analyse

Allier PS et N-VA, mission impossible?

Y a-t-il vraiment une possibilité pour que nationalistes flamands et socialistes francophones entrent ensemble dans un gouvernement? On passe en revue les convergences (éventuelles). Et les divergences.

Koen Geens (CD&V) a reçu une mission claire de son parti. Tenter de rapprocher PS et N-VA. Il a une semaine, par décision du Roi. Mais avec quelles chances de réussite? Y a-t-il vraiment une possibilité que nationalistes flamands et socialistes francophones gouvernent ensemble?

Tout d'abord, il faut souligner que la N-VA a déjà gouverné, autre qu'au niveau local, avec des socialistes (flamands, certes). En 2009 en Région, avec Peeters II. Le Bruxellois Pascal Smet (sp.a) y fut ministre (Education) aux côtés de Geert Bourgeois (Intérieur/Intégration) et Philippe Muyters (Finances/Emploi). De quoi laisser imaginer qu'une alliance, théoriquement, n'a rien d'impossible puisqu'elle a déjà existé - d'ailleurs, certains n'y seraient plus si fermés côté N-VA, entend-on, pour cause de tiraillement sur le social par le Vlaams Belang, les tiraillant par ailleurs aussi à l'extrême-droite. Et ce, d'autant si elle s'agence autour de trois axes principaux.

"Open Vld et CD&V ne semblent plus avoir de programme. S'il y a un accord, c'est déjà bon."
Dave Sinardet
Politologue (VUB)

Tout d'abord, une réforme de l'Etat. C'est là un point où des rapprochements pourraient clairement être envisagés, permettant aux nationalistes de s'affranchir peu à peu de l'emprise francophone et aux socialistes de préserver leur idée de solidarité. Mais ce qui risque de poser problème ici, c'est la position du MR, qui a largement répété son non à l'ouverture de la boîte de Pandore, alors que CD&V et Open Vld, eux, "ne semblent plus avoir de programme", ironise le politologue Dave Sinardet (VUB), tout accord leur semblant bon.

L'asile et la migration

Ensuite, vient la question de l'asile et de la migration. Un thème sur lequel les sorties de l'ex-secrétaire d'Etat Theo Franken résonnent encore. "Ceci mis à part, il y a des points où les deux partis pourraient se retrouver (sauf politique stricte, NDLR), ce que l'on constate déjà au sp.a", analyse Carl Devos (UGent). "En réalité, la politique menée par Maggie De Block sous Di Rupo n’était pas si différente de celle mise en œuvre par Theo Francken sous Michel", pointe Dave Sinardet. Sauf pour la comm'.

Enfin, reste le climat, qui pourrait aussi constituer un terrain d'entente entre N-VA et PS. "Tous deux, pour des raisons différentes, ne veulent pas d'une politique trop radicale en la matière", soulève Carl Devos. L'un parce que cela coûterait à un Etat qui devra réaliser des économies vu la situation budgétaire, l'autre parce que cela toucherait au portefeuille des gens, de même que pourrait mettre à mal, à court-terme en tout cas, l'emploi et la croissance.

"Ce qui est sûr, c'est que le prochain gouvernement sera plus à gauche que Michel I, mais moins à gauche que ce que veut le PS."
Carl Devos
Politologue (UGent)

Et là, l'une des différences majeures se dresse. "Le PS entend dégager de nouvelles recettes et épargner le moins possible. Ce que la N-VA veut éviter à tout prix, surtout si l'Open Vld - très libéral et possiblement mené, demain, par Egbert Lachaert - se retrouve dans l'opposition", indique Carl Devos. Alors si une taxation verte n'est, elle, pas exclue dans les rangs nationalistes, l'opposition constatée a tout de même de quoi jeter une ombre marquée sur un hypothétique scénario de rapprochement, "même si on a de l'expérience en Belgique de trouver des compromis sur le socio-économique".

Et puis, de toute façon, "les circonstances sont contre un accord aujourd'hui", analyse Carl Devos, "même s'il aurait pu être possible, bien que difficilement". En effet, les deux partis font face à des pressions souvent antagonistes, attisées par les extrêmes du PTB et du Belang. Pour le politologue, une seule conclusion peut donc être tirée à ce stade: "le prochain gouvernement sera surement plus à gauche que le gouvernement Michel, mais moins à gauche que ce que veut le PS".

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