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Après le salaire minimum, l'écueil des prépensions

La FGTB a prévenu qu'elle mènerait de nouvelles actions si ses exigences sur le salaire minimum et les fins de carrière ne sont pas satisfaites. ©BELGA

La FGTB exige un retour à 58 ans de l'âge donnant accès au régime de chômage avec complément d'entreprise (RCC) lors des restructurations. Mauvaise idée, rétorque le banc patronal.

Alors que le gouvernement attend sous peu des progrès entre les interlocuteurs sociaux sur l'accord interprofessionnel (AIP), la tension monte au sein du Groupe des Dix.

58
Ans
La FGTB veut permettre l'accès aux RCC dès 58 ans dans les entreprises en restructuration.

À l'origine de cette nouvelle poussée de fièvre, on retrouve - une fois n'est pas coutume - la FGTB. Cette dernière a lancé, samedi, un pavé dans la mare sociale en déclarant publiquement que ses exigences n'étaient pas suffisamment prises en compte. Dans sa communication, le syndicat réclamait, entre autres, le maintien des systèmes de prépension (RCC), en ce compris la possibilité d'y recourir dès 58 ans dans les boîtes en restructuration, alors que l'âge minimal pour y accéder sera théoriquement porté à 60 ans dès juillet.

Plus discrètes, la CSC et CGSLB ont refusé de s'exprimer publiquement sur la thématique. Si leurs attentes ne sont pas en tout point identiques à celles du syndicat socialiste, elles semblent d'accord pour dire que l'accès au RCC, soit le régime de chômage avec complément d'entreprise, devrait à nouveau être possible avant 60 ans.

Crainte des restructurations

"Avec la vague de restructurations que certains prédisent, la possibilité de recours au RCC constitue un enjeu crucial", nous glisse une source syndicale. Pour illustrer son propos, elle rappelle que 36 sociétés ont déjà lancé des licenciements collectifs au premier trimestre, mettant près de 3.000 travailleurs sur le carreau.

Permettre les RCC dès 58 ans, serait-ce vraiment un bon moyen d'atténuer l'impact des restructurations éventuelles? Dans les rangs patronaux, on se montre franchement sceptique. "Ce n'est pas avec les recettes du XXᵉ siècle qu'on parviendra à un taux d'emploi de 80% en 2030", lâche-t-on du côté de la FEB et de l'Unizo.

Une position à laquelle adhère l'économiste Stijn Baert (UGent), lequel s'est fendu d'une série de tweets pour dire tout le mal qu'il pensait du système des retraites anticipées. "Les employeurs et le gouvernement ne doivent absolument pas accéder à la demande syndicale. Au contraire, les RCC doivent être remisées d'urgence au musée d'histoire de la mauvaise politique belge", assène-t-il.

"Les RCC doivent être remisées d'urgence au musée d'histoire de la mauvaise politique belge."
Stijn Baert
Economiste UGent

C'est joliment tourné certes, mais penchons-nous plutôt sur la justification apportée par l'académique gantois. Selon lui, la retraite anticipée remonte à une époque où il y avait beaucoup de demandeurs d'emploi et peu de postes vacants. Or, c'est tout l'inverse qui se produit aujourd'hui avec un marché du travail belge parmi les plus tendus d'Europe. "De surcroît, nous savons désormais que chasser les personnes âgées du marché du travail pour donner une chance aux jeunes est un mythe", ajoute-t-il.

Tous les entrepreneurs se retrouvent-ils dans ces propos? Eh bien vraisemblablement non. "La situation en matière d'emploi n'est pas la même partout dans le pays. En Wallonie, où ce marché est moins tendu, certains sont parfois demandeurs de pouvoir se séparer de travailleurs plus âgés, et ce afin de pouvoir recruter des collaborateurs plus jeunes, moins chers, et potentiellement plus efficaces", nous assure un patron, sous couvert d'anonymat.

De l'eau dans le gaz?

Sur ce sujet, comme sur d'autres, trouver un terrain d'entente en G10 entre syndicats et patrons s'annonce ardu. Selon nos informations, les deux bancs se retrouveront jeudi pour reprendre leurs négociations. Deux autres réunions sont prévues vendredi et lundi, à moins qu'un clash ne se produise d'ici là. Une hypothèse loin d'être farfelue à entendre certains proches des discussions.

L'annonce de nouvelles actions de centrales CSC et FGTB en fin de semaine ne devrait d'ailleurs pas contribuer à apaiser les esprits. AIP, suite et pas fin...

RCC, késako?

Le régime de chômage avec complément d’entreprise (RCC) permet aux travailleurs d’un certain âge qui sont licenciés d'avoir droit aux allocations de chômage, à hauteur de 60% de leur dernière rémunération brute, ainsi qu'à une indemnité complémentaire de la part de leur dernier employeur. Auparavant, on parlait de régime des prépensions.

Sous le gouvernement Michel, les conditions d'accès ont été durcies. En vertu du régime général, un travailleur peut actuellement en disposer à partir de 62 ans s'il peut prouver un passé professionnel de 40 ans pour un homme et de 37 ans pour une femme.

Il existe toutefois des régimes dérogatoires qui permettent dans certains cas d'y accéder plus tôt. Sauf pour raisons médicales, les RCC ne devraient toutefois plus être envisageables avant 60 ans dès le mois de juillet. Une situation contestée par les organisations syndicales, qui craignent une multiplication des restructurations.

Selon le dernier rapport annuel de l'Onem, 42.636 personnes ont bénéficié du RCC en 2020. En 2011, elles étaient encore près de 120.000 dans le cas.

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