portrait

Alexander De Croo Premier ministre: l’apprenti sorcier a mûri

Le libéral flamand va succéder à Sophie Wilmès au poste de Premier ministre. Qui est-il ?

Les débuts professionnels d’Alexander De Croo se font loin de la politique. Ingénieur commercial formé à la VUB, il entre en 1999 au Boston Consulting Group, où il rencontre sa femme Annik Penders (avec qui il aura deux fils), tout en menant un MBA à la Northwestern University de Chicago. Il crée ensuite sa propre boîte de conseil, spécialisée dans les questions de propriété intellectuelle. Dix ans sans politique.

En 2009, sortant de nulle part, il se porte candidat à la présidence de l’Open Vld et l’emporte. Il a 34 ans et succède à Guy Verhofstadt alors que son CV politique est vierge. Aucun mandat, aucune expérience. Mais c’est le fils de son père, le monument Herman De Croo. Dans le genre coach politique perso, on fait difficilement mieux.

Ex-ministre (pendant plus de dix ans), ex-président de la Chambre, ex-président du Vld, le père De Croo n’est pas seulement un impayable zwanzeur, c’est aussi et surtout une encyclopédie de politique contemporaine à lui seul. Autant dire que les briefings paternels peuvent vous faire gagner des années de pratique.

Débuts catastrophiques

Quoique. Ses débuts à la présidence du parti libéral flamand sont catastrophiques. A peine installé dans la fonction, il retire son parti du gouvernement Leterme II, sur un dossier typiquement communautaire: le dossier Bruxelles-Hal-Vilvorde.

Le communautaire, ce n'est pas son truc.

Ce n’est pourtant pas son truc, le communautaire. Pas du tout : élevé dans les deux langues (sa mère est francophone) sur la frontière linguistique à Brakel, à côté de Flobecq, son histoire n’a rien à voir avec ce clash des cultures qui enflamme tant d’autres politiques flamands.

Et pourtant, c’est lui qui débranche la prise gouvernementale, début 2010. Leterme II tombe, l’Open Vld perd cinq sièges sur dix-huit à la Chambre lors du scrutin qui suit et c’est la N-VA qui tire les marrons du feu. C’est lui qui a craqué l’allumette de la plus longue crise politique belge, celle qui placera Elio Di Rupo au 16 rue de la Loi, fin 2011 seulement. On parle alors d’Alexander De Croo comme d'un apprenti sorcier. Il paraît que le meilleur moyen de l’énerver est de lui rappeler cette piètre séquence.

©BELGA

En 2012, à 36 ans, le libéral flamand remplace Vincent Van Quickenborne dans le rôle de vice-Premier ministre, la présidence du parti passant à Gwendolyn Rutten. Il tient son rang lors de la Suédoise de Charles Michel.

Il apprend vite. Son portefeuille ministériel n’est pas le plus lourd (Coopération au développement, Agenda numérique, Télécoms) mais il parvient à le rendre visible. Il développe notamment une présence à l’international, pour laquelle l’épais carnet d’adresses paternel a sans doute été utile. En 2018, il reprend les Finances lorsque la N-VA quitte le gouvernement fédéral.

Devenu prudent

Vice-Premier depuis huit ans, ça forme. On dit de lui qu’il est un ministre crédible. Qu’il connaît ses dossiers et maîtrise les chiffres. Que c’est un malin et un ambitieux. Qu’il veut le "Seize" depuis un moment. Il le convoite tellement qu'il se garde bien de le dire. C'est plus prudent quand on veut vraiment le job. L’apprenti sorcier ne joue plus avec le feu.

On dit aussi qu’il est très flexible, trop au goût de certains.

On dit aussi qu’il est très flexible, trop au goût de certains. « C’est un libéral mais un libéral rural », nous glisse-t-on. « Avec lui, les principes s’accommodent d’un sens pragmatique très poussé. Les idées, c’est bien aussi longtemps qu’elles ne nuisent pas à ses intérêts.»

Alexander De Croo fêtera bientôt ses 45 ans dans le costume de Premier ministre. Cavalier émérite, il ne craint pas les montures capricieuses. Mais le 16 rue de la Loi, c’est la promesse d’un rodéo permanent. Que le spectacle commence.

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