interview

"Charles Michel a compliqué un retour anticipé aux urnes"

Pascal Delwit (ULB). ©debby termonia

Le politologue Pascal Delwit (ULB) décode la séquence qui a mené à la démission de Charles Michel et de son gouvernement.

Les événements des derniers jours laissaient peu de place pour une issue favorable pour le gouvernement minoritaire de Charles Michel. Chronique d’une chute annoncée ? 

La N-VA était le pivot, rien ne pouvait se faire sans elle.

La séquence qui a commencé samedi a modifié la donne : la N-VA est sortie assez rude contre le gouvernement et le Premier ministre. Ce faisant, elle a modifié la perspective telle qu’on la voyait se dessiner, à savoir une sortie du gouvernement mais un soutien de l’extérieur, notamment sur le budget, le jobsdeal et la dégressivité des allocations de chômage. Cette séquence-là s’est conclue hier de manière nette par une rupture entre les trois partis du gouvernement et la N-VA. Cette dernière était le pivot, rien ne pouvait se faire sans elle. Certes, il y a eu un discours de Charles Michel cet après-midi, avec une forme d’ouverture vers l’opposition, mais on sentait bien qu’à part passer en douzièmes provisoires pour le budget, il n’y avait rien de concret. Et on a vite vu dans les réactions que cet appel de Charles Michel était très francophone et pas complètement soutenu par les deux partis néerlandophones du gouvernement. Cet appel introduisait donc un nouveau problème interne au gouvernement, sans mesures très concrètes pour l’opposition. À partir du moment où la rupture avec la N-VA était consommée, cela paraissait très difficile pour ce gouvernement de durer.

Pourquoi Charles Michel a-t-il semblé s’accrocher aussi longtemps ?

Mon hypothèse est qu’il a été surpris par le revirement de la N-VA cette semaine. On peut d’ailleurs supposer que la N-VA n’a pas maîtrisé totalement son opération. Mais il aurait pu pousser un échelon plus loin et tenir jusqu’au vote sur la motion de méfiance. La N-VA s’était engagée dans une voie qui l’a amené à démissionner, Charles Michel, lui, dans une voie dans laquelle il devait assumer et apparaître comme le Premier ministre. En lui demandant de réviser l’article 195 de la Constitution, de revoir le budget, durcir la dégressivité des allocations de chômage, éventuellement revoir le pacte migratoire, la N-VA rendait la situation impossible pour le Premier ministre, sauf à être déshabillé complètement. C’est confronté à une situation de fait qu’il rend sa démission. 

Quels sont les scénarios désormais ? Se dirige-t-on vers des élections anticipées ?

Aucune motion n'a été votée. La Chambre n’a donc pas marqué son intention d’avoir des élections anticipées.

Pas nécessairement. Il peut effectivement donner sa démission au Roi et demander des élections anticipées. Mais le fait qu’il n’y ait pas eu de vote sur une motion de confiance ou de méfiance rend leur organisation plus compliquée. Dès lors, la Chambre n’a pas marqué son intention d’avoir des élections anticipées. C’est un élément important. L’article 46 de la Constitution indique que le Premier ministre peut signer un arrêté royal d’organisation d’élections anticipées s’il y a eu un vote à la majorité absolue à la Chambre. Il n’est pas intervenu. Je ne pense donc pas, même s’il ne faut pas totalement l’exclure, qu’on est dans le scénario des élections anticipées. C’est peut-être d’ailleurs pour cela que Charles Michel n’a pas attendu le vote de jeudi - qui n’aurait peut-être pas recueilli de majorité, qui sait ? Il a compliqué le scénario d’un retour anticipé aux urnes.Le Roi ne devrait pas refuser la démission. Et l’on devrait aller vers la nomination d’un informateur et avoir un gouvernement en affaires courantes jusqu’en mai. 

Charles Michel présente sa démission au Parlement

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