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Alexander De Croo: "L'obligation vaccinale généralisée, c'est de la paresse politique"

©Diego Franssens

L'obligation vaccinale pour tous? Une erreur, pour le Premier ministre, qui veut éviter d'aller trop loin dans les mesures intrusives.

Alexander De Croo (Open VLD), interviewé jeudi soir, défend les décisions prises par le Codeco tout en minimisant les difficultés qui l'attendaient au conseil des ministres de ce vendredi, après la fronde du PS sur l'obligation vaccinale des soignants. Entretien.

"Avec les chiffres de ces prochains jours, je vous garantis qu’on se reverra avant la fin de la semaine prochaine", a dit Frank Vandenbroucke en fin de Codeco mercredi. D'accord?

Il a dit cela un peu différemment… Il est clair qu’il y a une déception pour tout le monde. On s’attendait à un effet ‘automne’, mais pas d’une telle violence. L’année passée, on se battait contre le Covid-19, aujourd'hui, en quelque sorte, on se bat contre le Covid-21. Ce n’est plus le même virus. Et si on n'avait pas près de 90% des adultes vaccinés, on serait en lockdown depuis plusieurs semaines. Mais la méthode n’est plus du tout la même que l’an passé, où on fermait des secteurs. Nous faisons maintenant le choix de dire qu’il est possible de stabiliser la situation en prenant des précautions additionnelles, au-delà du vaccin, et en faisant confiance aux gens.

Vous vous écartez tout de même fort des recommandations des experts…

"Les mesures, c'est un bon équilibre entre ce qui est scientifiquement nécessaire et ce qui est judicieux et équilibré."

Non, la seule différence, c’est que les experts recommandaient de fermer les salles de sport ou les boîtes de nuit. Nous préférons les garder ouvertes avec beaucoup plus de précautions. C’est un bon équilibre entre ce qui est scientifiquement nécessaire et ce qui est judicieux et équilibré.

Mais à force d’équilibre, ne perd-on pas en cohérence ? Le télétravail n’est-il pas difficile à justifier si les boîtes de nuit restent ouvertes?

Je ne suis pas d’accord. Il y a une logique dans les décisions prises, c’est de ne rien arrêter et de faire un effort collectif, en mettant un masque à certains moments, en télétravaillant, ce qui réduit le nombre de contacts. C’est une approche très cohérente.

Y a-t-il eu une objectivation des contaminations sur le lieu de travail ?

Il faut arrêter cette logique de chercher si les contaminations se font là ou ici. Ce qu’il faut, c’est diminuer les contacts là où c’est le moins perturbateur. Et quand les contacts doivent quand même avoir lieu, installer des barrières additionnelles.

Comment réagissez-vous à la sortie de Paul Magnette qui a remis en cause la vaccination obligatoire des soignants et ses sanctions, après un accord en kern?

L’obligation vaccinale pour le personnel de santé, c’est une décision du Comité de concertation du mois d’août, qu’on exécute maintenant. Si je vais à l’hôpital avec un problème de santé, je n’ai pas envie de courir un danger additionnel parce que les soignants ne sont pas vaccinés. D’ailleurs, la très  grande majorité du personnel de soins est vaccinée, et je suis convaincu qu'une bonne partie des autres suivront d'ici fin avril et qu’au final, le problème sera marginal. Ceci dit, je comprends que dans un gouvernement qui réunit sept partis, les partis se positionnent, et cherchent à apporter leurs propres accents.

Mais ici, cela va plus loin. Le PS semble vouloir conditionner son accord à la vaccination obligatoire pour les soignants à une vaccination obligatoire pour tous…

Ce n’est pas ce qui a été décidé en kern. Et la question de l’obligation générale est devenue un sujet trop politique. Cela devrait être un sujet scientifique. Je suis pour le libre examen et je suis prêt à examiner toutes les pistes qui nous permettent de vacciner plus de gens. Mais regardez quels sont les pays où la vaccination est obligatoire : l’Indonésie, la Micronésie, le Turkménistan et le Tadjikistan, je ne suis pas sûr que ce soit un club de pays dont on veut vraiment être membre… (NDLR. pour rappel, cette interview a eu lieu avant que l'Autriche annonce une vaccination obligatoire à partir du 1er février.)

Et puis que va-t-on faire avec ceux qui ne veulent pas se faire vacciner? Les attacher à un siège et les forcer? On a en Belgique une sommité mondiale dans le domaine de l’adhésion à la vaccination, Heidi Larson de l’université d’Anvers, la femme de Peter Piot. Pour l’instant, toutes les analyses scientifiques montrent que l’obligation est une mauvaise idée. Cette discussion sur l’obligation vaccinale, c’est de la paresse politique. Parce que le vrai devoir, c’est de convaincre les gens pour qu’ils se protègent mieux et se fassent vacciner. C’est un peu facile, parce qu'on n'arrive pas à les convaincre, de les obliger... Je pense que cela ne fera que mener à des positions encore plus polarisées et plus difficiles à gérer. Je suis toutefois ouvert : on a demandé au commissariat corona de faire une analyse.

Et qu’allez-vous faire pour convaincre les récalcitrants ?

"On a fait beaucoup de choses, très intrusives, dans cette crise sanitaire, parce qu'on était obligés de le faire. Ne poussons pas les choses trop loin."

Il y a différentes méthodes. Il y a celle de l’obligation vaccinale, à laquelle je ne crois pas. Une autre méthode serait de supprimer dans le CST la possibilité de se faire tester…

N’est-ce pas hypocrite? On rend la vie des non vaccinés tellement difficile qu’ils n’ont plus le choix…

C’est un libre choix. Quelqu’un qui ne veut pas du vaccin mais ne participe pas à la vie publique ne met personne en danger. C’est son choix. Une autre option, c’est de participer de temps en temps à la vie publique, et de faire un test à ce moment-là. À chacun de choisir. On a fait beaucoup de choses, très intrusives, dans cette crise sanitaire, parce qu’on était obligés de le faire. Ne poussons pas les choses trop loin.

La troisième dose, va-t-on l’intégrer dans le CST ?

Oui, mais de quelle manière, cela doit encore être défini. Et la règle de base, c’est qu’on ne le fera pas tant que tout le monde n’aura pas eu l’occasion de la recevoir.

Revenons à Paul Magnette. Vous aviez déjà un président de parti, Georges-Louis Bouchez, qui contestait maintes décisions du gouvernement. C’est maintenant le tour du PS. La Vivaldi est-elle en train de se fissurer ?

Ce qui est important, ce sont les gens qui sont autour de la table. Ceux-ci sont dans une logique de prise de décision et de prise de responsabilités. Je le vois au sein du gouvernement comme au Comité de concertation.

Autre dossier délicat : la sortie du nucléaire. La question est-elle pliée, comme le disent certains ?

Le nucléaire n’est pas l’élément majeur de la discussion. De toute façon, cinq réacteurs vont fermer. La discussion ne porte que sur deux réacteurs. Ce que nous voulons, c’est établir une vision énergétique pour les 30 ou 40 ans à venir. Et sur le nucléaire, l’accord de gouvernement est très clair, il prévoit deux conditions pour fermer ces deux réacteurs : la sécurité d’approvisionnement et des prix sous contrôle. La ministre de l'Énergie gère ce dossier de manière très structurée. Elle va venir avec un rapport à la fin du mois, et on décidera sur cette base.

Dès fin novembre ?

J’espère qu’on pourra prendre une décision rapidement.

Le refus de permis de la Flandre pour la centrale au gaz de Vilvorde change-t-il la donne ?

"Sur la centrale de Vilvorde, il faudra à un moment qu'on ait une discussion avec le gouvernement flamand."

Le gouvernement flamand a pris une décision, il y a encore des discussions, et il faudra à un certain moment qu’on ait une conversation avec le gouvernement flamand.

Dans le cadre du comité de concertation comme le demande le CD&V ?

On trouvera une manière de discuter, je ne sais pas quelle sera la formule.

Si le projet de Vilvorde est compromis, peut-on se rabattre sur d'autres projets de centrales?

Je ne peux pas m’avancer là-dessus.

Le fait que la Belgique se soit retrouvée à la COP26 sans accord intra-belge, cela ne vous gêne pas?

Un accord intra-belge n’était pas nécessaire. Je suis un peu surpris par cette discussion. Personne ne m’a dit à Glasgow "quel scandale, il n’y a pas d’accord en Belgique". D’ailleurs, il n'y a pas d'accord au niveau européen non plus. Tout le monde souscrit à l’objectif des 55% de réduction des émissions, mais la répartition de l’effort entre pays n’est pas totalement finalisée.

Pourquoi faut-il être ambitieux? Si demain, 11 millions de Belges vivent de manière très durable, cela n'aura pas d'impact sur les sécheresses dans les années à venir. Même 500 millions d’Européens sur 8 milliards d’habitants, cela n’a pas tellement d’impact. Mais si on est ambitieux en Belgique et que l'on crée un environnement favorable à l’innovation, on peut avoir un impact sur le reste du monde en exportant nos solutions, comme on l’a fait avec l’éolien offshore.

En tant qu’Européens, on peut aussi montrer un peu plus les dents et faire preuve d'un certain protectionnisme climatique. On investit 1,1 milliard chez Arcelor Mital à Gand pour produire l’acier le plus durable du monde. Mais si en même temps, les Chinois font du dumping avec de l’acier sale sur notre marché, cela n’aura aucun impact. Nous devons dire à la plus grande puissance commerciale du monde, "si vous voulez vendre chez nous, c’est selon nos règles".

Mais l’Europe n’est-elle pas en déclin sur la scène internationale?

Si nous, Européens, on n’avait pas mis la barre très haut à la COP, rien ne se serait passé. Et au niveau européen, on sent un ‘push’ énorme de la population pour que l’Europe prenne davantage les choses en main. On l’a vu avec le covid, on le voit avec l’énergie.

La crise sanitaire retarde-t-elle des dossiers comme les pensions ou la réforme du marché du travail?

On a géré le covid et fait des réformes en parallèle. Les dossiers qui se présentent maintenant au gouvernement, c’est l’énergie et les pensions. On verra dans les semaines qui viennent quand exactement.

Les phrases clés

  • "Si on n'avait pas près de 90% des adultes vaccinés, on serait en lockdown depuis plusieurs semaines."
  • "Je comprends que dans un gouvernement qui réunit 7 partis, les partis se positionnent, et cherchent à apporter leurs propres accents."
  • "Les pays où la vaccination est obligatoire, l’Indonésie, la Micronésie, le Turkménistan et le Tadjikistan, je ne suis pas sûr que ce soit un club dont on veut être membre…"
  • "On a fait beaucoup de choses, très intrusives, dans cette crise sanitaire, parce qu’on était obligés de le faire. Ne poussons pas les choses trop loin."
  • "Pourquoi faut-il être ambitieux sur le climat? Parce que si l'on crée un environnement favorable à l’innovation, on peut avoir un impact sur le reste du monde en exportant nos solutions."

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