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Affaire Chovanec: la faute à personne

Journalist

À la Chambre, lors des auditions de la commission d’enquête "Chovanec", c’est "circulez, y a rien à voir".

Le mois d'août terminé, les enfants sont revenus à l'école, c'est la rentrée et le climat vire à l'humide. L'heure de ressortir les parapluies qui ont si peu servi ces derniers mois. À la Chambre, ce mardi, ceux-ci étaient en nombre.

Car c'est une drôle de session "c'est pas moi, c'est lui" qui s'est jouée devant les députés. Objectif: éviter les éclaboussures de l'affaire Chovanec, nouvel avatar des accusations de violence policière qui empoisonnent la vie publique depuis des années maintenant. Agrémenté cette fois-ci d'un salut nazi filmé qui a tout changé. La semaine dernière, Pieter De Crem, le ministre de l'Intérieur, avait dit lors de son audition que son prédécesseur savait. La faute à Jan Jambon, donc.

Cela tombe bien, le ministre-président flamand (N-VA) était présent, qui a dit que le rapport de police qu'il a reçu, décrivant l'intervention policière à l'aéroport de Charleroi, "ne fait à aucun moment état des faits effroyables que nous avons pu voir". La faute à la police, donc.

Il est bien dommage qu'il eût fallu une fuite dans la presse pour faire bouger les lignes.

Cela tombe bien, ses responsables étaient présents. Place à Catherine De Bolle, ex-n°1 de la police belge, devenue quelques mois après les faits directrice d'Europol, le poste le plus élevé imaginable dans cette maison. Que dit-elle? "Je n'ai pas été informée par ces faits et ces faits auraient dû être m'être rapportés." La faute à ses subordonnés, donc.

Cela tombe bien, le premier d'entre eux, l'actuel commissaire général Marc De Mesmaeker, était là. Que dit-il? "Je pense avoir fait mon travail (...) je peux considérer que tout le monde a fait son travail sur base des faits tels qu'ils sont connus." La faute à d'autres subordonnés, donc.

Dans cette ténébreuse affaire Chovanec, tout le monde a bien compris que les policiers mis en cause ont dépassé les bornes. L'instruction judiciaire et l'audit du Comité P sur la police aéroportuaire de Charleroi iront à leurs termes et trouveront à sanctionner. Mais on aurait aimé que des responsables politiques et de la hiérarchie policière prennent plus leurs responsabilités. Cela fait des décennies que la maison bleue est aux prises avec des affaires de violence policière et il est bien dommage qu'il eût fallu une fuite dans la presse pour faire bouger les lignes. Et faire ouvrir grand les parapluies.

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