BHV est scindé, pas enterré…

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Le "splitsing" de l’arrondissement est certes historique. Mais il ne met un point final ni au dossier BHV ni aux revendications communautaires des Flamands.

Historique, le compromis sur BHV l’est assurément: il tranche une question qui empoisonne la vie politique belge depuis près de 50 ans. Il ouvre la voie à la formation d’un gouvernement Di Rupo, même si tout le monde convient qu’il reste de nombreux dossiers délicats à régler dans les négociations (loi de financement, assainissement budgétaire…).

Zappons l’euphorie du moment. La scission enterre-t-elle pour autant le problème BHV? Il est fort à parier que la réponse soit négative. Depuis des décennies, l’encre de chaque réforme de l’État était à peine sèche que de nouvelles revendications émanaient du camp nationaliste flamand.

La suppression du volet linguistique du recensement, le "Walen Buiten", les différentes étapes dans la fédéralisation du pays, le "Wooncode", les circulaires Peeters, la scission de BHV: de nombreuses aspirations flamandes, depuis la deuxième guerre mondiale au moins, ont un trait d’union: la volonté de sacraliser le territoire de la Flandre et sa langue. Cette obsession s’explique par le sentiment, et la réalité pendant une bonne part de l’Histoire de la Belgique, d’une discrimination et d’un mépris ressentis par les Flamands à l’égard du néerlandais. C’est un des principaux moteurs du nationalisme flamand.

Les ambitions confédéralistes de la Flandre ne seront pas rassasiées, même si la future réforme de l'Etat savère large et ambitieuse.

Rien n’indique que cette lame de fond va s’arrêter, quand bien même la future réforme de l’État aboutira à déplacer le "centre de gravité" de la Belgique vers les entités fédérées. La scission de BHV, telle que scellée mercredi dernier, porte en elle les germes de nouvelles revendications nationalistes flamandes: aux yeux des plus radicaux, la persistance des facilités linguistiques, électorales et judiciaires pour les francophones d’une partie du Brabant flamand reste intolérable. Ceux-là continueront à réclamer leur suppression. Surtout, la scission de BHV ne va rien changer à la francisation ou plutôt la "déflamandisation" de la périphérie. Celle-ci résulte du développement naturel d’une ville-Région capitale internationale. Une frontière politico-administrative ne peut que mal la contenir. Le conflit plus ou moins larvé entre Bruxelles et sa périphérie dépasse en outre le sort d’un arrondissement électoral. Il se nourrit aussi de batailles économiques (voyez la concurrence fiscale et commerciale entre Régions, la polémique sur les nuisances sonores de l’aéroport…).

La note octopus

Plus largement, les ambitions confédéralistes de la Flandre ne seront pas encore rassasiées, même si la future réforme de l’État s’avère large et ambitieuse. La "bible" à cet égard reste la note "Octopus" du gouvernement flamand. Or, elle comprend bien des points que ne prévoit pas la note Di Rupo, par exemple la scission de la SNCB, la communautarisation de l’assurance-maladie, la cogestion de Bruxelles…

Les forces centrifuges resteront donc très vraisemblablement à l’œuvre malgré la scission de BHV, malgré la réforme annoncée de l’État. Il n’est toutefois pas inscrit dans les astres qu’elles l’emporteront. Deux clés de la survie d’une Belgique fédérale: la première appartient aux partis traditionnels flamands. Ceux-ci ont longtemps, pour des gains électoraux à court-terme, couru après les plus radicaux en surenchérissant sur le communautaire. Songeons à un certain Yves Leterme qui a sauvé la N-VA du naufrage en créant il y a quelques années le cartel CD & V/N-VA, avec les suites que l’on connaît. Que ces partis traditionnels alimentent ou au contraire stoppent la fuite en avant institutionnelle en dira long sur leur souhait de prolonger l’aventure belge. La deuxième clé est dans les mains francophones. Dans la périphérie, ils doivent aussi faire l’effort de respecter le territoire où ils ont choisi d’habiter et sa langue: la Flandre et le néerlandais. Surtout, la résorption du retard économique de la Wallonie et de Bruxelles sur la Flandre est le meilleur instrument anti-séparatiste. Car le souhait de protéger et d’accroître la prospérité du Nord du pays est un autre grand moteur du nationalisme flamand.

Concernant Bruxelles et sa périphérie, la future "communauté métropolitaine" servira de mètre étalon à la volonté, ou non, du "vivre ensemble". Ses contours restent encore flous. En soi, cet organe de concertation, sans budget ni compétences propres, peut être un "grand machin", une coquille vide. Au contraire, il peut aussi permettre de "jeter des ponts" en nouant, entre la capitale et son hinterland, des collaborations "win win" sur la mobilité, l’emploi, la formation, le développement économique…

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