nécrologie

Armand De Decker (1948-2019)

Pauline Deglume

Le ministre d’Etat Armand De Decker est décédé ce 12 juin 2019 à l’âge de 70 ans. L’ancien président du Sénat était souffrant depuis plusieurs mois. Empêtré dans le Kazakhgate, le libéral avait démissionné de son poste de bourgmestre en juin 2017 avant d’être inculpé pour trafic d’influences en mai 2018.

Toujours aussi élégant et souriant, il était néanmoins apparu très amaigri lors de l’installation du nouveau conseil communal d’Uccle, en décembre dernier. De quoi inquiéter les anciens colistiers du "bel Armand". Un surnom donné par ses pairs dont on ignore l’origine précise. Cela remonte peut-être à ses débuts comme avocat au barreau de Bruxelles lorsqu’il formait avec Jacqueline Rousseaux un couple très en vue, remportant tous les deux plusieurs prix de plaidoirie.

Né en 1948 d’une mère enseignante et d’un père artiste peintre, portraitiste reconnu qui fut le seul à faire poser le Roi Baudouin, Armand De Decker avait commencé sa carrière politique il y a plus de quarante ans comme secrétaire général adjoint du PRL alors présidé par Jean Gol dont il fut assez proche.

Royaliste mondain

©Saskia Vanderstichele

Ministre de la Coopération dans le gouvernement Verhofstadt II, de 2004 à 2007, Armand De Decker avait d’abord siégé quinze années à la Chambre à partir de 1981 et présidé le parlement bruxellois entre 1995 et 1999. Mais c’est au sénat que son nom restera associé tout le restant de sa carrière. Il avait dirigé une première fois la haute assemblée fédérale en 1999 jusqu’à son entrée au gouvernement. Il avait ensuite retrouvé la présidence du sénat en 2007 jusqu’à la chute du gouvernement Leterme II en 2010.

L’année 2010 est aussi marquée par l’épisode Renaissance qui a déchiré la famille libéral entre les clans Michel et Reynders. Armand De Decker était resté loyal envers Didier Reynders qui avait malgré tout été forcé et contraint de céder la présidence à Charles Michel. Plus monarchiste que la famille royale, il avait ardemment pris la défense du prince Laurent lors de la polémique déclenchée par son escapade congolaise en 2011. Même s’il avait lui-même déconseillé au cadet d’Albert II d’effectuer ce voyage délicat, il soutenait ensuite que ce dernier l’avait entrepris avec un objectif noble.

©BELGA

Plus tard, il s’était aussi fait l’avocat du souverain retraité estimant certaines obligations découlant de la réforme des dotations royales vexatoires pour Albert II. Toujours affable et d’agréable compagnie, Armand De Decker s’est bâti au fil de sa carrière une réputation de gentleman fasciné par les honneurs. Avant de tomber en disgrâce, il était de tous les cocktails mondains. Mais ce politique tout terrain était aussi très à l’aise dans les milieux plus simples. Lors des funérailles de Jean Gol, il était le seul membre du cortège à serrer des mains dans la foule, se remémore un libéral lorsqu’il s’agit d’illustrer le goût de l’ancien président du sénat pour les rôles de représentation. 

La classe politique a immédiatement réagi à l'annonce du décès d'Armand De Decker. 

Pour le Premier ministre, Charles Michel (MR), Armand De Decker, a "toujours défendu avec conviction et élégance, les valeurs libérales". 

La députée bruxelloise MR et ancienne bourgmestre de Molenbeek, Françoise Schepmans a quant à elle fait part de sa tristesse à l'annonce du décès du ministre d'Etat libéral. "J'apprends avec tristesse le décès d'Armand De Decker. Président du Sénat, bourgmestre et surtout un Bruxellois qui aimait et défendait sa Région", a communiqué l'ex-bourgmestre de la commune bruxelloise. L'élu ixellois Gautier Calomne a aussi rendu hommage sur le réseau Twitter à "une figure marquante de la vie politique belge et du libéralisme bruxellois".  

Selon Emmanuel De Bock (DéFI), l'ancien maïeur d'Uccle était "un excellent bourgmestre, qui savait écouter et mettait un point d'honneur à faire en sorte que chacun, membre de la majorité ou de l'opposition, puisse exprimer au conseil communal son point de vue dans le respect mutuel". Le chef de groupe DéFI au Conseil communal d'Uccle a encore rendu hommage à "un grand serviteur de l'Etat et une personnalité importante de la vie politique belge". 

"C'est un amoureux de Bruxelles et un défenseur sans relâche de la Belgique qui vient de disparaître", a réagi le bourgmestre de la ville de Bruxelles, Philippe Close (PS). "Apprenant le décès d'Armand De Decker, je veux d'abord transmettre toutes mes condoléances et pensées chaleureuses à son épouse Jacqueline Rousseau. Je pense à elle dans cette épreuve", a ajouté le premier Bruxellois. Le parlementaire wallon Jean-Charles Luperto (PS) a aussi fait part de sa "sincère estime pour Armand de Decker", présentant ses condoléances à ses proches. "Mes condoléances aussi à la famille libérale dont il était issu", a ajouté l'élu socialiste.  

 

Ostracisé à la fin de sa carrière

Attiré par les ors du royaume, l’ancien président du sénat disposait d’un excellent carnet d’adresses. Ironie du sort, c’est probablement son entregent qui est à l’origine de sa chute. Selon ceux qui l’ont côtoyé, c’est en effet davantage son attrait pour les grands de ce monde que la cupidité qui serait à l’origine de son implication supposée dans le Kazakhgate. “Il aimait l’idée de rendre service à ses amis français, et surtout à un président”, nous glisse-t-on au MR.

Avant son inculpation, il avait décidé d’abandonner son écharpe mayorale, expliquant vouloir préserver la sérénité dans la gestion de la commune. Il s’était investi au niveau local sur le tard, devenant bourgmestre d’Uccle en 2006. N’ayant pas laissé le souvenir d’un bourreau de travail, Armand De Decker accordait une grande latitude à ses échevins, tout en se révélant être un excellent médiateur lorsque cela s’avérait nécessaire.

Leader incontesté à Uccle même après l’arrivée de son ami Didier Reynders en 2012, l’ostracisme auquel il a été confronté avec le Kazakghate avant même d’avoir été jugé fut d’une " violence inouïe " pour un homme autrefois si populaire. “Comme Icare, il a voulu volé trop près du soleil”, conclut attristé un membre du Mouvement Réformateur.

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