analyse

Ce qui freine la coalition Vivaldi

Le fait que le CD&V de Joachim Coens hésite à lâcher la N-VA fait partie des incertitudes entourant la concrétisation d'une coalition Vivaldi. ©BELGA

Ce lundi soir, les ténors du CD&V devaient se réunir et décider si le parti s'engagerait dans une négociation avec les partis de l'arc-en-ciel pour former un gouvernement fédéral. La réunion a été annulée.

Le bureau politique du CD&V n'a pas tranché lundi matin la question de savoir s'il faut oui ou non entrer en négociation en vue de former une coalition Vivaldi. Et il n'a pas tranché non plus ce lundi soir lors d'une réunion annoncée comme décisive : cette réunion a été annulée. On rappelle que c'est cet arc-en-ciel (PS, sp.a, MR, Open Vld, Ecolo, Groen) assorti des démocrates chrétiens flamands qu'Egbert Lachaert, missionnaire royal, tente de mettre sur les rails avant la mi-septembre. Total: 87 sièges sur 150 à la Chambre. Une première réunion à 7 partis, présentée comme une séance d'information, s'est déroulée dimanche, sans pour autant qu'une réelle négociation ne démarre.

À l'évidence, ce n'est pas d'un coup de cuillère à pot que le président de l'Open Vld convaincra le CD&V de monter sans la N-VA, toujours premier parti de Flandre et axe central incontournable de l'exécutif flamand. Le CD&V s'est toujours opposé à ce scénario notamment parce que cette coalition Vivaldi ne permet pas à la Flandre de jouir d'une majorité dans le groupe néerlandophone à la Chambre. Mais là n'est pas le seul obstacle qui freine cette dynamique enclenchée suite à l'échec de la tentative estivale de monter une majorité autour de l'axe PS/N-VA. Voici les cailloux dans la chaussure de Dame Vivaldi.

Une note insuffisante

Egbert Lachaert a pondu une note de travail. Une soixantaine de pages (traduction comprise, donc comptez 30) qui peinent à séduire non seulement le CD&V mais également le PS. Les socialistes sont, par ailleurs, assez agacés d'avoir pris pour rien le risque de négocier avec la N-VA, mais ça c'est un autre problème.

Car il n'y a point dans la note de taxe sur les plus-values ou le patrimoine qui puisse faire office de trophée à gauche. Tout au plus est-il question de tendre vers des minimas sociaux équivalents au seuil de pauvreté. Un peu faible pour les socialistes même si les libéraux flamands ont fait remonter la norme de croissance du budget soins de santé de 1,5 à 2,5% et que la pension minimum à 1.500 euros est évoquée.

Le PS n'est donc pas encore satisfait mais veut commencer à négocier. "Il faut bien que le PS paye le fait d'écarter la N-VA, ce qu'il a toujours réclamé", dit toutefois un témoin.

"C'est une note qui sert à mettre les gens à table mais il n'y a rien de très concret."
Une source proche des négociations

"Cette note manque de rupture, par exemple sur le travail, en rapport avec le choc que nous vivons", explique un proche des discussions. "C'est une note qui sert à mettre les gens à table mais il n'y a rien de très concret", assure un autre. Le volet fiscal est, autre exemple, particulièrement creux, a appris L'Echo. La note se contente de généralités sur la nécessité de réformer et de simplifier la fiscalité belge.

Un volet institutionnel trop faible

Le volet institutionnel de la note Lachaert est lui aussi jugé trop léger par le CD&V. On y consacre l'idée de deux ministres (un francophone et un néerlandophone), chargés de piloter un large débat démocratique pour une réforme à entamer en 2024. Les principes de régionalisation et de centralisation au Fédéral de certaines décisions y sont inscrits. Mais le CD&V veut au moins une esquisse de réforme dans le projet gouvernemental. Il demande également la fusion des zones de police bruxelloises, vieille revendication flamande, comme trophée institutionnel.

Enfin, le CD&V doit aussi avoir ses apaisements dans les dossiers éthiques. La nouvelle loi sur l'interruption volontaire de grossesse, à laquelle il s'oppose, est toujours en cours de traitement par le Parlement, à l'initiative du PS.

La lutte pour le 16

La répartition des postes est également au cœur des discussions. Surtout entre Open Vld et CD&V, entend-on. Les deux partis prennent le même risque, s'exposer à l'opposition pléthorique de la N-VA et du Belang, et ont donc besoin de postes "qui ont un impact". Celui de Premier ministre en est un et revient légitimement au CD&V (favori: Koen Geens) en tant que premier parti flamand de la coalition (en voix, car les deux, CD&V et Open Vld, ont chacun 12 sièges).

D'autant, estime le CD&V, que ces 12 sièges ne sont pas nécessaires à la majorité et qu'il serait le seul parti séparé de son pendant francophone. Le cdH est en effet hors jeu, en raison d'une opposition ferme du MR à sa montée dans le gouvernement. Le 16 pour solidifier l'adhésion du CD&V s'imposerait donc.

Chez les libéraux flamands (favori: Alexander De Croo), on objecte que le Vld pèse plus compte tenu du poids de la famille libérale dans la coalition (26 sièges). Rappelons au passage que la famille socialiste est la plus importante de cet attelage, ce qui peut aussi justifier d'envoyer un rouge au 16 rue de la Loi.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés