette question au centre de l’agenda, c’était leur but, mais finalement cela a profité au Vlaams Belang. C’est l’éternelle histoire de la copie et de l’original. Ça a fait perdre en crédibilité à la N-VA en tant que parti de gouvernement."

Le Vlaams Belang a déjà fait de plus gros scores que celui de ce dimanche dans son histoire.
Vincent Laborderie
politologue à l'UCLouvain

Mais parler de dimanche noir n'a rien d'inédit, rappelle le politologue. "Le Vlaams Belang a déjà fait de plus gros scores que celui de ce dimanche dans son histoire: 24% en 2004, 19% en 2007… Bien qu’on ne sache pas encore quel est son score exact. C’est un dimanche noir, mais ça n’a rien d’inédit. Difficile d’imputer la progression du Vlaams Belang au gouvernement fédéral. La poussée du Vlaams Belang peut se mettre en parallèle de la poussée de l’extrême droite à l’échelle européenne."

La question du cordon sanitaire

De là à briser le cordon sanitaire côté flamand, ça reste à voir. "Il existe deux types de cordon sanitaire: le politique (on ne gouverne pas avec l’extrême droite) et le médiatique (pas de place dans les médias). En Belgique, ce cordon n’a jamais été brisé. Même au niveau communal en Flandre, là où le Vlaams Belang a fait ses scores plus élevés (à Ninove, par exemple). S’il est brisé au nord du pays, cela n’aura pas d’impact au niveau fédéral, si ce n’est que d’exclure une coalition avec la N-VA", anticipe Vincent Laborderie.

Pour l'instant, Bart De Wever semble avoir placé le curseur du côté de la Région flamande. "En prenant la main pour former un gouvernement flamand, il semble laisser le Fédéral de côté, en tout cas dans un premier temps", souligne le politologue, qui indique qu'il n'y a "plus de chances de voir une suédoise bis se former". "La suédoise n’a pas de majorité avec la N-VA, même élargie au cdH. Les quatre partis sortants perdent des voix et surtout la N-VA. La question 'la N-VA est-elle moins incontournable' ne se pose plus: elle est contournable au Fédéral. Reste à voir quelle majorité peut être faite."

Une claque moins grande que prévu pour le MR

Quant au MR, faisant partie du gouvernement sortant, la claque est moins grande que prévu. "Pour le MR, il y a une baisse réelle mais qui semble moins forte qu'attendu. Il ne paie pas forcément son passage au pouvoir. Il est dans son niveau plus ou moins habituel en Wallonie. Autre satisfaction pour le MR, les Listes Destexhe n'obtiennent aucun élu à aucun niveau de pouvoir, et le Parti populaire perd ses deux seuls élus. Il n'y a donc plus personne à droite de la droite côté francophone."

Ce que perd le PS, le PTB le gagne

A gauche, "on peut observer un sorte de vase communicant: à quelques pour cents près, ce que perd le PS, le PTB le gagne. Le PS reste premier mais n'est pas gagnant, il fait le pire score de son histoire, et de loin. On a l'impression qu'il y a une baisse structurelle du PS, car dix ans plus tôt, leur score en Wallonie était de 37%, aujourd'hui ils sont environ à 25%. C'est une baisse continue et impressionnante sur une décennie. Ce qui profite au PTB, qui s'enracine en Wallonie et confirme son bon score des provinciales et communales. Il obtient des sièges également au nord du pays", explique Vincent Laborderie, pour qui le score d'Ecolo est à relativiser.

"Leur score en Wallonie n’est finalement pas très élevé. Il double par rapport à 2014, mais ils avaient fait un très mauvais score à l’époque. Le score actuel (16%) est inférieur à ce qu’ils ont fait en 1999 et 2009. Vu les circonstances avec Ecolo au centre de la campagne, l’enjeu climatique et les scandales Publifin et samusocial, le score n’est pas si bon qu’attendu en Wallonie. A Bruxelles, ils sont au-delà de 20% et au coude-à-coude avec le PS à la course en tête. La vague verte est d’un niveau différent selon les trois Régions, et pas selon le clivage habituel néerlandophones-francophones."

Tous les résultats (carte)


Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés