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À 175 ans, les libéraux en quête d'un nouveau souffle

Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, incarne une sorte de retour aux sources du libéralisme. ©ID Photo Agency

Outre la rivalité historique qui l'oppose au PS, le MR doit aujourd'hui faire face à une forte concurrence d'Ecolo.

Le Heysel accueille ce vendredi un congrès commun du MR et de l'Open Vld pour marquer les 175 ans du parti. Né en 1846 dans un pays en plein essor économique, le Parti libéral de Belgique fut le premier parti libéral à voir le jour en Europe continentale. Il existait certes déjà en tant que mouvement au moment de l'indépendance, en 1830. Perçu à l'époque comme une formation progressiste, il menait une opposition virulente contre la droite catholique et conservatrice. Le Parti libéral incarnait la bourgeoisie urbaine et industrielle face à un monde rural majoritaire.

Au XIXe siècle, le libéralisme renvoyait surtout à la pensée des Lumières, comme l'explique Pascal Delwit, politologue à l'ULB: "On se positionnait sur des questions philosophiques, comme la liberté de conscience et le combat contre l'Église. Ce positionnement est ensuite devenu socio-économique pour le libre-échange et la limitation de l'intervention de l'État".

Des courants internes

Dès ses débuts, le Parti libéral a été traversé par une ligne de fracture entre les "doctrinaires" de Walthère Frère-Orban, plus conservateurs, et les "radicaux" de Paul Janson, davantage progressistes. Les débats en interne étaient vifs et portaient principalement sur l'élargissement du suffrage universel et la question sociale.

Le Mouvement réformateur (MR) affiche toujours une ligne de fracture à peu près similaire. Dans les années 1990, c'était le libéralisme social de Louis Michel versus la ligne Reynders, plus libérale au sens strict. Avec Georges-Louis Bouchez, le discours est positionné à droite, mais il doit toujours composer avec une frange centriste.

En perte de vitesse chez les jeunes

Aujourd'hui, avec la remise en cause de la mondialisation, le libéralisme semble en perte de vitesse, en particulier chez les jeunes, davantage préoccupés par les questions de climat et de non-discrimination.

Pascal Delwit confirme: "La performance électorale des libéraux chez les 18-34 ans est inférieure à la moyenne nationale". Et il explique: "Les moins de 35 ans sont engagés pour le climat, avec en corollaire de nouvelles formes de consommation et de déplacement. Le rapport au travail évolue également. Ces nouveaux modes de pensée se traduisent électoralement dans un sens qui n'est pas favorable aux libéraux".

"On est face à une idéologie de gauche qui considère qu'être libéral, c'est être néo-libéral, asocial et ultracapitaliste."
Hervé Hasquin
Historien et ancien ministre-président libéral

L'historien et éminence libérale Hervé Hasquin déplore pour sa part une image du libéralisme tronquée par "une idéologie de gauche qui considère qu'être libéral, c'est être néo-libéral, asocial et ultracapitaliste".

Se pose alors la question: c'est quoi être libéral aujourd'hui? S'agit-il d'autre chose que de défendre la classe moyenne? "Être libéral, c'est d'abord défendre les libertés politiques, répond Hervé Hasquin, c'est être attaché à l'humanisme avec ce que cela implique en termes de solidarité et de reconnaissance de l'autre".

"Et si le MR héberge aussi certains éléments conservateurs, c'est parce que contrairement au Vld en Flandre, le parti n'a personne sur sa droite en Belgique francophone", précise-t-il.

La perte de Bruxelles

Reste à voir comment remonter le courant dans le chef d'un parti qui apparaît parfois fort isolé sur la scène politique francophone, à Bruxelles notamment, bastion libéral incontesté de 1830 à 2000.

"Les libéraux ne parviennent pas toujours à répondre aux attentes du vivre-ensemble en milieu urbain."
Pascal Delwit
Politologue à l'ULB

"La sociologie de la capitale a profondément changé, c'est devenu une ville cosmopolite", observe Pascal Delwit. "Il y a toujours l'ancienne ligne de partage entre le nord-ouest acquis aux socialistes et le sud-est de tradition libérale. Mais même dans les communes du sud-est, les libéraux sont mis en difficulté, ne parvenant pas à répondre aux attentes du vivre-ensemble en milieu urbain."

Et ce n'est pas avec un Georges-Louis Bouchez que cela changera sur le court terme, estime le politologue, alors que c'est précisément dans les circonscriptions urbaines qu'il y a des sièges à glaner.

"L'électorat qu'on appelle 'bobo' est libéral au plan économique ainsi que sur les questions de société."
Pascal Delwit
Politologue à l'ULB

En concurrence avec Ecolo

Si le PS est l'adversaire historique du MR, aujourd'hui c'est de plus en plus Ecolo qui se profile en pourfendeur des idées libérales. Pascal Delwit: "Le MR est fortement mis sous pression par Ecolo à Bruxelles et dans le Brabant wallon. L'électorat qu'on appelle 'bobo' est libéral au plan économique et sur les questions de société. L'électeur de centre droit peut légitimement hésiter entre le MR, Défi et Ecolo. C'est ce qui explique pourquoi la campagne du MR en 2019 a été ardemment anti-Ecolo".

"Ce que propose Georges-Louis Bouchez – et il a raison –, c'est d'inscrire dans la Constitution la neutralité, qui est un concept bien différent de la laïcité à la française."
Hervé Hasquin
Historien et ancien ministre-président libéral

À moins que le combat pour la laïcité, qui constituerait en quelque sorte un retour aux sources, ne puisse relancer la machine libérale. Hervé Hasquin tient à nuancer: "Ce que propose Georges-Louis Bouchez – et il a raison –, c'est d'inscrire dans la Constitution la neutralité, qui est un concept bien différent de la laïcité à la française. C'est un débat qu'il convient de mener, mais en évitant de succomber aux sirènes françaises de la 'zemmourisation' de la vie politique".

Le résumé

  • Né en 1846, le Parti libéral de Belgique fut le premier parti libéral à voir le jour en Europe continentale.
  • De tout temps, le parti a été traversé par une ligne de fracture entre centristes et conservateurs.
  • Avec la remise en cause de la mondialisation, le libéralisme semble en perte de vitesse, surtout chez les jeunes.
  • Ecolo est en passe de devenir le principal adversaire du MR, au lieu du PS.

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