Charles Michel coincé entre le Parlement et la N-VA

©Photo News

Charles Michel affirme se rendre à Marrakech à titre personnel. La Chambre demande au gouvernement d’approuver le pacte migratoire.

Pacte migratoire de l’ONU, suite. Jeudi à la Chambre, le Premier ministre était très attendu en séance plénière où devait être votée la résolution de soutien au texte onusien qui doit encadrer, de façon non contraignante, les phénomènes de migration au niveau international. Le texte avait été adopté la veille en commission par une majorité alternative. La N-VA est le seul parti de la majorité qui s’y oppose, ce qui donne lieu à une crise politique qui dure depuis trois semaines. Le Premier ministre a annoncé se rendre à Marrakech pour communiquer à l’ONU la décision du Parlement qui approuve donc le pacte. La N-VA qui semblait acculée après ses déclarations chocs selon lesquelles elle se désolidariserait du gouvernement si ce dernier était représenté au sommet de Marrakech, demandait une clarification.

Même demande du côté de l’opposition. Le choix est binaire: soit Charles Michel se rend au sommet de Marrakech "en touriste" comme on ironise au sein de la N-VA pour communiquer l’avis du Parlement sur le pacte. Soit il y va comme chef de gouvernement pour approuver, au nom de la Belgique le texte onusien. Mais c’est un scénario que les nationalistes de la N-VA jugent insupportable car, et c’est leur principal argument, le conseil des ministres ne s’est jamais prononcé sur ce pacte qui obéit à une logique intergouvernementale. Les deux autres partenaires du MR qui soutiennent le pacte, le CD&V et l’Open Vld demandaient eux aussi une position claire. Les deux partis estiment que si le Premier ministre se rend à Marrakech, il engagera la Belgique.

Charles Michel s’est-il montré aussi limpide qu’espéré par les députés? Pas vraiment. Écoutons-le. "Je suis Premier ministre et j’irai à Marrakech, a-t-il dit en se positionnant "en tant qu’homme". "Si ce vote intervient, c’est un signal très fort adressé par ce Parlement. Il m’oblige à titre personnel, dans le respect des institutions et de la Constitution", a lancé le Premier ministre qui a reconnu un problème politique au sein de sa majorité. "À titre personnel", ce n’est pas en tant que Premier ministre. Il n’a donc pas dit: "Je vais à Marrakech pour approuver le pacte au nom de la Belgique". Il n’a pas répété l’engagement à signer le pacte qu’il avait formulé fin septembre à la tribune de l’ONU.

"Ce vote m’oblige à titre personnel dans le respect des institutions."
Charles MicheL
Premier ministre

CD&V et Open Vld dans l’embarras

L’opposition socialiste humaniste et écologiste s’est montrée déçue par cette déclaration. La N-VA, elle, buvait du petit-lait. "Je suis heureux du fait que le Premier ministre souhaite encore travailler sur des thèmes qui lient les quatre partis de la majorité, a réagi Peter De Roover, chef de groupe N-VA. Il y a encore certaines incertitudes. Je suppose que nous aurons les clarifications requises au gouvernement…" En clair, le débat était replacé au niveau gouvernemental, ce que voulaient les nationalistes. "Par sa couardise, le Premier ministre se met maintenant en difficulté vis-à-vis du CD&V et de l’Open Vld", persifflait-on côté PS.

La déclaration du Premier a donné lieu à une longue interruption de séance qui accouchait d’un amendement à la résolution pro-pacte. Déposé par le MR soucieux de ménager ses deux partenaires de majorité, l’amendement demande de manière explicite au gouvernement d’approuver le texte onusien. Le tout était voté vers 21 h 30. À cette heure, la situation pouvait être résumée ainsi: le Parlement demande au gouvernement d’approuver un texte qui ne fait pas consensus au sein du gouvernement. Au milieu du jeu de quille, un Charles Michel coincé par son engagement onusien. Cela a été rappelé à la Chambre, lorsqu’il s’était exprimé devant l’ONU, l’approbation du pacte par la Belgique faisait consensus. Ce n’est qu’en octobre que la N-VA a changé d’avis sur ce pacte.

Bref, la situation est toujours explosive alors qu’une réunion de gouvernement est programmée ce vendredi.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content