Cartes rebattues pour les postes d'administrateurs politisés

Le président de la SNCB Jean-Claude Fontinoy, étiqueté MR et proche de Didier Reynders, voit sa place menacée. ©IMAGEGLOBE

Sous la précédente législature, une montée des nationalistes flamands dans différents conseils d’entreprise était prévue. Mais le retard a joué et les cartes sont aujourd’hui possiblement rebattues.

Les élections passées, le grand jeu de chaises musicales commence au niveau des conseils d’administration politisés. RTBF en tête où le PTB va faire son entrée avec deux administrateurs suite au triple scrutin du 26 mai, afin de refléter la redistribution des sièges au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, comme nous l’évoquions début juin dans ces pages.

Sauf que toutes les institutions du pays ne suivent pas un processus aussi direct. Ici, pour l’entreprise publique audiovisuelle, la rapidité est à imputer à un décret qui lui est propre et fixe une obligation de renouvellement du conseil par le Parlement endéans les quatre mois suivant les élections. Objectif? Éviter qu’un exécutif ne puisse ralentir le processus pour retarder l’arrivée d’un nouvel équilibre le désavantageant.

Désormais conditionnés à un accord de gouvernement, les renouvellements de CA font peser le flou sur la vision à long terme des sociétés concernées.

De manière générale, la tendance est différente. L’on était jusqu’il y a peu plutôt dans un contretemps généralisé à attendre au niveau des changements dans les conseils par rapport aux cartes nouvelles sorties des urnes. Alors que la percée du Vlaams Belang est indéniable au nord, amenant la formation à faire son entrée au board de la VRT – et les partis indépendantistes à occuper dès lors la moitié des sièges –, la grande tendance à attendre au niveau national n’était en fait pas dans l’entrée de l’extrême droite dans les différents CA, mais bien… des nationalistes flamands de la N-VA. Ce devait être le cas à Bozar, à l’Orchestre national de Belgique (ONB), ou encore à la Monnaie par exemple. Un mouvement qui devait aussi se faire sentir chez bpost où le parti réclamait jusqu’ici un poste d’administrateur, face à la présence libérale de l’Open Vld et démocrate-chrétienne du CD&V côté flamand, ou encore chez Skeyes (ex-Belgocontrol).

La donne a changé

Sauf que la donne a changé. Dans le camp des nationalistes, il nous revient que toutes ces montées à bord viennent d’être rendues hypothétiques ces dernières semaines, alors même qu’elles étaient imminentes. Et pour cause, elles seraient reprises dans le prochain accord de gouvernement au Fédéral. Si tant est que la totalité de ces questions ne soient pas abordées dans un second temps, soit quand un exécutif est déjà formé et part à l’action.

Et en attendant, quid? Force est de constater que cette incertitude amène à une situation particulièrement inconfortable pour certains CA, comme à la Société fédérale de participations et d’investissement (SFPI) par exemple. Là, le conseil devait être revu fin octobre. Depuis, huit mois plus tard, alors que certains avaient terminé de plier bagages, ils sont aujourd’hui toujours en poste. Ce qui n’est pas sans conséquences pour des fonctions comme celle d’administrateur délégué, où il faut être capable de développer une vision long terme.

Un son de cloche entendu aussi au sein d’autres instances dont le conseil avait été nommé pour six ans en 2013 et doit désormais changer tout prochainement. Quand ce n’en sont pas les têtes de pont comme dans les cas notamment de Jean-Claude Fontinoy à la SNCB, de Jannie Haek à la Loterie nationale, voire de Stefaan De Clerck chez Proximus… mais moins de Dominique Leroy qui bénéficie d’un soutien interne et externe, entend-on.

Les détails par secteur
Entreprises cotées | Situation figée chez bpost

Chez Proximus, cinq mandats des sept administrateurs désignés par l’État arriveront prochainement à échéance. De quoi redistribuer les cartes au board, qui, en y ajoutant les indépendants, compte quelque quatorze membres? À voir. En tout cas, le conseil enjoindra l’État actionnaire à proposer des candidats à partir de septembre. Quid si les affaires courantes n’ont pas laissé place à un gouvernement de plein exercice? Cela n’aura pas d’influence, dit-on dans les rangs de l’opérateur. Car il en va là d’un droit, pas d’un devoir. Et les personnalités retenues pourront toujours être bloquées à l’occasion de la prochaine assemblée générale des actionnaires, en avril 2020, où l’État pèse lourd avec 56% des droits de vote (pour 53,51% des actions). Seul Karel De Gucht (Open Vld) bénéficie d’un sursis, parmi les étiquetés. Son mandat n’arrive en effet à échéance que fin 2021. Pour ce qui est de Dominique Leroy, CEO, la question est déjà quasiment pliée. La patronne a été reconduite comme administratrice lors de la dernière AG. Il appartient désormais au conseil d’administration de la renommer comme CEO. Ce pour quoi elle semble bénéficier d’un soutien aussi bien en interne qu’en externe, entend-on à diverses sources. Chez bpost par contre, la situation a été figée début avril grâce à une solution trouvée in extremis et permettant d’éclipser une longue période blocage sur les nominations au conseil d’administration. En substance, CD&V et N-VA se disputaient une place, le premier souhaitant la conserver, l’autre la prendre, fort de son poids politique. La sortie du gouvernement de la formation nationaliste a permis d’offrir le siège aux chrétiens-démocrates qui ont pu voir reconduire Carline Ven (ex-membre du cabinet d’Yves Leterme et Herman Van Rompuy). Quand, dans le même temps, Laurent Levaux (MR) – aussi présent au conseil de Proximus – et Anne Dumont (PS) ont respectivement été reconduits et nommés à l’occasion de l’assemblée générale des actionnaires de mai dernier. Tous pour quatre ans.

Entreprises publiques | Fontinoy (SNCB) menacé

Le plus menacé des étiquetés dans les boards politisés est sans doute Jean-Claude Fontinoy (MR), proche de Didier Reynders, qui occupe pour l’heure la présidence de la SNCB. Si une certaine opposition à son égard était déjà palpable au sein des autres formations, elle a depuis aussi gagné les rangs libéraux. Du côté d’Infrabel, la question devrait aussi être posée pour Herman De Bode (N-VA). Quant à la Loterie nationale, le conseil d’administration actuel – où PS et MR sont quasi-seuls côté francophone – est là en place pour trois ans encore. Par contre, le mandat de l’actuel CEO, Jannie Haeck (sp.a), arrive lui à échéance en novembre prochain. Certains lorgneraient d’ailleurs déjà la place. Mais, "vous savez, il avait déjà failli sauter. Pourtant, il est toujours là", sourit un socialiste. Dans un autre registre, enfin, il y a des situations inverses, à savoir celles de personnalités qui ont été choisies pour rester mais qui pensent… à partir. Comme Peter de Caluwe, dont le mandat devra être renouvelé pour une durée de six ans à compter de juillet prochain à la tête de la Monnaie (où il officie depuis 2007), sauf que l’intéressé est aujourd’hui dans la course pour succéder à Stéphane Lissner à la tête de l’Opéra de Paris – ils ne seraient plus que deux en lice. Une décision suspendue au choix d’Emmanuel Macron et qui serait imminente, nous dit-on. Pour ce qui est d’un éventuel remplaçant, peu d’éléments circulent pour l’heure.

Transports | Cartes rebattues chez skeyes

Du côté de Brussels Airport, les trois administrateurs de la Société fédérale de participations et d’investissement (SFPI), qui en détient 25%, viennent tout juste d’être renommés pour une durée d’un an, apprend-on, en l’attente d’un gouvernement. Même chose pour Marc Descheemaecker (N-VA, précédemment connu pour être Open Vld) – l’homme est aussi administrateur à la SNCB. Une décision qui va paraître dans les jours à venir au Moniteur. Pour ce qui est des voies terrestres, SNCB et Infrabel verront l’ensemble de leurs administrateurs nommés par le Fédéral être renouvelés mi-octobre – ceux liés au Régional ayant été nommés pour 6 ans en janvier 2017, comme dans le cas de Martine Durez (PS). Sont concernées des personnalités telles que Jean-Jacques Cloquet (ex-CEA de l’aéroport de Charleroi passé à Pairi Daiza) Du côté de chez Skeyes (ex-Belgocontrol), même son de cloche. Un renouvellement complet est attendu en novembre. PS et CD&V avaient jusqu’ici la main. La donne pourrait changer, selon la coalition fédérale à venir, afin d’influer différemment sur les grandes décisions stratégiques des aiguilleurs du ciel belges dont les grèves à répétition mettent le monopole en jeu. Que certains, comme Jean-Luc Crucke (MR), ont d’ailleurs purement et simplement appelé à outrepasser par voie de régionalisation ou de tout autre recours. Enfin, pour ce qui est de l’Opérateur de transport de Wallonie (OTW), ex-Société régionale wallonne du transport (SRWT) connue pour les TEC, les administrateurs ont été nommés à compter de la transformation effective du groupe, le 1er janvier 2019. La répartition ne devrait donc a priori pas être impactée pour l’heure suite aux résultats sortis des urnes le 26 mai dernier.

Monde culturel | Tiraillé par les extrêmes

La composition du CA de la RTBF dépendant directement de la répartition en siège de la Fédération Wallonie-Bruxelles, il faisait peu de doute sur la montée du PTB au conseil – tout comme chez Publifin où l’extrême gauche devrait faire son entrée. Le parti devrait empocher deux administrateurs au mois d’octobre. Au nord du pays, la VRT voit elle monter à bord le Vlaams Belang qui, aux côtés de la N-VA, pèse la moitié des sièges. Mais la vague des changements marqués vers les extrêmes pourrait ne pas se limiter là dans le monde culturel. On pense notamment à l’Ancienne Belgique (AB) ou au Théâtre royal flamand de Bruxelles (KVS) qui sont aussi potentiellement soumis à l’arrivée de l’extrême-droite. L’influence du score du Vlaams Belang devrait y être limitée, entend-on en coulisse. Et surtout pas immédiate. Pour ce qui est de l’AB, la nouvelle composition doit intervenir six mois après le début de la nouvelle législature, fin 2021 pour le Brussels Philarmonic. Du côté des trois institutions bi-communautaires que sont le Théâtre royal de la Monnaie, Bozar et l’Orchestre national de Belgique (ONB), le retard dans le changement de gouvernance est patent. Durant la législature précédente, la N-VA se devait de monter à bord suite à sa victoire de 2014 Mais, voilà, cela a traîné. Et aujourd’hui, cette entrée pourrait désormais bien lui échapper. en fonction de la coalition à naître au Fédéral. Pour Flagey, là où Geoffroy Kensier (cdH) vient tout juste de reprendre le mandat de Julie de Groote, a-t-on appris, le changement de conseil intervient en général dans l’année qui suit les élections, nous souffle-t-on.

 

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect