chronique

Arc-en-ciel et nuages d'orage

Paul Magnette est nommé informateur au Fédéral.

Enfin! Vous le sentez, là, ce parfum de crise politique? Pour peu, ça ferait presque plaisir. Il faut dire: durant cinq longs mois (depuis les élections du 26 mai), il ne s’est presque rien passé dans la formation d’un nouveau gouvernement fédéral. Des contacts entre partis, l’une ou l’autre mission royale, certes. Mais pas de vraie négociation et aucune avancée sérieuse. Encéphalogramme plat. Le tout dans une indifférence quasi générale. Et puis cette semaine, un soubresaut: des tensions entre partis, un échec des préformateurs Demotte et Bourgeois, Paul Magnette propulsé informateur. Un peu de dramaturgie. Le patient bouge encore, c’est déjà ça.

La paralysie actuelle de l’État fédéral n’est pas une bonne gestion et ne peut satisfaire personne.

L’hypothèse d’une coalition sans la N-VA – un "arc-en-ciel" (libéraux, socialistes, écolos), sans doute élargi au CD&V – va être testée. Avec très peu de chances de succès. L’Open Vld et le CD&V, deux partis aux abois et sans leadership clair, n’en veulent pas. Un tel gouvernement n’aurait pas de majorité dans le groupe linguistique flamand à la Chambre. En soi, ce n’est pas un écueil incontournable. Après tout, le MR a bien gouverné comme seul parti francophone au fédéral pendant cinq ans alors qu’il ne représentait qu’un quart des voix. Mais pour les partis traditionnels flamands, ce serait affronter un tir de barrage permanent d’une puissante opposition nationaliste (N-VA et Vlaams Belang, les deux premiers partis de Flandre) et cela les mettrait dans une position pour le moins inconfortable avec leur partenaire N-VA au gouvernement flamand. Vogue la galère.

Mais les francophones ont-ils vraiment intérêt à une telle coalition sans la N-VA? Bien sûr, à première vue, l’idée peut paraître séduisante pour une large part de l’opinion francophone qui abhorre plus ou moins fortement le programme du parti de Bart De Wever. Un nouvel exécutif serait formé, avec une politique sans doute plus proche des aspirations francophones. Très bien. Mais, en politique, il faut penser au coup d’après. Un gouvernement "arc-en-ciel" risque de conduire les partis "classiques" flamands à l’échafaud électoral. Au scrutin suivant – théoriquement en 2024 – N-VA et Vlaams Belang pourraient constituer une majorité soudée à eux deux côté flamand. L’enfer. On ne peut évidemment pas présager d’un résultat électoral, encore moins à une échéance aussi lointaine. Un gouvernement convaincant peut être plébiscité ensuite dans les urnes. Mais le risque existe et il est grand. Un "arc-en-ciel", c’est jouer à la roulette russe, avec quelques balles dans le barillet.

Un gouvernement avec ou sans la N-VA? Un retour aux urnes? Quoi qu’il en soit, la vraie question demeure: qu’est-ce les francophones et les néerlandophones veulent encore faire ensemble? Pour quelle politique socio-économique? Avec quelle architecture institutionnelle? Il est temps de s’emparer de ce débat, avant d’y être contraint et forcé par les plus extrémistes. Les francophones ne devraient pas avoir peur de le mener. Quitte à parler d’une réforme de l’État si nécessaire.

Cela ne signifie ni adouber les velléités séparatistes flamandes, ni se laisser dicter son agenda. Cela peut être le moment d’amener ses propres revendications, de stabiliser l’État, d’améliorer son efficacité, de dialoguer avec les partis néerlandophones constructifs… Quelles qu’en soient les causes et les responsabilités, la paralysie actuelle de l’État fédéral n’est pas une bonne gestion et ne peut satisfaire personne.

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