Journaliste

On vous pose la question: est-il normal que les contribuables belges prennent en charge le traitement d’avocats d’affaires qui sont là uniquement pour aider le CD&V à sauver la face dans le dossier Arco? La déontologie à géométrie variable, cela se passe (aussi) dans les couloirs de la négociation suédoise.

"There is no free lunch", ont l’habitude de dire les Anglo-saxons pour illustrer le fait que la gratuité n’existe pas en ce bas-monde et qu’en bout de course forcément il y a toujours quelqu’un qui doit régler l’addition. Prenons au hasard le CD&V, le dossier Arco et la coalition suédoise en phase finale de formation au niveau fédéral. Un beau cas d’école.

Ainsi, le ministre des Finances Koen Geens se promène-t-il dans les couloirs de la négociation flanqué de la star des avocats d’affaires, partenaire d’un grand cabinet d’origine américaine. Vidons tout de suite ce contentieux qui n’a pas lieu d’être: nous n’avons rien contre les avocats d’affaires la plupart sont de brillants techniciens politico-financiers, et il y en a (même) des rigolos (si, si…). Voilà qui est écrit.

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Mais revenons à notre négociation. Passons sur le fait que Koen Geens est lui-même un ancien avocat d’affaires, qu’il est copain comme cochon avec la star qui l’assiste dans le dossier Arco, pour nous poser une question à connotation plutôt déontologique: qui doit régler l’addition et les honoraires de cette machine de guerre juridico-financière?

Mais c’est l’État, bien sûr, nous dit Koen Geens en s’étouffant du fait qu’on ose même songer autre chose. L’administration des Finances, donc, obtempère et règle la douloureuse 500 euros de l’heure (HTVA). Circulez, y a rien à voir. Vraiment? Est-ce bien normal que l’État le contribuable paye pour que le CD&V puisse dédommager les coopérants d’Arco l’ex-bras financier du mouvement ouvrier chrétien flamand? Il faut ici être très clair et pédagogique: grosso modo, le CD&V a réuni un million de votes lors du scrutin de mai dernier et on estime qu’il y a environ 700.000 coopérateurs d’Arco qui ont perdu des plumes dans la débâcle de Dexia. C’est donc une question d’ordre stratégique mieux même il y va de la pure survie politique de ce parti: il faut ramener quelque chose de la négociation suédoise pour les coopérants d’Arco.

Pour l’écrire platement, les coopérants auront vite fait de se tourner vers un autre parti si le CD&V ne leur fait pas récupérer leur mise. Kris Peters répète d’ailleurs en boucle tous les deux jours: "il serait sage de régler le dossier Arco".

C’est donc un intérêt particratique suprême pour le CD&V que de montrer qu’il se démène dans cette affaire. Profitant du flou qui entoure les affaires courantes en Belgique, vous savez cette notion à géométrie qui permet même de partir en guerre en Libye ou en Irak, le CD&V fait donc opérer des avocats d’affaires qui n’ont pas de mandat clair celui-ci a été désigné pour un autre dossier aux frais du contribuable mais au profit essentiel de ses intérêts particratiques. La ficelle est un peu grosse. Et il faut être honnête: pour des confusions d’intérêt qui étaient moins épaisses, on a déjà soulevé des lièvres chez les camarades socialistes.

On connaît le CD&V, surtout leur aile gauche, les premiers à étriller les intérêts notionnels mais à les avoir utilisés massivement, critiquer l’utilisation des plates-formes offshores mais en même temps avoir eu recours à leur utilisation à la grande époque de Dexia, pour employer un euphémisme, cette aile gauche démocrate-chrétienne flamande a toujours eu le chic pour donner des leçons de bonne conduite, mais également pour slalomer entre les piliers de la déontologie. À son profit. Faites ce que je dis, pas ce que je fais.

Attention, on ne dit pas qu’il ne faut pas dédommager les coopérants d’autres l’ont dit (la Commission européenne, le Conseil d’État,…) — l’État a fait en sorte que les épargnants soient préservés, il y a sans doute quelque chose à faire pour les coopérants d’Arco. Mais un peu de transparence, SVP. En quoi le contribuable belge devrait-il casquer pour que le CD&V sauve la face et ses meubles?

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Et ceci entraîne une question subsidiaire qui ne l’est pourtant pas… Pourquoi donc l’État belge ne s’équipe-t-il pas d’une équipe de talentueux juristes et financiers au lieu de recourir sans cesse à de l’assistance et de la quasi mise sous tutelle? "Quand les Français débarquaient pour négocier sur les banques, ils arrivaient avec leur équipe superqualifiée en provenance de Bercy, le ministère des Finances français", se souvient un responsable bancaire. En Belgique, la SPFI qui est sensée être le bras armé de l’État fédéral en matière de gestion des participations est, disons, assez "light" et n’a pas les moyens de ses ambitions. Conclusion: on en revient à des contrats de consultance avec les gros cabinets d’affaires et à une dépendance dans des dossiers politico-juridico-financiers souvent stratégiques. Évidemment, former une élite et surtout la maintenir au service de l’État (fédéral), vous l’avez bien compris, cela va à contre-courant de la tendance actuelle le désossement morceau après morceau des compétences de l’État fédéral. Cette facture-là, on n’a pas fini d’en parler.

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