60% du plan de relance sont consacrés aux infrastructures

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Le plan de relance belge commence son examen européen. Vendredi, le gouvernement a envoyé 89 projets candidats aux quelque 6 milliards de subsides européens.

Cette fois, c'est parti. Le gouvernement fédéral a envoyé vendredi à la Commission européenne une première liste des 89 projets retenus dans le cadre du Plan pour la reprise et la résilience (PRR). Une liste qui demeure confidentielle à ce stade. Ce plan de relance européen permet à la Belgique d'espérer un subside de 5,925 milliards d'euros dont l'utilisation devra suivre cinq grandes orientations : climat, durabilité et innovation; transformation numérique; mobilité et travaux publics; social et vivre ensemble; économie du futur et productivité. 59% du plan seront consacrés des projets d'infrastructures, 19% à la digitalisation, 10% à la recherche et 10% à la formation.

Cette première épure remise vendredi correspond à 130% des subsides.

"C'est le plus grand processus interfédéral jamais réalisé en Belgique. Et ce, à une vitesse rarement observée", observe Thomas Dermine (PS), secrétaire d'État chargé de piloter la relance belge. Depuis janvier en effet, fédéral, régions et communautés se sont entendus sur une répartition des subsides pour ensuite réduire le total des demandes de chacun de 24 à 7,7 milliards. Cette première épure remise vendredi correspond à 130% des subsides. En dialogue constant avec la Commission, la Belgique dispose de trois mois - la liste définitive des projets doit être rendue le 30 avril - pour éliminer les 30% excédentaires.

Confiant, Thomas Dermine observe des "convergences profondes" entre les différentes régions sur la proportion d'argent public à injecter dans tel ou tel secteur en fonction de priorités retenues. Le Bureau fédéral du Plan va par ailleurs entrer en jeu pour mesurer les impacts macroéconomiques du plan de relance (sur le PIB et l'emploi) et son influence sur la trajectoire de la Belgique en matière de réduction d'émission de CO2.

Sera-ce suffisant?

Six milliards. Suffisant ou trop court? Ce plan n'est qu'un élément d'une politique assumée du gouvernement De Croo en matière d'investissements publics, répond Thomas Dermine. L'accord Vivaldi entend en effet rattraper le retard historique accusé par la Belgique en la matière pour tendre vers un taux de 4% par rapport au PIB à l'horizon 2030. En 2019, celui-ci était de 2,6% soit près d'un pour cent de moins que la moyenne européenne. Le secrétaire d'État annonce qu'une décision récente du gouvernement entend combler ce retard dès 2024. Cette trajectoire d'ici 2030 représente 13 milliards d'euros qui seront donc couverts à hauteur de 6 milliards pas le subside européen.

Les plans de relance régionaux

Aux plans de relance régionaux, s'ajoute par ailleurs le nouveau Fonds transformation fédéral: 750 millions d'euros qui doit voir le jour afin de répondre aux besoins des entreprises en matière de solvabilité et, dans un deuxième temps, les aider à s'adapter aux enjeux de l'époque. Cette manne publique doit servir d'aimant à capitaux privés pour atteindre plus de 2 milliards d'euros d'investissements.

Quels écueils?

En coulisse mais pas seulement, des critiques se font parfois entendre. "15 à 20 % des projets auront peu d’impact. C’est du sous-régionalisme. En fait, le problème, c’est que la moitié des projets ont un effet à court terme, mais ne sont que des dépenses courantes", confiait par exemple à La Libre mardi Olivier de Wasseige, patron de l'Union wallonne des entreprises, au sujet du volet wallon du plan.

"Les symboles comme le Palais de justice de Bruxelles peuvent s'assumer pour réaffirmer les valeurs centrales qui fondent nos sociétés."
Thomas Dermine
Secrétaire d'Etat à la Relance

Le risque de "saupoudrage" d'argent public pour des projets sans caractère structurant n'est pas sous-estimé par Thomas Dermine qui a déjà recalé pas mal de velléités sous-régionalistes. "On se retrouve avec 89 fiches projets pour une moyenne de 87 millions d'euros par fiche", défend-il. Une moyenne et une taille critique certes respectables, mais qui n'évacuent pas pour autant le risque. Ainsi, on s'interroge jusque dans la majorité sur la pertinence des 100 millions réservés à la rénovation du Palais de justice de Bruxelles et du Cinquantenaire. L'Europe pourrait tiquer. "On ne construit pas un plan de relance sur des symboles, concède le secrétaire d'État. Mais ce montant reste marginal et ce symbole peut s'assumer pour réaffirmer les valeurs centrales qui fondent nos sociétés." Idem pour le Cinquantenaire, "catalyseur d'une réflexion sur le modèle de la future Belgique", estime Dermine.

Enfin, le subside européen est conditionné à des garanties en termes de réformes structurelles sur les fins de carrière, le marché du travail, la fiscalité, etc. Objectif: le maintien d'une certaine discipline budgétaire. Sur ces questions, Thomas Dermine reste très évasif, indiquant que l'ensemble des gouvernements ont intégré ces exigences européennes dans leurs politiques. Pour quand et combien? Le flou pourrait indisposer la Commission européenne.

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