interview

Ben Weyts (N-VA): "Nous avançons à visage découvert"

©ID/wouter Van Vooren

Dans une interview qu'il a accordée à L'Echo, Ben Weyts (N-VA) se dit ravi que Didier Reynders veuille travailler avec son parti à Bruxelles. Pour le ministre flamand de la Mobilité et de la Périphérie bruxelloise, "il faut en finir avec ce laxisme, cette politique électoraliste prônée depuis des années par le Parti socialiste."

On a senti rapidement qu’on avait là entre les mains quelque chose d’explosif qui pouvait faire un peu de ramdam dans le Landerneau francophono-bruxellois. On lui a demandé (en néerlandais) tout en admirant les lieux: "Tiens, il y a combien de personnes qui bossent, ici, dans votre équipe?" Et il a répondu: "24 personnes, c’est sûr qu’à l’échelle francophone, c’est un tout petit cabinet ministériel."

Et il a ri. Et on a commencé l’interview de Ben Weyts, poids lourd de la N-VA, ministre flamand entre autres en charge de la Mobilité et de la Périphérie bruxelloise. Accrochez vos ceintures.

Stade national

Il y a d’abord, dames en heren, cette histoire de stade national sur le parking C du Heysel. Il dit: "Il est normal que dans un pays, il y ait des règles. C’est vraiment l’exemple type de la politique telle qu’on ne veut plus qu’elle soit menée. C’est des petits arrangements entre des politiciens bruxellois, ils trouvent des accords, se tapent dans la main pour faire un deal, et voilà. Le reste, ils s’en fichent. D’abord, il y avait l’URBSFA qui disait non et après, le RSCA qui a dit non au stade."

"Si les gens veulent absolument un stade national, alors il y a une solution qui est toute trouvée: on rénove le stade Roi Baudouin! Tout est là, mais évidemment, ça contrecarre les petits projets de certains avec Neo."
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On lui demande à lui, grand amateur de football et supporter acharné du Sporting club d’Anderlecht, si la Belgique doit disposer d’un stade national. La réponse fuse: "Il y en a déjà un, le Roi Baudouin. On est partisan d’une équipe nationale de football itinérante qui circule dans les différents stades du pays à chacun de ses matches. Presque partout, cela fonctionne comme cela: en Allemagne, en Italie, et je ne pense pas que ce sont des mauvaises équipes. Maintenant, si les gens veulent absolument un stade national, alors il y a une solution qui est toute trouvée: on rénove le stade Roi Baudouin! Rénover le stade Roi Baudouin, c'est compatible avec le projet Neo et ça permet en outre de conserver le Mémorial Van Damme, c’est l’idéal."

Cours d’arabe

Ben Weyts est en orbite bruxelloise – on le soupçonne d’ailleurs de vouloir déménager de Beersel à Bruxelles pour jouer les fers de lance de la N-VA en Région bruxelloise. "Ce n’est pas mon intention, mais nous avons une vue très transparente sur ce que nous voulons faire de Bruxelles. Nous disons simplement: cela suffit. Cette ville mérite mieux que des politiciens nonchalants, une politique sans aucune ambition, portée par la seule idée de faire de l’électoralisme dans les communautés d’origine étrangère, ce que fait le Parti socialiste depuis des années et voyez le résultat, c’est pire que nul."

"Mais si les francophones veulent donner un meilleur avenir économique à leurs enfants, vous ne pensez pas qu’il faudrait peut-être d’abord leur donner un peu plus de cours de néerlandais?"
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Il trépigne: "Mais vous rendez-vous seulement compte de ce que pensent les Flamands quand le socialiste André Flahaut propose de donner des cours d’arabe dans l’enseignement francophone? Mais si les francophones veulent donner un meilleur avenir économique à leurs enfants, vous ne pensez pas qu’il faudrait peut-être d’abord leur donner un peu plus de cours de néerlandais? C’est simplement hallucinant! C’est cela le PS, de l’électoralisme mais au détriment des francophones! Mais comment peut-on laisser dire et faire cela?"

"Cette mauvaise gouvernance doit s’arrêter"

Il marque un temps d’arrêt. Et poursuit: "On a une ville qui est sale alors qu’il y a des bâtiments extraordinaires, de l’art, de la culture, des églises et une histoire formidable. Et tout ça est gâché. On a voulu faire un piétonnier et on a cochonné un centre-ville en déposant quelques blocs de béton et deux pots de fleurs et en disant: ‘regardez, on a fait du bon travail’. On a de l’insécurité parce qu’on n’ose plus punir les gens qui doivent être punis. On baigne dans le laxisme depuis des années et résultat, la classe moyenne quitte cette ville, on la chasse hors de Bruxelles."

"Ah, ah, il y a des Flamands dans ce gouvernement? Trop peu et trop peu de poids. Il faut quand même que cette mauvaise gouvernance s’arrête!"
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Allez, allez, rustig. Il y a quand même des Flamands dans le gouvernement bruxellois, ce n’est pas que la faute des vilains francophones… Il bondit: "Ah, ah, il y a des Flamands dans ce gouvernement? Trop peu et trop peu de poids. Il faut quand même que cette mauvaise gouvernance s’arrête! ça suffit, Bruxelles mérite bien mieux. On ne dit pas qu’on veut flamandiser Bruxelles, ce n’est pas ça, mais ne peut-on pas quand même essayer d’importer certaines recettes flamandes qui fonctionnent vers Bruxelles? Peut-on avoir davantage de vision, de sérieux, de gouvernance, un objectif? Je ne suis pas borné: je sais que nous, les Flamands, nous sommes parfois trop rigides et manquons de souplesse par exemple dans l’adaptation des règles, mais franchement, ce cirque, il faut que ça finisse. Cette ville a besoin de règles plus strictes et qu’on s’y tienne, que les normes soient respectées plutôt que de la nonchalance. Il faut être clair."

Un trampoline, pas un matelas

"Notre système de sécurité sociale ne doit pas être un matelas sur lequel on reste dormir mais doit être un trampoline qui aide les gens à rebondir."
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Alors que faire des jeunes lâchés par l’enseignement et qui constituent un gros contingent de demandeurs d’emploi? "Il faut réagir et nos recettes fonctionnent, on le voit en Flandre et on le voit au Fédéral: on encourage ceux qui prennent leurs responsabilités, on punit ceux qui les fuient. Allez, je vais le dire autrement: notre système de sécurité sociale ne doit pas être un matelas sur lequel on reste dormir mais doit être un trampoline qui aide les gens à rebondir. Un trampoline, ça doit être très doux au début pour amortir la chute et tout le monde doit pouvoir profiter des possibilités de rebonds et être catapulté vers le marché du travail. L’objectif d’un trampoline, c’est de vous faire tenir à nouveau sur vos deux jambes. De disposer d’un emploi plutôt que de rester dépendant de celui des autres. Nous, à la N-VA, nous sommes froids et très durs avec ceux qui veulent profiter du système mais nous sommes chaleureux et compréhensifs avec ceux qui connaissent un revers dans la vie et qui ont besoin d’être relancés. Au niveau fédéral, je suis par exemple très fier qu’on ait pu relever le niveau des pensions les plus faibles, ça c’était indispensable, qu’on ait aussi davantage mis en rapport le montant de la pension avec ce qu’on a travaillé et moins avec ce qu’on n’a pas travaillé."

Tiens, cette semaine le libéral Didier Reynders n’exclut plus de travailler avec la N-VA à l’avenir à Bruxelles. "Mais on est ravi de pouvoir injecter un peu plus de solutions flamandes à Bruxelles. Je pense aussi que de plus en plus de francophones ne croient plus aux discours imbéciles de certains politiciens francophones qui crient partout: ‘attention, la N-VA arrive, on va manger les enfants francophones, c’est dangereux’, ça, ça ne marche plus." Il a dit cette dernière tirade en français.

"On veut bien tout revoir"

On assène que la rationalisation, c’est bien, mais que cela passe par moins d’élus flamands à Bruxelles. "Aucun problème pour tout revoir. On veut bien tout revoir et réduire du moment que les proportions sont conservées. On veut réduire le nombre de parlementaires bruxellois, on le fera avec plaisir. Il y a 1.000 politiciens à Bruxelles si on compte, par exemple, les conseillers communaux, mais qu’on réduise tout cela d’un tiers, et qu’on en enlève 300. Je dis cela pour Bruxelles mais je dis la même chose pour le Parlement fédéral: qu’on réduise le nombre de parlementaires, et c’est le plus grand parti du pays qui vous dit cela! Qu’on supprime des politiciens, il y en a beaucoup trop partout. à Bruxelles, que voulez faire avec 19 communes? Allez, franchement, c’est pareil, une seule police centrale à Bruxelles, ce serait quand même beaucoup plus efficace. On ne dit certainement pas qu’on veut liquider les petits commissariats de quartier, ils restent en place mais la coordination policière doit être beaucoup plus centralisée. à New York, avec 10 millions d’habitants, la police fonctionne mieux qu’à Bruxelles où on a un million d’habitants."

"Ce qu’on aimerait bien réussir à faire à présent, c’est que les francophones qui habitent dans les communes flamandes s’impliquent dans la vie locale, les clubs, les associations et fassent vivre ces communes de la périphérie."
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Un mot, une phrase sur la périphérie bruxelloise dont il a la charge au sein du gouvernement flamand. "On a un problème et il concerne tant les francophones que les Flamands: la classe moyenne ne peut plus rester habiter sur place parce que les prix flambent." La fièvre communautaire est, elle, retombée d’un cran. "Ce qu’on aimerait bien réussir à faire à présent, c’est que les francophones qui habitent dans les communes flamandes s’impliquent dans la vie locale, les clubs, les associations et fassent vivre ces communes de la périphérie. Heureusement, beaucoup de francophones le font. Mais il y en a d’autres aussi. Ce qu’on constate, c’est que les francophones mettent leurs enfants dans l’enseignement flamand mais que c’est un pur choix économique, que c’est du flamand de 9 à 16h et qu’ensuite c’est terminé. Or on veut faire vivre la communauté et la société."

Aller plus loin encore

"Ce que je constate aussi, c’est la demande francophone pour notre politique. Regardez comme Theo et Jan sont populaires en Wallonie et à Bruxelles!"
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On revient sur le Fédéral, il termine son café. "On disait que c’était un gouvernement kamikaze, aujourd’hui, on constate que c’est le gouvernement qui a amené le retour de la responsabilité dans ce pays, que l’entrepreneuriat est boosté et que la sécurité sociale commence à être assainie. Mais nous sommes candidats à aller plus loin et ceci n’est qu’un premier pas." Après 2019? "Mais pourquoi ne pas continuer ensemble, on a quand même des super résultats mais on veut aller plus loin: par exemple, limiter les allocations de chômage dans le temps, c’est quelque chose que nous souhaitons encore pouvoir réaliser."

Mais alors, pas de communautaire, diront les francophones. "On ne cache pas ce que nous sommes, nous avons toujours avec nous des revendications communautaires quand nous négocions. On verra bien avec qui on va devoir négocier. Mais ce que je constate aussi, c’est la demande francophone pour notre politique. Regardez comme Theo et Jan sont populaires en Wallonie et à Bruxelles! Mais c’est parce que les gens en ont marre des discours traditionnels politiques qui ne disent pas la vérité. Nous avançons à visage découvert. What you see is what you get."

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