Alexander De Croo plaide pour la privatisation des chemins de fer

©Thomas Ost

Devant un cercle de patrons belges réunis à Uccle, le vice-Premier ministre a défendu la privatisation des entreprises publiques, allant jusqu'à suggérer celle de la SNCB. A ses yeux, le rythme des réformes budgétaires doit être soutenu.

On ne saurait vous dire s’il avait mangé du lion au petit-déjeuner ou si c’est l’air d’Uccle qui l’inspirait, toujours est-il que le vice-Premier ministre Alexander De Croo, dans le cadre d’une conférence qu’il donnait au B19 Business Club lundi matin, s’est senti pousser des ailes. On en a retenu plusieurs passages – que le libéral flamand a lui-même confirmés par la suite. Notez que la conférence s’est tenue sous les yeux du CEO de Belfius Marc Raisière et de l’ex-CEO de Brussels Airlines Bernard Gustin.

Morceaux choisis, donc.

"Dans un tel climat de campagne électorale, j’ai le plus grand doute qu’on puisse encore réussir à faire entrer Belfius en Bourse."

Sur les privatisations à venir et la gestion "dynamique" des participations de l’État belge. De Croo a coupé les pattes à un canard auquel plus grand-monde ne croit: l’entrée en Bourse de la banque Belfius cet été. "Franchement, ça m’étonnerait très fort qu’on y arrive encore. Je ne vois pas comment faire et je vous le dis, on court à présent un double risque économico-financier et politique. Il y a un risque économique à voir chuter les Bourses, en particulier avec ce climat de guerre économique transatlantique relancé sans cesse par les déclarations de Donald Trump. Ensuite, il faut être très clair, il existe également un risque politique. Nous entrons dans un tunnel de campagne électorale qui va d’abord aller jusqu’au mois d’octobre avec les élections communales, mais qui ensuite va se prolonger jusqu’en 2019 pour les législatives. Dans un tel climat de campagne électorale, j’ai le plus grand doute qu’on puisse encore réussir à faire entrer Belfius en Bourse. Même si je le répète, c’est mon souhait, y compris de délier ce dossier de celui du dédommagement des coopérateurs Arco. Mais ce n’est pas le souhait de tous les partenaires de gouvernement", a-t-il expliqué en faisait allusion au CD&V.

À côté de Belfius, Alexander De Croo a également évoqué les cas de Proximus et de bpost. "Dans un cas comme dans l’autre, je n’ai aucun fétiche et certainement pas celui des 50% qui devraient rester entre les mains de l’État (pour Proximus, NDLR). Je considère qu’on doit avant tout regarder les perspectives et la stratégie industrielle des candidats qui viennent nous voir pour reprendre des participations. Pour moi, ce ne doit pas être des opérations financières destinées à faire descendre le niveau de notre dette: travailler à la revente de ces participations, c’est avant tout pour consolider ces groupes et leur ancrage belge, il n’est pas question de les laisser entre les mains de tel ou tel fonds d’investissement qui ne vise qu’une opération financière pure."

"Clairement, le mode de fonctionnement et le service de la SNCB ne sont pas satisfaisants."

Toujours au rayon "bijoux de famille", Alexander De Croo a ouvert un front encore relativement inexploré: celui des chemins de fer belges. "Clairement, le mode de fonctionnement et le service de la SNCB ne sont pas satisfaisants. À la question de savoir si on doit aujourd’hui faire entrer immédiatement un partenaire privé dans le capital, la réponse est non, par contre on doit très clairement l’envisager pour la suite, d’ici deux ans, par exemple. Pourquoi faut-il que les conseils d’administration de la SNCB et d’Infrabel soient des émanations de la politique belge? Pourquoi n’y intègre-t-on pas des responsables des chemins de fer suisse ou japonais? Il me semble que ces gens-là disposent quand même d’une solide expérience et pourraient s’avérer utiles pour relever les défis à venir." Le libéral flamand est donc sur une position comparable à celle de la N-VA dans ce dossier: Johan Van Overtveldt a également émis l’idée d’ouvrir la SNCB aux capitaux privés.

Le vice-Premier ministre s’est également dit "admiratif" de la manière dont Emmanuel Macron amorce et gère la transformation de la SNCF en France. "À un certain moment, il faut y aller et il ne faut pas lâcher, sinon on n’avance pas: Macron est en train de prouver qu’on peut réformer ce qui était a priori irréformable. L’idée n’est pas d’être dur pour être dur, l’idée c’est de ne pas reculer. Pourquoi pensez-vous qu’il y a moins de grèves à bpost qu’à la SNCB? Entre autres parce que le postier sait très bien que s’il fait grève, le lendemain, le tas de lettres qu’il doit distribuer aura grandi et qu’il devra quand même le distribuer."

"Cette coalition n’a fait que la moitié du chemin. Je serais pour qu’elle fasse un second mandat."

Ce qui – naturellement – a amené le vice-Premier ministre a évoquer la puissance des syndicats en Belgique. "Bien entendu, on n’en fait pas assez à ce niveau-là et bien entendu nous avons encore beaucoup d’ambition, notamment au niveau des allocations de chômage. Pourquoi faut-il que ce soient des Français qui viennent occuper les emplois vacants en Flandre alors que des Wallons pourraient le faire? Je n’ai rien contre les Français mais, sincèrement, il y a encore des choses à faire à ce niveau-là."

Et de ponctuer: "On s’est arrêté à mi-chemin et voilà pourquoi il faut que ce gouvernement puisse faire un second mandat et poursuivre ses réformes. Cela me paraît une excellente idée si, après les élections, on peut poursuivre dans cette configuration. On a réalisé un excellent travail sur le socio-économique. Sur le budget, nous aurions évidemment voulu maintenir la trajectoire d’assainissement initiale, mais on a préféré faire le tax shift pour faire souffler un peu notre économie. Il faut poursuivre l’assainissement, mais parallèlement il faut un nouveau tax shift et faire encore diminuer la pression fiscale qui pèse sur les épaules de ceux qui travaillent."

2 préavis de grève à la SNCB

Cette sortie du vice-Premier ministre De Croo arrive alors que les dossiers s'empilent sur les bureaux des syndicats de la SNCB:

  • pensions
  • aptitude physique 
  • revalorisation

Sur ce dernier point, les différents syndicats avancent de façon très dispersée. Le SIC, syndicat indépendant des cheminots, annonçait hier le dépôt d'un préavis de grève de 24 heures débutant le 27 juin à 22 heures.

Dans la foulée, le SACT, syndicat autonome des conducteurs de train, déposait, lui, un préavis de grève de 48 heures avec effet dès le 22 juin à 3 heures.

Deux dates mais une seule et même raison: une proposition de revalorisation pour le personnel roulant avancée par la direction, en échange de davantage de productivité.      

La CGSP se donne,  sur le dossier, le temps de la réflexion, là où la CSC et le SFLP semblent favorables à la proposition.

 

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