Ça défile au Palais!

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Le défilé a commencé au Palais de Bruxelles. Elio Di Rupo a présenté sa démission au Roi. Les présidents de partis se suivent, Bart De Wever a été reçu le premier. Wouter Beke clôture la journée.

Le défilé a commencé au Palais Royal de Bruxelles. Comment les choses vont-elles se dérouler dans les prochains jours? Accrochez vos ceintures.

  • Le bal des consultations

Le Roi Philippe a d'abord reçu  le Premier ministre sortant Elio Di Rupo qui lui a présenté la démission du gouvernement. Le Roi a accepté cette démission et chargé le gouvernement de l'expédition des affaires courantes. L’expression fait peur: la séquence avait duré 541 jours après le scrutin de juin 2010. Après Di Rupo, Philippe a rapidement conclu ce round protocolaire en recevant vers 12h30 les présidents sortant de la Chambre (Flahaut) et du Sénat (de Béthune).

Depuis les visites se succèdent au Palais.

Avancer vite, mais comment?

Chacun semble vouloir avancer rapidement afin d'éviter un blocage du pays. Mais comment? Les avis divergent.

Le président de la N-VA, Bart De Wever, a fait connaître dès dimanche soir son intention d'avancer très rapidement sur la voie de la formation d'un gouvernement flamand.

PS et MR, rejoints lundi par le CD&V ont souligné la nécessité d'avancer en parallèle dans la formation des gouvernement régionaux et fédéral.

Le cdH a plaidé lundi en faveur de coalitions "symétriques".

C'est Bart De Wever, fort de ses désormais 33 députés (+ 6) au Parlement fédéral, qui a ouvert le bal. Le leader de la N-VA est arrivé au Palais de Bruxelles vers 14h pour la première consultation avec le Roi Philippe pour un "vrai" contact politique.

Aux alentours de 15h, le président de plein exercice du PS, Elio Di Rupo, et le président faisant fonction, Paul Magnette, ont à leur tour rencontré le Roi, avant de laisser la place au président du MR Charles Michel et à celui du cdH Benoit Lutgen.

En fin d'après-midi, c'est Gwendolyn Rutten, Présidente de l'Open VLD qui a été reçue au Palais, suivie de Bruno Tobback, président du SP.A. Wouter Beke, le président du CD&V, a clôturé le défilé, lundi en début de soirée.

 D'autres consultations auront encore lieu mardi, dont celles des présidents des écologistes flamands et francophones et du PTB.

A savoir

L’idée est que le Roi et son chef cab’ Frans Van Daele s’entretiennent une heure (au moins) avec chacun des présidents de parti (N-VA, PS, CD&V, MR, Open VLD, sp.a, cdH, Ecolo, Groen!). Il n’existe aucune règle en la matière mais le Roi va logiquement procéder par ordre décroissant d’importance et donc commencer par recevoir le président du plus grand parti belge. Ces consultations devraient logiquement se poursuivre dans la journée du mardi.

Lire également sur le même sujet: Le PS entrouvre la porte à la N-VA

  • Le fond des entretiens

Le fond des entretiens

Sur le fond, les entretiens royaux vont porter sur des premières convergences politiques possibles afin de former un gouvernement fédéral. Le Roi doit désigner un informateur qui lui-même passera le témoin à un formateur par la suite. L’informateur pourrait donc être désigné mardi soir, voire mercredi. Il fera un tour de table plus ou moins large, recevra notamment les opérateurs économiques, les syndicats, etc. Mais la désignation de l’informateur est, en tout cas, un premier signe clair. Il est issu d’un parti (ou d’une famille politique…) qui a gagné les élections, et même si aucune règle n’oblige à suivre cette voie, il est politiquement difficile d’emprunter un autre chemin. Sous peine de se voir critiquer d’entrée de jeu…

  • Quelles options s’offrent au Roi ?

1. Bart De Wever veut une mission

La plus logique et la plus immédiate est qu’il envoie le président du plus grand parti, la N-VA, dans le champ de mines. D’abord, parce que Bart De Wever a lui-même demandé dimanche soir à pouvoir exercer cette responsabilité et à être chargé d’une mission.

"Nous sommes prêts à prendre l’initiative", a clairement dit De Wever devant ses militants. Ensuite, parce que le CD&V l’a suggéré lui-même. Les démocrates-chrétiens flamands, toujours très influents ès affaires royales, veulent que la N-VA prennent la main. "C’est à eux à former des gouvernements tant flamand que fédéral, nous répondrons aux sollicitations, nos téléphones sont allumés", a balancé Kris Peeters dimanche soir, en se félicitant d’avoir consolidé sa seconde place sur l’échiquier politique flamand.

Le CD&V a effectivement limité la casse électorale sans atteindre néanmoins l’objectif fixé des 20% (18 sièges, soit + 1). Le parti va donc se caler (logiquement) dans la roue de la N-VA, éviter le vent, et voir s’il y a éventuellement moyen de tirer son épingle du jeu. Par exemple en recevant en bonus une ministre-présidence flamande ou, pourquoi pas, un poste de Premier ministre.

Soyons lucides: envoyer la N-VA au front et rester au balcon est, du moins dans un premier temps, la séquence la plus logique pour le CD&V, mais aussi pour le sp.a et l’Open VLD (+ 1), les deux autres partis flamands du gouvernement fédéral.

2. Le "renard" ostendais

Mais le Roi peut aussi se laisser convaincre par l’argument de "la plus grande famille politique" — à savoir la famille socialiste. Là, il désigne un (in)formateur issu des rangs du Parti socialiste ou du sp.a et le charge de sonder les autres partis pour voir ce qui est possible de faire ensuite.

Désigner un socialiste flamand, qui aurait l’assentiment du CD&V, apparaît politiquement plus plausible que désigner d’entrée de jeu un PS francophone et le mettre en selle.

Et à ce petit jeu-là, le "renard" ostendais, Johan Vande Lanotte, peut se targuer d’une longue expérience de négociateur royal durant la crise précédente. Il serait l’homme tout désigné si le Roi décide de donner la main d’entrée de jeu aux camardes. La prise en mains des affaires par la "Maison rouge" est la manière la plus directe et la plus certaine de maintenir Elio Di Rupo en orbite au "16" rue de la Loi et d’assurer de conserver la main sur le job de Premier ministre: c’est l’avantage pour le PS. Désavantage: ce scénario reviendrait à nier la victoire de la N-VA, le plus grand parti politique belge.

Il apparaît donc comme moins immédiat que celui où des responsabilités sont confiées à Bart De Wever.

3. La carte libérale

Coucou qui voilà… Troisième voie, la plus étroite. À ce stade, un challenger tout à fait crédible se profile comme candidat (in)formateur possible pour le Roi: Didier Reynders.

Le libéral a bien scoré à Bruxelles et globalement la famille libérale a tenu la route en Wallonie et à Bruxelles (+2 députés). Inconvénient: l’aversion que nourrissent tant les socialistes francophones que les démocrates-chrétiens flamands pour Didier Reynders.

Mais la formule a un avantage: si le Roi veut trouver une personne capable d’entendre ce que le plus grand parti de son pays a à dire (la N-VA) et de faire la jonction avec les partis francophones, probablement Didier Reynders est-il le plus adéquat pour occuper cette fonction de casque bleu. Il dispose de contacts avec la N-VA et peut les mettre ici utilement à profit. Mais le Parti socialiste qui, contrairement à 2007, a perdu quelques plumes sans être laminé, n’a certainement pas envie de permettre à Reynders de faire un tour de piste. Cette formule de Reynders dans un costume de chargé de mission royale est éventuellement jouable, mais plus tard si une impasse politique se dessine.

Et avec quelle coalition, SVP?

Alors, quelle coalition au fédéral? La réponse ici dépend… aussi largement de ce qui va se passer dans les Régions. Si la N-VA impose son tempo au CD&V c’est-à-dire aller vite et installer une coalition de type "anversoise" associant N-VA, CD&V et Open VLD au gouvernement flamand , ces trois partis formeront de facto un front pour aller négocier avec les francophones un gouvernement fédéral. Ce qui compliquera les choses pour les francophones mis devant des partis qui n’auront que peu d’intérêt à faire des compromis. Sous la pression de la N-VA, il sera alors probablement tenté d’écarter le PS et de pousser une coalition miroir avec le MR et le cdH comme partenaires francophones au fédéral. Plausible, mais certainement pas à court terme vu la détestation politique que les partis francophones nourrissent pour la N-VA.

L’alternative est que, comme en 2011, les francophones parviennent à décramponner le CD&V de la N-VA par exemple en lui offrant le poste de premier ministre? et à faire monter les trois partis traditionnels flamands (CD&V, SP.A et Open VLD) au fédéral. En clair, cela reviendrait à prolonger l’actuelle tripartite et repartir avec l’actuelle équipe de six partis. Celle-ci sort effectivement confortée côté flamand puisque tant le CD&V (+ 1) que l’Open VLD (+ 1) sortent renforcés au Parlement fédéral.

Si une telle coalition peut être installée au fédéral, on voit mal ce qui empêcherait les déclinaisons de celle-ci tant au niveau bruxellois que wallon, vu notamment le ressac électoral du parti Ecolo.

 

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