Bourgmestre, ça paie combien?

Eric Massin, bourgmestre de Charleroi. Belga

"Combien gagnent-ils?" C’est la question qui titille tout le monde, surtout à l’approche d’élections. "L’Echo" s’est penché sur le salaire des élus communaux et provinciaux. Aperçu.

Au soir du 14 octobre, de nombreux candidats vont voir leurs espoirs de décrocher l’écharpe mayorale se rapprocher. Avec, en prime, la perspective de toucher le pactole? Détrompez-vous… Le salaire de nos élus fait régulièrement l’objet de rumeurs et de fantasmes. Mais au niveau communal, il fluctue fortement au gré du nombre d’habitants. 

Le salaire des bourgmestres et échevins est fixé, en Wallonie, par le Code de la démocratie locale. En Flandre, il est fixé par décret, à Bruxelles, c’est une ordonnance. Tous ces textes ventilent les communes en 22 catégories barémiques, basées sur le nombre d’habitants: des plus petites (moins de 300 habitants) aux plus grandes (plus de 150.000 habitants).

Le salaire du bourgmestre dépendra donc du nombre de ses administrés. En conséquence, il peut démarrer à 1.811,48 bruts par mois (commune de moins de 300 habitants). Ce n’est pas bien lourd… Mais dans les faits, aucun bourgmestre francophone touche aussi peu. En Flandre, il existe bien une commune dans cette catégorie: Herstappe, dans le Limbourg (87 habitants). Au sud du pays, la plus petite commune comprend "déjà" 1.405 habitants. C’est Daverdisse, dans la province du Luxembourg. Son bourgmestre, Pol Baijot, y touche 2.784 euros brut par mois.

Un fossé le sépare de ses confrères à la tête des plus grosses communes: à Charleroi (203.461 habitants), Liège (194.715) ou Bruxelles-ville (163.210 habitants), les mayeurs touchent 12.630 euros brut par mois. Nettement plus intéressant…

Du côté des échevins, la règle est également très simple. Leur salaire dépend du salaire du bourgmestre: il équivaut à 60% du salaire du mayeur pour les communes de moins de 50.000 habitants, et à 75% du salaire du mayeur pour les autres.

Cumuler, ça aide

Précision utile: on est rarement bourgmestre ou échevin à plein-temps… Il faut donc ajouter, au salaire de bourgmestre, les autres rémunérations, que ce soit une indemnité parlementaire, un revenu issu d’un autre mandat privé voire un revenu d’indépendant.  Le cumul est en effet toujours une réalité en politique, même si une réforme a été mise en place en Wallonie. Après les élections régionales de 2014, seuls 25% des élus d’un même groupe politique au parlement wallon seront autorisés à cumuler. Compte tenu de la situation actuelle, 23 parlementaires sur 75 devront faire un choix…

En attendant, deux tiers des députés wallons et la moitié des députés bruxellois (hors Ecolo) cumulent avec une fonction de bourgmestre, échevin et/ou président de CPAS. Chez Ecolo par contre, l’interdiction du cumul est déjà une réalité. 

Salaire plafonné

Si le cumul est donc largement d’actualité, les revenus des bourgmestres et échevins sont néanmoins plafonnés: tous mandats confondus, ils ne peuvent dépasser une fois et demi le montant de l’indemnité parlementaire d’un député ou sénateur. Leur salaire maximum ne dépassera donc pas 14.128 euros bruts par mois. Si l’on prend l’exemple de Liège, Willy Demeyer, qui est également sénateur, touche donc 14.128 euros (au lieu des 22.047,97 euros auquel il aurait théoriquement droit). Et c’est la ville qui y gagne: c’est en effet le salaire du bourgmestre qui est raboté. Liège ne doit donc lui verser que 4.710 euros.

A priori, le cumul est donc tout bénéfice pour les finances locales. En poussant un peu plus loin, on pourrait même constater que l’interdiction de cumul des mandats (le grand combat d’Ecolo) coûterait de l’argent aux communes qui, pour le moment, versent un salaire raboté à leur bourgmestre cumulard…

Précisons enfin qu’un bourgmestre ne peut cumuler sa fonction avec celle de ministre. S’il décroche un portefeuille, il sera déclaré "empêché", et son salaire sera versé au "faisant fonction". Elio Di Rupo ne touche donc pas un euro de Mons. C’est son remplaçant, Marc Barvais, qui perçoit le salaire.

Du côté des provinces

Au niveau provincial, les élus n’ont rien à envier, sur le plan financier, aux autres niveaux de pouvoirs. Les rémunérations y sont en effet plutôt confortables. Pour preuve, un gouverneur provincial touche 9.081 euros bruts par mois en Wallonie et à Bruxelles. La Flandre est encore plus généreuse: les gouverneurs y touchent 420 euros de plus que leurs collègues du sud du pays. Leurs émoluments ne s’arrêtent pas là… Au salaire, il faut encore ajouter les indemnités pour frais de représentation (11.826,75 euros par an en Wallonie, 5863,5 euros en Flandre). Et, cerise sur le gâteau: la résidence, qui est mise gracieusement à leur disposition. S’ils décident de louer un logement, ils toucheront jusqu’à 1.946 euros par mois de dédommagement.

Les députés provinciaux touchent, de leur côté, un peu moins que leurs collègues parlementaires: 7.032 euros bruts par mois, auxquels s’ajoutent des frais de représentation à hauteur de près de 2.000 euros par an, un pécule de vacances, et une indemnité de sortie à la fin du mandat…

Parents pauvres des institutions provinciales et communales, les conseillers ne touchent que des jetons de présence. Pour chaque séance de conseil communal ou provincial à laquelle il assisteront, ils recevront un peu moins de 200 euros, non taxé.

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