analyse

Augmenter le salaire minimum, joker pour relancer la concertation sociale?

Le ministre Dermagne abat des cartes pour ressusciter la concertation sociale. ©Sierakowski©Isopix

Une marge salariale impérative, mais compensée par une revalorisation substantielle du salaire minimum, voilà l'une des pistes pour relancer la concertation sociale.

Pour négocier, il faut se parler. Or, ces dernières semaines, patrons et syndicats ne communiquaient plus, ou très peu. Il faut bien l'admettre, l'approche d'une grève n'était pas propice au dialogue. Cette séquence terminée, le ministre du Travail Pierre-Yves Dermagne (PS) a une nouvelle fois enfilé son costume de démineur avec l'espoir de relancer les négociations salariales entre partenaires sociaux.

Marge impérative contre hausse du salaire minimum?

Officiellement, aucun commentaire ne filtrait mercredi soir après la réunion du ministre avec les membres du Groupe des Dix. À bonnes sources, on a toutefois appris que le vice-Premier socialiste avait présenté aux deux bancs une note destinée à servir d'éventuel point de départ à une reprise des pourparlers.

0,4%
Le plafond d'augmentation des salaires pour 2021-2022 a été fixé à 0,4% par le Conseil central de l'économie. Il devrait rester impératif.

Que dit ce document? Deux choses principalement. La première, c'est que la marge salariale de 0,4% restera impérative. Aucun doute, cet élément rassurera le patronat, mais risque de cabrer les syndicats qui réclamaient à cor et à cri une marge indicative depuis des semaines.

Pour amadouer les représentants des travailleurs, Dermagne miserait plutôt sur un deuxième élément, à savoir la proposition d'une revalorisation considérable du salaire minimum. Considérable? Cela pourrait potentiellement dépasser les 10%, mais tout reste à négocier, nous glisse-t-on.

En résumé, on ne touche pas à la loi de 1996 sur la compétitivité et on maintient une marge contraignante, tout en promettant une compensation aux syndicats avec une forte augmentation du salaire minimum. Sur la manière dont ce second objectif pourrait être rempli et le délai, nos interlocuteurs restent muets. "On entre dans une phase avec beaucoup de nervosité, chaque mot doit désormais être pesé pour éviter un échec des discussions", explique l'un d'eux.

"On entre dans une phase avec beaucoup de nervosité, chaque mot doit désormais être pesé pour éviter un échec des discussions."
Un participant à la réunion

Souplesse avec les 0,4%

A côté des deux points mentionnés ci-dessus, la note confirme qu'il sera possible de faire preuve de souplesse avec la marge de 0,4% dans les entreprises qui se portent bien. Une série de mesures "one shot" pour récompenser les travailleurs se trouve sur la table: primes non récurrentes, chèques consommation, ...

"On ne veut pas que ce qu'on nous tend d'une main nous soit ensuite repris de l'autre."
Un membre du banc syndical

Aux yeux des syndicats, ces options présentent plusieurs inconvénients. Ceux-ci craignent notamment que des avantages qui seraient octroyés en sus des 0,4% cette année entrent en compte dans le calcul de la marge suivante (2023-2024). "On ne veut pas que ce qu'on nous tend d'une main nous soit ensuite repris de l'autre", insistait récemment un membre du banc syndical. Le hic, c’est que la loi de 1996, sous sa forme actuelle, ne permet pas d’exclure de tels avantages du calcul de la marge. Et le gouvernement semble clair: il ne touchera pas à ce texte. Bref, il reste énormément de travail aux interlocuteurs sociaux.

Interrogé sur ces différents éléments, le cabinet Dermagne s'est refusé à tout commentaire.

Pas de claquage de porte

Selon nos sources, aucun participant n'a en tout cas balayé d'un revers de main les propositions avancées. Une bonne nouvelle certes, mais pas question de crier victoire trop rapidement. La question étant particulièrement sensible, il est probable que les organisations syndicales soient amenées à consulter leurs instances dans les prochains jours.

En cas de feu vert des deux camps, les négociations pourraient se poursuivre. Sous quelle forme? Là aussi, le mystère reste entier. Avant de passer à des réunions communes du Groupe des Dix, des rencontres séparées des employeurs et des syndicats avec le ministre devraient avoir lieu.

Le résumé

  • Le ministre du Travail a réuni patrons et syndicats pour raviver la concertation sociale
  • Pour convaincre les deux bancs, Dermagne proposerait une marge salariale impérative, mais compensée par une hausse substantielle du salaire minimum.
  • Cette année, des mesures "one shot" pourraient aussi être prises et dépasser la marge de 0,4% dans les entreprises qui se portent bien.
  • Aucun des participants à la réunion n'a claqué la porte.

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