Alain Destexhe défie à nouveau la direction du MR

©BELGA

Le sénateur Alain Destexhe dénonce un certain laxisme belge en matière d’immigration et d’intégration. Son discours est diversement apprécié au MR. Pour l’heure cependant, il vaut mieux un Destexhe dedans que dehors, estime-t-on au sein du parti.

Électron libre. C’est l’expression qui revient le plus souvent lorsqu’il est question d’Alain Destexhe. L’intéressé l’a encore une fois prouvé ce jeudi en publiant un ouvrage sur un de ses thèmes de prédilection, "Immigration et intégration".

Dans cet opus préfacé par l’ancien secrétaire d’État Theo Francken (N-VA), Destexhe dénonce "l’immigration non maîtrisée et l’intégration ratée" en Belgique. "La nationalité belge est encore trop facilement accordée (…), sans vérifier la réelle intégration économique ou culturelle."

"La nationalité belge est encore trop facilement accordée."
Alain Destexhe
Sénateur MR

Celui qui fut le seul député MR à ne pas voter, le 7 décembre dernier, la résolution du Parlement bruxellois en faveur du pacte de Marrakech regrette "l’aveuglement du monde politique belge" face aux problèmes posés par l’immigration, le communautarisme et la montée de l’islamisme. Il pointe en particulier Philippe Moureaux, Joëlle Milquet et un parti Ecolo "extrêmement dangereux". "Certains cherchent à imposer un modèle multiculturel dont la majorité des Belges ne veulent pas, lui préférant le modèle classique de l’intégration à la société existante."

Parmi les solutions mises en avant par le sénateur libéral, citons la limitation du regroupement familial, la révision des conditions d’acquisition de la nationalité belge, la suppression des accommodements dits raisonnables, l’interdiction du financement de l’islam à partir de l’étranger, l’interdiction du financement public des écoles musulmanes (ce qui suppose de revoir le pacte scolaire), ou encore de couper les vivres aux lobbys "pro-migrants" (Ciré, Mrax, Ligue des droits de l’homme, etc.).

Le MR se distancie

Alors que les partis fourbissent leurs armes en vue du prochain scrutin, le discours d’Alain Destexhe ne risque-t-il pas de parasiter la communication du MR? "Les propositions formulées par Alain Destexhe n’engagent que lui et certainement pas le MR", précise-t-on à la présidence du parti. "Destexhe n’est pas représentatif du MR", confirme l’ancien ministre et ancien sénateur libéral Hervé Hasquin.

Corentin de Salle, directeur du centre Jean Gol, se veut pour sa part nuancé. "Même si je ne partage pas sa position sur l’immigration, Alain Destexhe est quelqu’un de respectable qui représente une sensibilité parmi d’autres au MR. Il a droit de cité dans notre formation pluraliste et cultivant le débat démocratique."

Richard Miller, administrateur-délégué du Centre Jean Gol et, à ce titre, impliqué dans la rédaction des programmes électoraux, ne cache pas non plus des divergences de vues, sans pour autant les dramatiser. "Chacun sait qu’il existe entre lui et moi des différences de sensibilités, mais le propre du Mouvement réformateur est de rassembler un éventail représentatif des différents courants d’idées au sein de la population."

Destexhe lui-même ne dit pas autre chose: "J’ai participé aux débats internes du parti, j’ai envoyé mes propositions et personne ne m’a dit qu’elles étaient inacceptables."

Faire le buzz

Dans les coulisses de l’avenue de la Toison d’Or, certains se veulent pourtant plus tranchés. "Son discours est regrettable, car il donne l’impression qu’on n’a rien fait depuis 2014 alors que beaucoup de mesures restrictives ont été prises. Et ce qu’il propose n’est pas toujours réalisable ni légal", nous confie un cadre du parti. Il pointe au passage les errements stratégiques de Destexhe. "Contrairement à ce qu’il prétend, il est très isolé. Il ne se rend pas compte que le paysage électoral francophone n’est pas le même qu’en Flandre. Si on veut récupérer les voix perdues aux communales, ce n’est pas à droite qu’il faut regarder, avec le PP qui fait 3 ou 4%."

"C’est un personnage embarrassant qui est prêt à faire n’importe quoi pour exister."

Un autre libéral n’hésite pas à tancer Alain Destexhe. "C’est un personnage embarrassant qui est prêt à faire n’importe quoi pour exister. Il veut faire le buzz et c’est dommage, car c’est un homme intelligent. Qu’il ait des supporters au MR ou au sein de l’opinion publique est sans doute vrai, mais son poids politique au sein du parti est nul." Notre interlocuteur rappelle – non sans malice – que Destexhe "a quand même connu quelques échecs électoraux". "Le timing de sa sortie médiatique n’est sans doute pas sans lien avec la constitution des listes."

La ligne d’Alain Destexhe n’est pas non plus sans rappeler celle de Roger Nols qui, voici 25 ans, avait plongé le PRL dans la tourmente. "Finalement, il était parti de lui-même. C’est ce qui risque de se passer un jour avec Destexhe", nous glisse-t-on.

Pour l’heure cependant, on n’en est pas là. Richard Miller se veut très clair à ce sujet. "Nous préférons garder Alain Destexhe dedans que dehors. Et pas dans un but tactique. Il a pleinement sa place au MR. Une ligne plus conservatrice doit pouvoir être entendue à l’intérieur du MR. Même si ce n’est pas toujours facile. Il faut se montrer capable d’un tel dialogue."

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