Ce jeudi, jour de grogne dans les hôpitaux bruxellois et wallons

Le mouvement de revendication des infirmières et infirmiers a débuté en 2019, avec les "mardis des blouses blanches". ©Photo News

Au cœur des inquiétudes, le nouveau modèle salarial Ific. Qui débouche pourtant sur une hausse moyenne des rémunérations de 6%. De quoi diviser jusqu'au sein des syndicats.

La journée de ce jeudi risque d'être agitée dans les hôpitaux. C'est que la grogne sociale y règne, à Bruxelles et en Wallonie du moins, et que certaines institutions ont dû passer par la case "réquisition de personnel" afin de tourner durant la grève.

Un mouvement aux sources multiples et au cahier de doléances plutôt rempli. Il y est question de conventions collectives découlant de l'accord social de 2020 qui ne sont toujours pas signées, tout comme le protocole encadrant la mise en place des réseaux hospitaliers – qui, elle, poursuit son bonhomme de chemin.

"Les hôpitaux relancent la machine économique au sortir de la troisième vague, précisément quand le personnel doit souffler."
Yves Hellendorf
Secrétaire national non marchand CNE (CSC)

De la sous-utilisation, aussi, des 400 millions du fonds spécial blouses blanches, devant permettre d'engager du personnel de soins ou de support.

"Le personnel doit souffler"

Ajoutez enfin à cela l'impression que les hôpitaux relancent la "machine économique" en intensifiant opérations et actes techniques, "précisément quand le personnel doit souffler", glisse Yves Hellendorf, en charge du non marchand au sein de la CNE (CSC).

"Il n'est pas question de relancer la machine économique! Il est nécessaire de soigner les patients dont le cas a été reporté. Il y a un équilibre à trouver entre le besoin de récupération du personnel et cette question de santé publique."
Benoît Hallet
Directeur général adjoint d'Unessa

Du côté patronal, ces griefs sont accueillis avec un brin de perplexité. "Il n'est pas question de relancer la machine économique!", proteste Benoît Hallet, directeur général adjoint d'Unessa, la fédération de l'accueil, de l'accompagnement, de l'aide et des soins aux personnes. "Il est nécessaire de soigner les patients dont le cas a été reporté. Il y a un équilibre à trouver entre le besoin de récupération et cette question de santé publique."

Quant au fonds dédié au renfort des troupes, il est exact qu'il n'est que partiellement utilisé, pénurie de blouses blanches oblige. "Nous disposons de deux ans afin de vider l'enveloppe. Cela n'a aucun sens pour les hôpitaux de s'asseoir sur cet argent. Au contraire, il y en a grand besoin pour engager du personnel supplémentaire." Qui ne court malheureusement pas les rues.

En chantier depuis 20 ans

À ce contexte tendu de sortie de troisième vague vient se greffer une problématique salariale, nommée Ific. Soit un nouveau modèle, en chantier depuis vingt ans. "Le principe de base est le suivant, explique Adrien Dufour, président de la Fédération nationale des infirmières et infirmiers de Belgique. À travail égal, salaire égal." Ce qui fonde les barèmes devient la fonction, non plus la formation.

"Le principe de base est le suivant: à travail égal, salaire égal."
Adrien Dufour
Président de la Fédération nationale des infirmières et infirmiers de Belgique

"Avec une attention particulière portée sur les débuts de carrière, puisque les salaires démarrent plus haut et progressent plus vite", rajoute Yves Hellendorf. Un modèle porté par une injection de 500 millions d'euros, décidée durant l'été 2020, et qui débouche sur une hausse salariale moyenne d'environ 6%.

Partiellement lancé dans les hôpitaux privés en 2018, Ific doit y déployer tous ses effets pour le 1er juillet. Choix à la clef pour le personnel: embarquer, ou non, dans Ific. C'est que ces barèmes revus et corrigés débouchent sur une perte salariale pour une petite minorité, à qui l'on permet de rester dans l'ancien système, bétonné jusqu'en fin de carrière.

500
Millions d'euros
Pas moins de 500 millions d'euros ont été injectés dans ce nouveau modèle Ific, de quoi déboucher sur une hausse salariale moyenne de 6%. Même si certains profils y perdent; ceux-là pourront alors choisir de conserver l'ancien barème.

"Personne n'y perd", insiste Yves Hellendorf. Ce qui n'empêche pas des protestations. Sans doute ne faut-il pas négliger l'aspect psychologique: se voir opposer une simulation négative, alors qu'il est question de revalorisation, doit relever de la douche froide. Ainsi que des tensions au sein des syndicats, la CSC Services publics ayant claqué la porte des négociations devant faire advenir Ific dans les hôpitaux publics – au grand dam de la CNE. Aussi a-t-on vu, cette semaine, syndicats et employeurs défendre Ific.

En lui reconnaissant toutefois une faille: décourager les blouses blanches à suivre une spécialisation. Un groupe de travail s'attelle à rectifier ce tir.

Le résumé

  • Un mouvement de grève frappe les hôpitaux ce jeudi à Bruxelles et en Wallonie.
  • Doté d'un cahier de revendications chargé, lié notamment à la sortie de la crise Covid et de sa troisième vague.
  • Au premier rang des récriminations, on retrouve le nouveau modèle salarial Ific, en cours d'élaboration depuis vingt ans.
  • Ific débouche pourtant sur une hausse moyenne des rémunérations de 6%.

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