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interview

Belourthe, Entreprise de l'année 2014

©Thierry du Bois

Belourthe, la société spécialisée en produits céréaliers dirigée par Vincent Crahay, 53 ans, remporte le prix de l’Entreprise de l’année 2014.

C’est une belle histoire entrepreneuriale que le jury de l’Entreprise de l’année, événement organisé par EY avec le soutien de L’Echo et de BNP Paribas Fortis, vient de récompenser. Lorsque, fin 2005, il opère un management buy out sur l’usine Nestlé de Hamoir, active dans la production de céréales infantiles, dans laquelle son propriétaire ne croyait plus guère, Vincent Crahay relevait un improbable défi.

Pourtant, huit ans après, l’entreprise est devenue une PME florissante, affichant une croissance à deux chiffres, présente dans une cinquantaine de pays et tout à fait autonome. Seul à la barre, son patron n’entend pas en rester là.

Que représente pour vous ce prix?

C’est évidemment une belle récompense qui met notre entreprise sur le devant de la scène. C’est peut-être bateau, mais c’est avant tout une magnifique récompense pour les collaborateurs. Ils s’étaient fortement mobilisés lors de la nomination au prix, ils en parlaient dans leur entourage. Cela me fait plaisir pour eux, qui se sont embarqués avec moi dans cette aventure et qui ont pris des risques plutôt que de toucher le chèque de Nestlé lorsque j’ai repris la société.

Vous parlez d’une aventure, le mot n’est pas vain. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans l’arène fin 2005?

Le goût d’entreprendre. Plus jeune déjà, j’en avais l’envie, mais l’occasion ne s’était jamais présentée. Ici, c’était une opportunité unique que je ne pouvais pas laisser passer. Même si j’ai pris de gros risques, l’occasion a fait le larron. Et puis, sauver et créer des emplois, développer de nouveaux produits, c’est une grande fierté.

Ce prix peut-il booster votre entreprise?

En tout cas, l’usine ne tourne aujourd’hui qu’à la moitié de ses capacités. Mon objectif est de doubler la production dans les cinq ans. L’emploi ne devrait pas croître dans les mêmes proportions, car nous sommes fort automatisés. Mais nous devrions tout de même passer de 80 personnes aujourd’hui à 120. Lorsque j’ai repris l’entreprise, j’ai démarré avec moins de trente personnes.

Quelles sont vos opportunités de croissance?

Dans les trois ans, je vois des opportunités dans des domaines comme la nutrition sportive et les produits de régime. Après les aliments pour bébés, pour diabétiques et pour seniors, ce sont les seuls créneaux où nous ne sommes pas encore présents. Notre département R&D travaille déjà dessus. Je veux aussi intensifier nos relations avec nos clients partenaires. Ainsi, nous venons de compléter notre gamme de produits pour bébés vendus sous notre marque Ninolac avec des petits pots, un produit fabriqué par notre partenaire slovaque. Cela nous permet d’offrir des gammes complètes comme les multinationales.

Et géographiquement?

Essentiellement dans des pays qui veulent se détacher de la puissance russe et se rapprocher de l’Europe comme l’Ukraine et le Kazakhstan, mais aussi l’Iran, la Turquie et bien sûr la Chine.

Vincent Crahay a injecté toutes ses économies dans l'usine Nestlé de Hamoir. Il tire aujourd'hui les bénéfices de son audace. ©Thierry du Bois

Précisément, vous faites plus de 95% de votre chiffre d’affaires à l’étranger? Comment êtes-vous parvenu à pénétrer autant de marchés en si peu de temps?

Je passe plus de la moitié de mon temps à l’étranger. Je suis présent dans 5 à 6 foires agroalimentaires par an. J’ai aussi accompagné des missions économiques princières, au Chili, en Turquie, au Vietnam, ce qui m’a permis de conclure des contrats et je fais beaucoup de prospection avec les agents de l’Awex.

Comment faites-vous pour résister aux géants de l’agroalimentaire comme Nestlé ou Danone, qui sont présents sur les mêmes créneaux que vous?

Nous nous concentrons sur des produits à haute valeur ajoutée. Nous sommes aussi très flexibles, ce qui nous permet de développer rapidement de nouveaux produits. Nous avons une gamme de produits diversifiée et nous allons dans des pays où les autres ne vont pas, comme l’Irak, la Lybie, l’Afghanistan ou la Birmanie.

Didier Gosuin (MR), ministre bruxellois de l’Emploi et de l’Economie, a remis le prix de l’Entreprise prometteuse de l’année à la société Cefaly et son CEOPierre Rigaux. ©Thierry du Bois
Le Premier ministre Charles Michel a fait le déplacement au palais du Heysel pour remettre le prix 2014 de l’Entreprise de l’année. Il était entouré de Rudi Braes (EY), Philippe Pire (EY) et Jean Stephenne (ex-CEO de GSK, président du jury). ©Thierry du Bois
Le président du jury, Jean Stephenne (à gauche), ex patron de GSK, a avoué que les quatre candidats de cette édition sont longtemps restés dans un mouchoir de poche. Mais que finalement, c’est le "coup de coeur" qui a fait que Belourthe l’a emporté. ©Thierry du Bois
Le Premier ministre Charles Michel (MR) a, quant à lui, remis le prix de l’Entreprise de l’année 2014 à Vincent Crahay, CEO de Belourthe.Celui-ci s’est déclaré très ému et a chaleureusement remercié l’ensemble de ses collaborateurs pour l’aventure vécue. ©Thierry du Bois
Un discours qui a réconforté les candidats présents à l’approche du verdict: (de bas en haut) Vincent Crahay (Belourthe), Philippe Colon (Colona), Philippe et Fréderic Taminiaux (Eurocenter/Eggo), Bruno Venanzi et Bruno Vanderschueren (Lampiris). ©Thierry du Bois

Ressentez-vous la crise?

Pas tellement, la croissance est là. On devrait encore progresser de 10 à 15% cette année. Par contre, il y a des facteurs non contrôlables que nous ne maîtrisons pas, comme l’évolution des devises, la volatilité des matières premières et le coût de l’énergie.

Pourquoi un industriel comme Belourthe entretient-il une marque comme Ninolac alors que cela coûte cher?

Ninolac n’est pas vendue en Belgique où la concurrence est trop forte et les frais de marketing beaucoup trop élevés, mais dans une trentaine d’autres pays, dont des pays à bas coûts où produire une campagne ne coûte pas cher. Au Congo, j’ai un spot télé pour 1.000 euros. Et puis une marque, c’est un capital, une sécurité. Enfin, le label belge est aussi un critère de qualité à l’étranger.

Vous êtes le seul actionnaire et n’avez pas de vrai conseil d’administration. N’êtes-vous pas un peu trop isolé à la tête de votre entreprise?

"Si un investisseur veut entrer dans Belourthe, il doit m’apporter une valeur ajoutée, une technologie, des produits, l’accès à des marchés étrangers"
Vincent Crahay

C’était vrai avant, lorsque je faisais tout, mais plus maintenant. Au fil du temps, je me suis entouré de directeurs: industriel, administratif, financier et R&D. Je garde le commercial parce que j’aime ça. Quand je suis absent, l’usine peut parfaitement tourner sans moi. Quant au conseil d’administration, il est en quelque sorte informel: j’ai quelques experts extérieurs en marketing, en achats, en finance, etc. Ce sont des gens qui ont été proches de moi durant ma carrière professionnelle et qui me conseillent. A terme, c’est vrai, je compte bien formaliser cela.

Pour financer votre croissance, n’avez-vous pas besoin de partenaires extérieurs? Avez-vous déjà eu des marques d’intérêt d’investisseurs?

Ce n’est pas exclu et certains se sont proposés pour entrer dans le capital. Mais nous n’avons pas besoin de partenaires financiers car nous nous développons sur fonds propres et je veux garder le caractère industriel de la société. Si je dois accueillir un investisseur dans mon capital, il doit m’apporter une valeur ajoutée, une technologie, des produits, l’accès à des marchés étrangers.

Et a contrario, avez-vous des cibles d’acquisition?

Oui j’étudie la reprise d’une société à l’étranger qui fabrique des produits complémentaires aux nôtres, mais c’est trop tôt pour en dire plus.

Vous avez trois enfants. L’un d’entre eux pourrait vous succéder?

Rien n’est écrit même si j’aimerais que Belourthe reste dans la famille. Actuellement mes enfants font leurs premières expériences professionnelles ailleurs. Mes deux fils s’intéressent à Belourthe et me suivent parfois dans des missions, mais ils sont encore jeunes. Ce sera à eux de décider.

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