Bagarre sur l'héritage de Michel Daerden

Michel Daerden en janvier 2010 à la Chambre, à Bruxelles (photo: Filip Claus / Belga Photo) ©BELGA

Une action a été introduite en justice pour mettre la cadette des trois enfants sous tutelle. L’aîné, Frédéric, évoque une remise de dette qui ne convainc pas. L’héritage porte sur environ 5 millions d’euros.

Plus d’un an et demi après le décès, le 5 août 2012, de Michel Daerden (PS) à la suite d’une attaque cardiaque, les héritiers de l’ancien ministre n’ont pas encore trouvé d’accord pour le partage de l’héritage. Ceux-ci sont les trois enfants dont l’aîné est le député européen sortant, Frédéric Daerden (PS), candidat aux élections du 25 mai (il poussera la liste liégeoise du PS à la Chambre). A défaut d’un testament écrit de leur père, ils devaient s’entendre pour assurer une répartition équitable. Mais voilà, c’est la guerre... "Michel Daerden n’aurait jamais imaginé pareille situation après son décès. Il doit se retourner dans sa tombe", nous a confié une source proche du dossier.

Requête de mise sous tutelle

Face au blocage, la cadette des trois enfants, Aurore Daerden (39 ans), a introduit une action devant le tribunal de première instance de Liège contre son frère aîné, Frédéric Daerden, et sa demi-sœur, Elena (22 ans). Elle veut obtenir une liquidation judiciaire de la succession avec désignation d’un notaire. La justice lui a donné raison le 16 décembre dernier en confiant la tâche à Me José Meunier, notaire à Olne. Les parties ont rendez-vous lundi 17 mars prochain devant ce dernier pour faire valoir leur position en vue de la liquidation de l’héritage.

L’atmosphère au sein de la famille s’est littéralement dégradée et la communication se fait désormais par avocats et notaires interposés. Selon nos informations, Sandra Chandelle, mère d’Elena, la benjamine de la fratrie de Michel Daerden, a introduit une action devant le juge de paix à Liège. Sa requête vise à obtenir la désignation d’un administrateur pour la gestion des biens d’Aurore. Dans un argumentaire bien détaillé, elle estime que cette dernière ne dispose plus de toutes les facultés physiques et intellectuelles nécessaires pour se prendre en main au regard de sa prodigalité avérée ainsi que sa dépendance à l’alcool et à la drogue. Aux dernières nouvelles, le juge a rejeté sa demande en arguant qu’elle ne contient pas un certificat médical attestant son constat. Mais elle ne compte pas baisser les bras. Car dit-elle, "il y a non-assistance à personne en danger. Michel Daerden n’aurait pas voulu qu’on laisse sa fille s’enfoncer seule dans la déchéance et qu’on l’expose à un avenir qu’elle sera incapable d’assumer".

Caution de 62.500 euros

Il faut dire que les deux sociétés de prêt-à-porter (Miss Aurore, All I Need) qu’Aurore Daerden a lancées avec l’aide de son père, respectivement en 2008 et 2012, sont tombées en faillite en janvier 2014. Cette déconvenue a un impact négatif sur la succession, car la banque Belfius, réclame à Immoda (Immobilière Daerden) un montant de 62.500 euros (à majorer d’intérêts) pour s’être portée caution pour la SPRL Miss Aurore pour un prêt de 125.000 euros. Contactée par nos soins, Aurore Daerden n’a pas donné suite à notre appel.

En ce qui concerne la succession proprement dite, elle est pratiquement dans une impasse. La déclaration de succession que nous avons pu consulter révèle, à ce stade, un actif net près de 5 millions d’euros. Il est constitué notamment de biens immobiliers en nue-propriété et d’actifs mobiliers.

Actif de plus de 5 millions

Ces derniers regroupent notamment des actions de diverses sociétés (Dexia, Elia, etc.), de l’argent liquide (plus de 1,5 million d’euros) et une créance en compte au sein de la société Immoda pour un montant de 2,892 millions d’euros.

Immoda n’est que l’immobilière Daerden, créée en 1992 par feu Michel Daerden pour y loger divers biens immobiliers de la famille (résidence de Loncin, bâtiment du cabinet de réviseur à Loncin; le nouveau loft de l’ancien ministre à Saint-Nicolas; les deux appartements de Frédéric Daerden à Herstal; la maison de Jean-Louis Daerden, frère de Michel, à Ans). La villa de Saint-Raphaël, acquise par celui qu’on avait surnommé "Papa" du temps de sa flamboyance, y était également versée. Mais la villa est aujourd’hui vendue.

L’actif net de la succession devrait, d’après les analyses d’Elena Daerden, être plus élevé que les 5 millions d’euros. En effet, elle demande qu’il y soit tenu compte de plusieurs éléments qui n’y figurent pas pour l’instant. Elle voudrait notamment que son frère aîné, Frédéric Daerden rapporte dans la succession des libéralités dont il a bénéficié.

Remise de dette sans preuve à Frédéric Daerden

Le député-bourgmestre de Herstal, assure à ses sœurs, sans preuve écrite formelle, que leur défunt père lui a fait cadeau d’une réduction de créances sur le prix auquel il lui a cédé son cabinet révisoral. Une déclaration d’accord de janvier 2010 entre Michel Daerden et Frédéric fait état d’un prix de cession de 5,4 millions d’euros, avec paiement par annuités. Après le décès du paternel, le député européen sortant a indiqué à ses sœurs que leur père lui avait fait cadeau des annuités des années 2012 et 2013, soit 435.000 euros par an, soit un total de 870.000 euros! Par ailleurs, Immoda lui aurait consenti deux prêts pour un total de 200.000 euros.

D’après des juristes, ces libéralités doivent être versées dans la succession. Par ailleurs, Frédéric Daerden aurait déjà bénéficié d’une remise de dette du vivant de son père, car le prix de cession du cabinet révisoral serait en fait de 7,4 millions avant que l’accord de 2010 ne le fixe à 5,4 millions. "J’ai payé tout ce que je devais. Une succession est un mélange d’émotionnel, de passif relationnel et d’intérêts financiers et ça peut donner lieu des complications; C’est malheureusement ce que nous vivons. Pour l’instant, il n’y a pas d’accord entre nous, on verra ce que le notaire désigné dira", nous a répondu Frédéric Daerden.

La situation est telle qu’aujourd’hui Immoda réclame un loyer mensuel de 1.000 euros à l’étudiante Elena pour l’occupation de la résidence de Loncin où elle vit avec sa mère. Elena voudrait aussi que sa demi-sœur Aurore reconnaisse les libéralités dont elle a bénéficié (environ 178.000 euros au profit de la SPRL Miss Aurore). D’autres actions judiciaires pourraient être initiées si aucun accord n’est trouvé le 17 mars.

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