BIO: "Zean-Luc", bulldozer" de la politique

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Figure politique incontournable de la fin du XXe siècle, Jean-Luc Dehaene aura marqué de son empreinte le cours de la Belgique dont il fut Premier ministre près de huit années durant, avant de se reconvertir au niveau européen ainsi que dans les affaires.

Reconnu pour son intelligence et sa détermination à toutes épreuves, l'homme fut tour à tour qualifié de "démineur", de "bulldozer" ou de "plombier" de la politique belge. Cette réputation enviable sera cependant écornée par le naufrage de la banque Dexia, à la tête de laquelle il avait été nommé fin 2008 après le début de la crise financière.

Imposant physiquement, parfois bourru avec la presse, le "taureau de Vilvorde" avait pris l'habitude ces dernières années de se qualifier de "politicien de l'ancienne génération", à des années lumières de la pipolisation, de la communication politique lisse et des réseaux sociaux. Aux feux de la rampe, l'homme préférait les négociations discrètes, plus efficaces pour forger des compromis dont il avait le secret.

Né le 7 août 1940 à Montpellier (sud de la France), Jean-Luc Dehaene était diplômé en droit et en économie de l'Université de Namur et de la KUL.

Il débute sa carrière dans les organisations sociales-chrétiennes. A la "Vlaamse verbond der Katholieke Scouts" d'abord (1963-67), puis à l'ACW (le MOC flamand) en tant qu'attaché au service d'étude de 1965 à 1972. Cette même année, il accédera au bureau national du CVP après un passage dans le "wonder cabinet" des CVP-Jongeren (1967-71) dont il fut le vice-président, aux côtés d'un certain Wilfried Martens, décédé en 2013.



Membre de différents cabinets ministériels sociaux-chrétiens dans les années 70, il sort de l'ombre en 1981 en devenant pour la première fois ministre (Réformes institutionnelles et Affaires sociales) dans le gouvernement Martens VI.

Eminence grise du CVP, il est considéré comme le véritable architecte du dernier gouvernement Martens puisqu'il en avait été successivement l'informateur et le formateur -durant près de trois mois- avant de devenir vice-Premier ministre en charge des Communications et des Réformes institutionnelles.

Sa fonction de "démineur" s'accentue encore quand le roi fait appel à lui pour dénouer la crise politique née du scrutin législatif du 24 novembre 1991, lequel avait sanctionné les socialistes et les sociaux-chrétiens et vu la percée de l'extrême-droite au nord du pays.

Informateur, puis formateur, Jean-Luc Dehaene bâtit finalement une coalition "rouge-romaine" avec un programme axé sur trois priorités: l'assainissement des finances publiques, l'achèvement de la Réforme de l'Etat et la rencontre des préoccupations de l'électeur sous la forme d'un intitulé ambitieux, "le contrat avec le citoyen".

Assainissement budgétaire il y aura, avec près de 500 milliards de francs d'économies, un record pour l'époque en Belgique. Une Belgique qui, deuxième objectif atteint, devient par ailleurs fédérale au terme d'une réforme de l'Etat qui introduit l'élection directe des membres des différentes assemblées fédérales, régionales et communautaires.

En 1993, alors que la Belgique préside l'Union européenne, Jean-Luc Dehaene se fait remarquer par ses pairs européens et le président de la Commission européenne de l'époque Jacques Delors pour la qualité de son travail. Encouragé à présenter sa candidature pour succéder au Français à la tête de l'exécutif européen, il sera toutefois stoppé net par le Premier ministre britannique John Major qui met son veto à sa désignation lors du sommet de Corfou, en juin 1994.

Jugé trop

eurofédéraliste par les Britanniques, le Belge voit la haute fonction lui filer entre les doigts au profit du Luxembourgeois Jacques
Santer, démocrate-chrétien comme lui.

Resté Premier ministre, Jean-Luc Dehaene sera alors confronté à différents événements tumultueux de l'histoire de Belgique contemporaine: l'affaire Agusta-Dassault d'abord, l'affaire Dutroux ensuite, et enfin la crise de la dioxine, en 1999, qui lui vaudra finalement d'être renvoyé dans l'opposition malgré ses 600.000 voix de préférence.

Ecarté du pouvoir au profit d'une majorité arc-en-ciel (libéraux, socialistes et écologistes), Jean-Luc Dehaene se reconvertit dans les affaires en devenant administrateur de plusieurs grandes entreprises.

En 2001, à l'issue d'une nouvelle présidence belge de l'Union européenne, il est nommé vice-président de la Convention européenne, sous la direction de l'ancien président français Valéry Giscard d'Estaing. Il tient à cette occasion la plume lors de la rédaction du projet de Constitution européenne, qui donnera finalement naissance au Traité de Lisbonne.

En 2004, il est élu au Parlement européen dont il devient l'un des spécialistes des questions budgétaires. En 2007 et 2009, il reviendra brièvement sur la scène politique belge pour différentes missions ponctuelles de médiation, notamment pour la scission de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde, mais sans succès.

Fin 2008, il est appelé à la rescousse pour redresser Dexia, méchamment secouée par la crise financière. Il accède au poste de président du Conseil d'administration de la banque, en tandem avec le Français Pierre Mariani, désigné CEO. Mais ce sera un échec.

Affaiblie, la banque ne survivra pas à une seconde tempête, celle des dettes souveraines, deux ans plus tard. "C'était Mission impossible...", reconnaîtra-t-il à regret un peu plus tard.

Marié à Celia Verbeke avec qui il aura quatre enfants, Jean-Luc Dehaene amassa une volumineuse collection de coqs (de haan, en néerlandais) en tous genres, avant d'en vendre plus tard une partie au profit de bonnes oeuvres. A côté de la politique, le football était l'autre passion de Jean-Luc Dehaene, et plus particulièrement le Club de Bruges, dont il portait fièrement l'écharpe noire et bleue dans les tribunes du stade Jan Breydel où on le vit plus d'une fois s'enflammer.

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