Charles Michel: "Les rapatriements de Soudanais vont pouvoir reprendre"

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Les expulsions de Soudanais peuvent reprendre moyennant la vérification "sur le fond" du respect de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme qui demande de s'assurer que les personnes ne subissent pas dans le pays de retour des traitements inhumains et dégradants, selon le rapport du Commissariat général aux Réfugiés et Apatrides (CGRA).

Le gouvernement fédéral était réuni en "kern" ce vendredi. Il a pu examiner le rapport rédigé par le Commissariat général aux Réfugiés et aux Apatrides (CGRA) sur les possibles cas de torture subie par des Soudanais renvoyés par la Belgique dans leur pays d'origine.

"Les retours vers le Soudan sont possibles, donc il faut les permettre à la condition qu'il y ait bien la démarche qui vise à améliorer l'application de l'Article 3."
Charles Michel

"Les missions d'identification ne sont pas un problème en soi si des mesures de précaution sont prises (présence d'un interprète par exemple). Il y a des doutes sérieux sur certains des témoignages qui ont été exprimés. Sur la question de l'Article 3 (L'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme qui demande de s'assurer que les personnes ne subissent pas dans le pays de retour des traitements inhumains et dégradants, NDLR), il y a des initiatives qui ont été prises par l'Office des étrangers pour appliquer cet Article mais il faut adapter les modalités de cet Article lorsque c'est nécessaire. Il y a un enjeu européen sur l'application de cet Article 3. Nous allons mettre en place une commission pour faire exécuter les règles de l'Etat de droit. Les retours vers le Soudan sont possibles, donc il faut les permettre à la condition qu'il y ait bien la démarche qui vise à améliorer l'application de l'Article 3", a déclaré Charles Michel lors d'une conférence de presse qui s'est tenue après le conseil des ministres

"Le principe des missions d'identification, des rapatriements et de l'analyse au cas par cas est éloigné des caricatures qui ont pu être faites. Cet équilibre est le seul chemin possible", a conclu Charles Michel.

L'opposition réagit

"Il est paradoxal de se dire conforté dans sa politique tout en annonçant une batterie de mesures" visant à améliorer la politique migratoire, a relevé en commission de la Chambre le chef de groupe PS, Ahmed Laaouej, à l'adresse du Premier ministre Charles Michel et du MR. "On ne dit pas une chose et son contraire sauf à vouloir nous rejouer Tartuffe", a-t-il poursuivi.

Selon le chef de groupe socialiste, l'administration a fait ce qu'elle a pu, avec les moyens qui sont les siens, mais elle n'a pas pu dépasser les incertitudes qui entourent les témoignages de torture de ressortissants soudanais expulsés de Belgique. "On ne peut pas faire saigner une pierre, on ne peut demander l'impossible au CGRA", a-t-il relevé. A cet égard, il a fustigé le satisfecit de la députée N-VA Sarah Smeyers. "Il n'y a pas de certitude que les faits ne se sont pas produits. Il s'agit d'un enfumage de Mme Smeyers. S'agissant de la vie d'être humains on a besoin de certitudes", a appuyé le député socialiste.

Des incertitudes que pointe également le cdH, Ecolo et DéFI.

La LDH veut des garanties

La Ligue des droits de l'Homme (LDH) demande au Rapporteur spécial des Nations unies de diligenter une enquête, estimant que seule une enquête approfondie et internationale permettra de lever définitivement les doutes qui pèsent sur les conséquences de ces rapatriements.

Protéger encore mieux les migrants

"Tout est fait pour renforcer le clivage entre les gens qui veulent apporter un peu de solidarité et d'aide et cette politique ferme et complètement fermée."
Mehdi Kassou

La Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés est à la fois déçue et inquiète. "On est toujours sans nouvelle d'une personne qui a été expulsée sur les trois avec lesquelles on avait des contacts. Est-ce qu'on peut aujourd'hui prouver des tortures? Non, mais le simple fait de renvoyer vers un pays où le président a été condamné pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité reste une contradiction fondamentale, à mon sens, avec les valeurs d'un Etat comme le nôtre", réagit le porte-parole de la Plateforme Mehdi Kassou.

"Tout est fait pour renforcer le clivage entre les gens qui veulent apporter un peu de solidarité et d'aide et cette politique ferme et complètement fermée", déplore-t-il. "On va prendre des mesures de protection encore plus grandes avec des hébergements, pour tenter d'éviter des arrestations et assurer les suivis les plus pointus possibles en collaboration avec d'autres acteurs."

Le rapport du CGRA by L'Echo on Scribd

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