50 patrons flamands plaident pour un nouveau tax shift

Karel De Boeck, ex-PDG de Dexia, est l'un des initiateurs de la lettre ouverte. ©BELGAIMAGE

Dans une lettre ouverte, cinquante dirigeants flamands insistent sur des taxes environnementales plus élevées, des taxes sur le travail réduites et un impôt uniforme sur toutes les plus-values.

La note de départ en vue de la formation du gouvernement flamand va dans le bon sens. L’ambition de faire jeu égal avec les meilleurs en Europe est un sacré défi à relever. Parce que, pour y réussir, de nombreuses réformes seront nécessaires, tant au niveau flamand que sur le plan fédéral.Fortes de leurs expériences multiples, les entreprises maîtrisent très bien les processus de transformation qui aboutissent à des réformes fondamentales. Ainsi, 50 chefs d’entreprise flamands engagés entendent, à travers ce mémorandum constructif, encourager le monde politique à réaliser ses objectifs ambitieux.

36
Dans leur lettre ouverte, les 50 patrons flamands donnent 36 conseils aux politiciens.

Conseils dans 5 domaines d'action cruciaux

1. Réformer le marché du travail

Les inactifs sont trop nombreux dans notre pays. Trop peu de personnes travaillent jusqu’à l’âge de la pension légale. Dans un très proche avenir, notre société sera confrontée aux problèmes liés au vieillissement de la population alors que les entreprises sont freinées dans leur développement faute de trouver des candidats pour leurs postes vacants.

1.Travailleurs âgés: réduire leur coût salarial brut (par leur salaire net); alléger la pression du travail en adaptant leur emploi et leur horaire, ce qui les motivera à travailler plus longtemps

2. Allocations de chômage: les rendre dégressives dans le temps; optimiser leur mode de versement en remettant en question le rôle des syndicats à cet égard ; activer les jeunes diplômés pour leur permettre d’acquérir plus rapidement une première expérience professionnelle ; prévenir la pauvreté, mais également le piège à l’emploi

3. Activation des chômeurs: récompenser un recyclage réussi; les employer pour des travaux d’intérêt collectif et/ou du bénévolat et les payer avec des chèques de bénévolat (voir plus loin), ce qui créera de nouveaux emplois et améliorera le bien-être général

4. Migration choisie: attirer des migrants susceptibles d’exercer des métiers en pénurie, éventuellement en leur donnant des formations professionnelles et linguistiques dans leur pays. En travaillant chez nous, après avoir réussi leur parcours de formation, ils pourront envoyer de l’argent à leur famille et contribuer à l’aide au développement

5. Insertion immédiate des migrants: permettre à tous les migrants ayant une bonne chance d’obtenir un permis de séjour d’intégrer sans délai le marché du travail, en ce compris les travaux d’intérêt collectif et/ou le bénévolat (avec des chèques de bénévolat), ce qui favorisera leur intégration

6. Handicap salarial avec les pays voisins: l’éliminer, notamment pour le travail de nuit (par exemple, le commerce électronique) 

2. Le social, c'est donner une chance à tout le monde

Dans notre société prospère, nous DEVONS mettre à la disposition des personnes défavorisées tout ce dont elles ont besoin.

7. Listes d’attente dans le secteur des soins: les supprimer complètement et rapidement

8. Moins-valides, malades, démunis: leur donner plus de possibilités sur le marché du travail à travers des emplois adaptés, des travaux d’intérêt collectif ou du bénévolat : par exemple, dans les centres d’appels ou le télétravail

9. Allocation de maladie/invalidité: optimiser leur mode de versement en remettant le rôle de la mutualité à cet égard

10. Héberger les sans-abri dans chaque ville: vivre dans la rue est contraire à la dignité humaine

11. Obligation scolaire à partir de 3 ans: pour permettre à tous les enfants, y compris les allophones, de démarrer sans retard scolaire

12. Bénévolat: rémunéré avec des chèques de bénévolat, par analogie aux chèques-repas; des titres non échangeables contre de l’argent, à utiliser comme mode de paiement alternatif dans le cadre d’initiatives/organisations sociales et/ou d’entreprises engagées socialement

3. L’environnement est notre principal défi

Cette planète nous a été confiée pour y vivre temporairement. Il est irresponsable de la léguer aux générations suivantes en plus mauvais état. Alors que la Belgique est un pays "prospère", notre pays ne parvient même pas à atteindre les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat. Les pouvoirs publics doivent se montrer plus ambitieux dans ce domaine. 

13. Le pollueur paie: fiscalité plus verte; impôts plus élevés sur les combustibles fossiles; instauration d’une taxe CO2, sur les avions, sur les produits et services énergivores (notamment l’importation/le transport des produits de pays lointains)

14. Promotion de l’énergie verte: obligation d’équiper les constructions neuves de chauffe-eau et panneaux solaires; rendre obligatoires les batteries domestiques dès que leur prix deviendra plus abordable; adapter la légalisation et les possibilités de recours pour pouvoir installer plus rapidement des éoliennes

15. Réduction de la consommation d’énergie: obligation générale d’améliorer l’efficience énergétique de l’éclairage, du chauffage et du refroidissement; accélérer l’obligation d’isoler tous les bâtiments; réduire l’éclairage public et passer à l’éclairage LED

16. Emissions de CO2: taxer les importations selon les efforts déployés par chaque pays pour réduire ses émissions de CO2, parce que cette problématique est mondiale (compétence de l’Union européenne) 

4. Remettre notre pays sur la voie de la mobilité

La congestion du trafic automobile s’aggrave d’année en année. Aucune amélioration n’est en vue. Cela engendre une perte de temps, d’argent, d’efficience et de qualité de vie. Éviter ce gâchis, ou à tout le moins le réduire, exige non seulement de mieux déployer les transports publics, mais aussi d’utiliser de manière beaucoup plus efficiente le réseau routier existant.

17. Covoiturage: le promouvoir par des incitants fiscaux, des bandes de circulation séparées et le développement d’une app conviviale facilitant ce mode de "transport en commun" alternatif à la fois bon marché, rapide et performant

18. Tarification routière: instaurer un dispositif abordable, social et performant, par exemple uniquement en semaine de 7h à 9h30, surtout autour des villes très congestionnées, pour les personnes seules dans leur voiture; et pour les conducteurs étrangers, un forfait annuel

19. Points de connexion à ajouter entre le réseau routier et le réseau ferroviaire

5. Justice et police: se concentrer sur la problématique de la drogue

Les délits sont liés en grande partie aux drogues. En s’attaquant à ce problème en profondeur, la justice aura plus de temps et de moyens pour d’autres tâches. Il faut éviter à cet égard que les prisons fonctionnent comme des centres de formation pour criminels. 

20. Tolérance zéro à l’encontre des drogues: actions répressives contre les producteurs, les importateurs, les trafiquants, les dealers, les revendeurs, les consommateurs, etc.; actions s’appuyant sur des repentis, des incitations, de l’infiltration, etc.; stimuler un changement de mentalité à travers les médias 

21. Numérisation de l’appareil judiciaire pour améliorer et accélérer son fonctionnement; réduire le report des procès; avoir pour objectif de faire aboutir chaque procédure dans les 6 mois

22. Politique pénitentiaire: mettre moins l’accent sur la répression et s’investir davantage dans la réintégration dans la société, en accompagnant chaque détenu, en assurant un suivi plus strict des récidivistes, grâce notamment aux moyens technologiques modernes

Conseils pour une politique plus efficace

1. Des études solides pour fonder la politique

La Belgique n’est pas le seul pays confronté à des problèmes. Tous les États membres de l’Union européenne (UE) doivent relever des défis similaires. Nous devons tirer les leçons des succès et des échecs des autres. Et inscrire ces enseignements dans une vision à long terme.

23. Benchmarking continu des solutions politiques dans d’autres pays de l’UE afin de nous inspirer des expériences des meilleurs élèves de la classe.

24. Migration: conduire une étude objective en la matière: combien de migrants, et de quel "type" (conviction religieuse, pays d’origine, formation, etc.), notre communauté peut-elle accueillir chaque année sans perdre son identité ?; admettre et/ou attirer des migrants dans notre pays sur la base de ces données objectives

2. Une législation plus simple, plus claire, sans échappatoires

Le nombre de nouvelles lois (et de nouveaux décrets) augmente chaque année. Les lois existantes prévoient souvent des exceptions aux règles qu’elles instaurent. Il en résulte de la frustration, de l’immobilisme et de l’inefficience. Les citoyens et les entreprises sont de plus en plus nombreux à devoir faire appel à des spécialistes. Les grandes sociétés, armées des meilleurs experts, sont les premières à profiter des échappatoires créées par cette complexité, à empocher d’importants subsides et à ne payer que des impôts dérisoires. La pression fiscale s’accroît ainsi sur le brave citoyen et les autres entreprises. Par ailleurs, cette complexité entrave aussi le développement de grands projets d’infrastructures et autres. Tout cela ne peut que nuire à notre pays dans l’économie globalisée actuelle. 

25. Evaluer systématiquement toutes les lois et en supprimer autant que possible

26. Chaque nouvelle loi doit être plus simple que celle qui la précède et doit remplacer au moins 1 loi existante

27. Simplifier la fiscalité, ne prévoir aucune échappatoire, ne plus tolérer l’optimisation fiscale

28. Impôts: augmenter fortement les taxes environnementales et réduire significativement la fiscalité sur le travail, introduire une taxe uniforme, par exemple de 20%, sur chaque augmentation du patrimoine au niveau privé (provenant du travail, actions, obligations, mise en location, succession, etc.) et au niveau de l’entreprise (bénéfice, actions, dividendes, etc.)

29. Subsides: les réduire fortement

30. Numériser les pouvoirs publics: rendre électroniques toutes les communications (comme en Estonie, par exemple)

31. Réduire la dette publique: fixer des délais

32. Permis d’environnement: recours possible au début du projet, ensuite plus aucune possibilité de le retarder à travers des procédures interminables

3. Réduire le nombre de mandats politiques

Le pays est difficile à gérer. Avec un nombre record de gouvernements et de mandats politiques, la Belgique connaît un émiettement des responsabilités. Avec, comme résultat, une inefficience généralisée. Cela entrave souvent le véritable travail politique, réduit les moyens financiers disponibles et empêche de résoudre de nombreux problèmes de fond.

33. Fusion des communes, suppression du Sénat

34. Fusion en grandes entités des intercommunales, zones de police, CPAS, services d’urgence, pompiers, etc.

35. Limiter fortement le nombre de mandats, revoir les indemnités de sortie des parlementaires, ne plus octroyer les jetons de présence qu’aux personnes réellement présentes

36. Réduire autant que possible l’émiettement des compétences pour pouvoir gérer plus efficacement

Conditions requises

Tout cela exige un changement de comportement fondamental de la part de notre personnel politique. Ses représentants doivent : 

  • Mener une politique dont les effets doivent porter au-delà des élections suivantes
  • Prendre les décisions nécessaires, même si elles ne sont pas populaires
  • Collaborer vraiment avec les autres partis, y compris ceux de l’opposition
Première série des plus de 50 chefs d’entreprise qui soutiennent cette initiative

Karel De Boeck (Piraeus Bank), Karel Cardoen (Cardoen-immo), Jan De Clerk (Domo), Philippe Haspeslagh (Ardo), Ingrid Ceusters (Ceusters), Vic Swerts (Soudal), Bernard Filliers (Filliers), Luc Van Milders (Consilio partners), Matthias Lannoo (uitgeverij Lannoo), Karel Van Oostveldt (ancien président de Vlekho-KUL), Frank Monstrey (Crest Capital), Tony Mary (ancien Ceo de la VRT), Philippe Naert (ancien doyen de l’Insead), Frank Meysman (Thomas Cook Group), Chris Le Beer (Momentum), Bernard Soens (Cassochrome), Alexander De Beir (ADM Wingfield), Bart Bronselaer (administrateur d’entreprises) André Oosterlinck (KULeuven), Xavier Desimpel (Gluecom), Ludo Sarens (Sarens), Denis Heylen (Heylen), Gust Vanden Borne, Steven Lismont (Carconnex), Philippe De Veyt (Lecot), Guus Ysebaert (Vevy), Luc Clarys (Grada International), Johan Rijckaert (bureau d’architectes), Peter Desart (The Frontline Company), Bernard Siau (Alsico), Paul Vermeulen (Yardo), Joost Verschuere (Emaze), Jean Derhaeg (Confidis), Carlos Maenhout (BMT), Dirk Barrie (Indicia), Guido Vandenabeele (Sepia), Peter Paelinck (Publisign), Salaheddin Chadouli (Vitrum), Dirk Vandenbussche (Vandenbussche), Eric Van Tilburg (indico), Steven Teughels (Hammertime), Vincent Schietekat (Panos franchise), Michel Vanden Borre (Tradelio), Stefaan Allemeersch (Giks mode), Roland Pockelé (cabinet d’avocats), Joris Vanhove (SDM), Stefaan Vermeulen (Climate Solutions), René Berquin (SDM-Valorum), Frederik Schiemsky (architectes d’intérieur ia), Kris Van Keilegom (Kunstgrascenter),Eddie Bormans (Hunter), Marc Van Bortel (bureau d’architectes), Pieter Claerhout (Claerhout Communicatiehuis)…

 

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect