"Certaines compétences devraient être transférées des Communautés vers les Régions"

Sylvain Plasschaert

Flamand habitant Bruxelles, le professeur Plasschaert estime que la gestion économique du pays peut-être améliorée moyennant un certain nombre d’aménagements institutionnels.

Professeur émérite d’économie de l’Université d’Anvers et de la KU Leuven, Sylvain Plasschaert s’intéresse depuis longtemps à l’évolution économique et institutionnelle de la Belgique. Une évolution qu’il a pu observer en tant que membre du Conseil supérieur des Finances et du Conseil central de l’Economie. Dans son ouvrage intitulé "La Belgique dans tous ses états" (éditions Le Cri, 182 pages, 18 euros) ce résident bruxellois rectifie un certain nombre de données sur lesquelles se fondent les détracteurs de l’Etat belge.

Di Rupo-De Wever: un duo improbable?

Sylvain Plasschaert: Au vu du résultat du scrutin, c’est le tandem qui s’imposait. Ils représentent chacun la tendance dominante dans leur communauté respective. Est-ce que cela va marcher? Ce n’est pas certain, car les points de départ sont très différents. J’estime néanmoins encourageante, la tournure prise par les événements depuis une semaine.

Est-il préférable d’attaquer d’abord le dossier communautaire?

Plasschaert: Ma crainte est que chacun avance dans sa propre direction: côté flamand sur l’aspect institutionnel, et côté francophone sur l’aspect social. Or l’accent mis sur ces deux priorités risque de reléguer au second plan la nécessité de revoir la gestion économique du pays. C’est ma crainte en tant qu’économiste. D’autant que dans les milieux universitaires tant au nord qu’au sud du pays, il y a un consensus qui est en train de se dégager sur ce point. Je pense notamment à l’accompagnement des chômeurs, où la Wallonie commence à faire des efforts, mais où beaucoup reste à faire à Bruxelles. Je pense aussi aux écarts de performances dans l’enseignement où la Communauté française est à la traîne.

Vous êtes partisan d’un fédéralisme fiscal.

Plasschaert: Il est important de responsabiliser les entités fédérées, même si on a eu tendance en Flandre à exagérer le problème. Il est faux de dire que les entités fédérées gèrent leur dotation à la légère. Je pense que nous irons vers une régionalisation au moins partielle de l’impôt des personnes physiques. Mais ce ne sera pas évident à mettre en oeuvre techniquement. Il faudrait en effet trouver un dosage entre le critère du lieu de domicile et celui du lieu de travail. Par contre, je suis totalement opposé à une régionalisation de l’impôt des sociétés. Ce serait tout simplement trop compliqué. Cela implique en effet de constituer des bases imposables régionalisées. Imaginez ce que cela donnerait pour des entreprises présentes dans l’ensemble du pays ou pour des multinationales. Ce serait un mic-mac incroyable. Je constate d’ailleurs que, ces derniers temps, la question a disparu de l’ordre du jour des milieux académiques flamands.

Tous les partis flamands, à l’exception du sp.a et de Groen!, se disent confédéralistes. Cette notion a-t-elle du sens pour un économiste?

Plasschaert: C’est d’abord un slogan qui fonctionne. On sait qu’en droit constitutionnel, le confédéralisme n’a pas beaucoup de sens. Le terme sous-entend que la Belgique fonctionne selon un fédéralisme à deux. Un fédéralisme à deux me semble d’ailleurs inévitable mais il est également intrinsèquement plus vulnérable. Sans Bruxelles, la scission du pays aurait déjà eu lieu. Bruxelles est le noeud du problème, mais c’est aussi un exemple. Les deux communautés mènent une collaboration exemplaire au sein du gouvernement bruxellois. En tant que Flamand vivant à Bruxelles depuis très longtemps, je peux témoigner de cette entente harmonieuse.

Comment donner de l’air à Bruxelles sans toucher aux frontières?

Plasschaert: Dans l’état actuel, je vois mal en effet comment la Flandre accepterait un redécoupage territorial. Je penche pour ma part pour l’idée des organisations patronales de mettre en place une "Brussels Metropolitan Region" qui, outre Bruxelles, engloberait également le Brabant wallon et une bonne partie du Brabant flamand. Cette vue sur l’espace naturel d’une métropole, offre l’avantage de ne pas prendre position sur le statut linguistique des communes. Une initiative analogue a d’ailleurs été entamée entre Lille, Courtrai et Tournai. Mais il n’est pas facile, dans un climat d’irritabilité linguistique, de concilier des desiderata économiques et des logiques politiques. Cependant, le désir d’agir dans ce sens semble bel et bien faire son chemin.

Dans votre livre, vous verriez d’un bon oeil un certain élagage au niveau des Communautés.

Plasschaert: On aurait intérêt à transférer certaines compétences des Communautés vers les Régions, dont le grand avantage est de disposer d’une assise territoriale et donc des règles de fonctionnement plus claires. Ce serait intéressant au niveau de l’enseignement à Bruxelles qui pourrait organiser un enseignement totalement bilingue. Ceci dit, il ne faut pas supprimer les Communautés pour autant.

La Belgique a-t-elle encore un avenir?

Plasschaert: Absolument. A condition que les responsables politiques fassent preuve de modération, de même que les opinions publiques de part et d’autre. Ainsi, côté francophone, il faut cesser de considérer tous les Flamands comme de dangereux séparatistes et éviter de sombrer dans le fatalisme comme quoi il n’y aurait plus rien à faire pour sauver le pays.

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