analyse

Au bout d'un week-end de zizanie, les pouvoirs spéciaux pour le Fédéral

Dimanche soir à la Chambre, les chargés de mission royaux Sabine Laruelle et Patrick Dewael ont confirmé le soutien de dix partis au gouvernement Wilmès. ©BELGA

Mais quel weekend! Très chahutées, d'intenses négociations politiques ont accouché dimanche soir d'un accord pour doter le gouvernement fédéral actuel des pouvoirs spéciaux pendant 6 mois. La lutte contre le coronavirus a fini par supplanter le reste. Temporairement.

Contraste. Au moment où les Belges prenaient leurs distances les uns par rapport aux autres, sur injonction des autorités et dans le but d’enrayer la propagation du coronavirus, les ténors politiques du pays, eux, ont repris langue ce samedi. Cas de force majeure, la crise déclenchée par le Covid-19 devait faire bouger les lignes. Les dégâts humains, psychologiques, économiques et financiers pour le pays sont incalculables à ce stade mais un sens de l’urgence s’est imposé en fin de semaine dernière.

La N-VA de Bart De Wever soutiendra le gouvernement Wilmès depuis les bancs de l'opposition. ©BELGA

C’est Bart De Wever, le président de la N-VA, qui a tiré le premier samedi, en préconisant un gouvernement d'urgence d'une année. "Des mesures de soutien de plusieurs milliards sont nécessaires pour l'économie et les indépendants. Les directions des partis doivent désormais se concentrer là-dessus. Nous allons sans doute vers une récession. Nous devons nous donner la main. Nous n'avons pas le luxe d'attendre", insistait-il.

Dans la foulée, six présidents de parti (PS et sp.a, MR et Open Vld, N-VA, CD&V) se retrouvaient autour de la même table samedi, jusqu'à 2h du mat’, pour tenter de s'accorder sur la formation d'un gouvernement fédéral d’urgence.   

Un accord de principe se dessinait pour un gouvernement d’urgence composé de dix ministres et piloté par Sophie Wilmès. Et puis le vent a tourné. Dimanche matin, alors que les partis flamands se voyaient pour discuter de ce scénario, le PS a privilégié une autre option après un bureau de parti organisé à distance. Sans doute des critiques à l’idée d’un gouvernement avec la N-VA s’y sont-elles fait entendre. Toujours est-il que le PS, à la sortie de son pow-wow, a rejeté l'idée de la N-VA, Paul Magnette annonçant un soutien extérieur du PS au gouvernement en place (MR, Open Vld, CD&V) piloté par Sophie Wilmès.

Une "majorité parlementaire de fait", comme dit Paul Magnette, se dessinait autour du gouvernement minoritaire en place. Selon le socialiste, c'était la meilleure option: changer les ministres en place n’avait pas de sens alors qu’ils sont 24 heures sur 24 aux prises avec la gestion de la crise.

Union francophone...

Voilà qui nous ramenait à la perspective d’une Vivaldi, dotée de 78 sièges à la Chambre (sur 150). Et encore, c'est sans compter le sp.a (9 sièges) qui disait ce dimanche vouloir être "constructif", ni le cdH (5 sièges) et DéFI (2 sièges) qui ont également dit leur soutien. Côté francophone se dessinait ainsi un grand rassemblement au nom de l’urgence. 

Quand la N-VA parle d'"ukases francophones", le PS dénonce une attitude "totalement irresponsable" de la part de la N-VA. Ambiance.

Côté flamand, c'était moins clair. La N-VA, premier parti à la Chambre (24 sièges), affirmait dimanche midi qu'il ne voulait pas de cette option. "Nous avons besoin d'un gouvernement de pleine compétence, limité en nombre, dans le cadre d'une mission et d'une composition limitées... Nous sommes le plus grand parti du pays. De quel droit les francophones nous mettent-ils de ukases", balançait le ministre-président flamand Jan Jambon, reprochant aux francophones de se livrer à "de petits jeux".

"Attitude totalement irresponsable", répondait Paul Magnette. Selon lui, le pays traverse une crise sanitaire majeure imposant d'agir avec "toutes les mesures et tous les moyens nécessaires, quel qu'en soit le prix. La santé est la seul préoccupation qui compte." Ambiance.

Dans l’avalanche de déclarations politiques ce dimanche midi, on pointait aussi celle de Georges-Louis Bouchez affirmant que la N-VA voulait aborder dans la négociation une série de chapitres tels que la migration et les enjeux institutionnels. "Si on parle, par exemple, de migration et d'institutionnel, avec le PS et la N-VA vous n'aurez pas de gouvernement avant Pâques", lâchait le libéral. Tout en insistant sur le fait que Sophie Wilmès était à la barre et devait y rester. On ne change pas le capitaine en pleine tempête.

...puis pouvoirs spéciaux 

Tout ceci n'a pas empêché les présidents de parti, une fois sortis des plateaux télé, de se retrouver dimanche après-midi pour poursuivre la négociation, autour des deux chargés de mission royale, Patrick Dewael et Sabine Laruelle. Il semble qu'au fil de l'après-midi, la livraison manquée de masques de protection destinés au personnel de santé a contribué à faire monter la pression. Peu avant 23h, un accord tombait pour doter le gouvernement de Sophie Wilmès des pouvoirs spéciaux, et ce, pour six mois. 

Dix partis voteront ces pouvoirs spéciaux qui permettent à l'exécutif de légiférer par arrêtés royaux sans suivre la procédure parlementaire classique, et donc d'agir plus rapidement. À savoir: les trois partis du gouvernement (MR, Open Vld, CD&V), mais aussi la N-VA, le PS, Ecolo et Groen, le sp.a, le cdH et enfin DéFi.

Six mois en mode groupé, pour mater le coronavirus.

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