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Allocations de chômage en cas de démission: la droite flamande dit "niet"

"L'objectif, c'est plus de gens au travail et moins avec une allocation. Pas l'inverse", a réagi le président de l'Open Vld, Egbert Lachaert. ©JONAS LAMPENS

Octroyer des allocations de chômage lorsqu'un travailleur démissionne? La proposition figure dans le document servant de base aux négociations dans le cadre du plan de redémarrage et de transition post-covid.

On le savait, la rentrée serait particulièrement chargée pour le gouvernement fédéral. Le covid laisse progressivement place à d'autres dossiers, à haut potentiel inflammable. Parmi ceux-ci, la réforme du marché du travail. Dans l'accord de gouvernement, la coalition Vivaldi s'est donné l'objectif de faire passer le taux d'emploi de 71% à 80% d'ici à 2030 et de répondre à la problématique des métiers en pénurie. Mais comment?

Pour lancer les négociations gouvernementales du plan de redémarrage et de transition post-covid, le ministre socialiste du Travail Pierre-Yves Dermagne a compilé dans une note 25 propositions issues de ses consultations avec les différents partis et les partenaires sociaux. Nous en révélions les grandes lignes ce mercredi dans L'Echo.

Parmi celles-ci, deux ont fait bondir les partis et organisations positionnés à la droite de l'échiquier politique.

Des allocations complètes après une formation?

"Sachant que seulement 60 % des formations débouchent sur un emploi, cela risque de se retourner contre nous et d'accroître le piège du chômage."
Robrecht Bothuyne
Député flamand CD&V

L'une avance l'idée que les demandeurs d’emploi qui prennent part à une formation pour un métier en pénurie puissent à son issue avoir accès automatiquement à la première période d'indemnisation des allocations de chômage. Autrement dit, la dégressivité des allocations reviendrait à son point de départ pour ceux qui se forment à un métier en pénurie. Une idée défendue par le PS, mais aussi par Ecolo.

Le CD&V a déjà fait savoir que ce serait "niet", via son député flamand Robrecht Bothuyne. "Sachant que seulement 60 % des formations débouchent sur un emploi, cela risque de se retourner contre nous et d'accroître le piège du chômage. Mais si le PS veut entrer dans le débat sur la dégressivité des allocations chômage, alors nous sommes ouverts à cela", a-t-il précisé dans De Tijd.

On se rappelle aussi que le MR, via son président Georges-Louis Bouchez, avait prôné dans Le Soir début septembre une approche plus dure: "Il faut travailler sur la sanction envers les personnes qui refusent une formation ou un métier en pénurie. Un chômeur de longue durée (plus de deux ans) qui refuserait deux formations et/ou deux emplois dans un métier en pénurie doit pouvoir être directement sanctionné. Sanction mais aussi motivation, avec une prime à ceux qui se mettent à l’emploi."

Mais c'est une autre proposition retenue par le ministre Dermagne qui met le feu aux poudres: octroyer la possibilité à un travailleur un nombre limité de fois sur sa carrière, de démissionner de son job pour se réorienter tout en ayant accès aux allocations de chômage.

Ecolo et Groen avaient déjà déposé une proposition de loi en ce sens en 2018. Dans La Libre ce lundi, le député fédéral vert Gilles Vanden Burre argumentait: "On défend un droit à la seconde chance. Il faut permettre aux salariés de démissionner en accédant aux allocations de chômage moyennant une formation spécifique vers un métier en pénurie.”

Du côté du MR, on rappelle qu'on s'est déjà dit favorable par le passé à "un droit de réorientation" lorsque l'on a cotisé pendant 10 ans. Mais Georges-Louis Bouchez estime que "ce droit de licenciement réglemente les carrières, mais ne résout pas le problème des métiers en pénurie. C'est absurde de penser ça. Cela pourrait même aggraver la situation".

Tir de barrage côté flamand

"Travailler moins avec des allocations pour pallier les pénuries de main-d'œuvre... je ne comprends plus."
Nathalie Muylle.
Députée CD&V

Côté flamand par contre, la pilule ne passe pas au sein de l'Open Vld et du CD&V, côté majorité, pas plus que du point de vue de la N-VA. Les organisations patronales Unizo et Voka recalent également d'emblée la proposition.

"L'objectif, c'est plus de gens au travail et moins avec une allocation. Pas l'inverse", a réagi le président des libéraux flamands, Egbert Lachaert, sur Twitter. "Cette proposition figurait dans des notes précédentes lors des négociations", rappelle celui qui fut préformateur de la Vivaldi l'année dernière. Le président des libéraux flamands convient certes qu'il devrait y avoir une plus grande mobilité de la main-d'œuvre, "mais pas ainsi".

"C'est une proposition du siècle passé qui ne contribue pas du tout aux objectifs du marché de l'emploi. C'est une incitation à la désactivation."
Danny Van Assche
Unizo

Le CD&V a également réagi par la voix de la députée Nathalie Muylle, prédécesseure de Pierre-Yves Dermagne au portefeuille de l'Économie. "Travailler moins avec des allocations pour pallier les pénuries de main-d'œuvre... je ne comprends plus", a-t-elle tweeté.

"Un très mauvais signal", selon le Voka

Pour le patron de l'Unizo Danny Van Assche, il s'agit d'une invitation à se mettre au chômage afin de toucher une allocation. Même tonalité du côté du Voka: "La Flandre n'a vraiment pas besoin d'une telle proposition. C'est un très mauvais signal. Il faut activer les personnes qui n'ont pas de travail." Cette proposition incite à nouveau à se constituer un confortable matelas d'allocations, a commenté son administrateur délégué Hans Maertens.

La proposition ne récolte pas plus de succès du côté de la FEB. "Cela revient à un assouplissement des règles du chômage et risque de favoriser la mise en place d’un nouveau régime de départ anticipé. La proposition aura donc l’effet inverse de celui recherché et entraînera une diminution, et non une augmentation, du nombre de personnes sur le marché du travail", a déclare Monica De Jonghe, administrateur-directeur général de la FEB.

Les discussions au sein de la Vivaldi doivent entre dans le vif du sujet dans la prochaine quinzaine.

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