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Charles Michel pourra-t-il rempiler comme Premier ministre?

©Photo News

L’image du locataire du 16 est en train d’évoluer en Flandre alors qu’elle n’était déjà pas très bonne côté francophone. La crise politique n’est pas terminée mais les obstacles à sa reconduction sont nombreux.

On sort rarement renforcé de la chute d’un gouvernement. L’Open Vld s’en rappelle et le rappellera encore longtemps à toutes les formations politiques du pays. En 2010, les bleus d’Alexander De Croo avaient fait sauter la baraque sur le dossier de la scission de l’arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde. Déjà pas très en forme, les libéraux flamands passaient sous la barre des 9% aux élections anticipées qui ont suivi. La peur de cette sanction électorale est toujours dans les esprits alors que le gouvernement Michel a vacillé au bord d’une falaise, menaçant naturellement l’aura de celui qui le dirige et qui en est le porte-drapeau.

Le Roi ayant accepté la démission du Premier ministre, les élections anticipées ont toutefois pu être évitées. C'est un gouvernement en affaires courantes qui sera donc aux affaires jusqu'en avril, au moment de la dissolution des Chambres avant les élections du 26 mai.

Mais dans cette crise, l’image de Charles Michel a été au centre du jeu et son avenir politique dépendra grandement des conséquences de cet épisode inédit. Est-il encore en mesure d’espérer rempiler comme Premier ministre? Il faut garder prudence. En tant que personnalité politique, plusieurs lignes ont bougé à l’occasion de cette crise.

La concurrence Reynders

"Ce qui m’a frappé ces dernières années, c’est la faible popularité du Premier ministre dans les différents baromètres."
Pascal Delwit
politologue (ULB)

Partons d’un constat. "Ce qui m’a frappé ces dernières années, c’est la faible popularité du Premier ministre dans les différents baromètres, pose le politologue Pascal Delwit (ULB). On peut déduire que le choix d’entrer dans un gouvernement avec un telle minorisation des francophones a posé problème pour une partie de l’opinion. Mais ceci ne constitue pas un écueil majeur pour la fonction de Premier ministre." Pour Nicolas Bouteca (UGent) la question de la popularité de Charles Michel pourrait surtout peser à l’intérieur du MR.

"Dans les sondages, Didier Reynders est plus populaire que Charles Michel. Il pourrait entrer en concurrence pour le poste de Premier", juge le politologue flamand. Michel a pu, dans le débat sur le pacte migratoire, se départir de cette image de paillasson de la N-VA entretenue par l’opposition mais son échec à se maintenir pourrait hypothéquer ce gain dans l’opinion. Par ailleurs, dans un contexte marqué par des mauvais sondages, une remise en cause de la stratégie du Mouvement réformateur, jusqu’ici guidée par Charles Michel, devrait s’amorcer, qui sait, en faisant germer une graine contestataire.

"L’image de Charles Michel était meilleure au Nord en raison de son profil plus en phase avec le spectre politique flamand qui est plus à droite, poursuit Pascal Delwit. Mais également en raison du rôle d’arbitre qu’il a su jouer lors des luttes parfois violentes que se sont livrés N-VA et CD&V. Dans l’affaire du pacte migratoire toutefois, il a cessé d’être cet arbitre pour devenir acteur. Ajoutons ses déclarations de mardi à la Chambre semblant s’adresser aux partis d’opposition de gauche. Il faudra voir quel impact tout cela aura dans l’opinion flamande."

"Charles Michel a perdu une partie de son crédit auprès de la N-VA à la suite de son discours à Marrakech, ajoute Nicolas Bouteca. Mais le MR reste le seul partenaire francophone de la N-VA. La N-VA a donc toujours besoin du MR. Par ailleurs, Charles Michel entretient toujours d’excellentes relations avec Jan Jambon. Ils sont devenus des amis. Il est donc tout à fait possible que Charles Michel retrouve ce crédit perdu."

Les ambitions du CD&V

"Charles Michel a perdu une partie de son crédit à la N-VA mais la N-VA a toujours besoin du MR."
Nicolas Bouteca
Politologue à l’UGent

En dehors des problèmes de Charles Michel, "il ne faut pas sous-estimer l’ambition du CD&V de retrouver le 16 rue de la Loi, développe le politologue flamand. En 2014, il avait sacrifié cette ambition pour empocher le poste de commissaire européen, mais la stratégie du CD&V repose sur une image de bonne gestion des affaires publiques. Le poste de Premier pourrait leur permettre de redorer cette image du ‘goedbestuur’".

Nicolas Bouteca avance d’autres obstacles qui pourraient empêcher Charles Michel de rester au 16 en fonction des résultats des élections et des majorités qui s’en dégageraient. Pour lui, la Flandre accepterait mal un Premier ministre francophone d’un gouvernement qui ne disposerait pas de majorité dans le groupe flamand à la Chambre, comme ce fut le cas sous Di Rupo. Par ailleurs, il faudra voir si côté flamand, on accepterait encore un gouvernement dominé par la N-VA sans que celle-ci prenne la responsabilité du 16.

"On a effectivement vu que ça n’a pas bien marché avec un Bart De Wever qui faisait du bashing du gouvernement depuis l’extérieur, analyse Nicolas Bouteca. Ensuite, à Anvers, De Wever est sous pression. Certains estiment qu’il ne peut diriger la ville et rester président de la N-VA. Ce questionnement pourrait se répercuter au Fédéral avec l’idée que la N-VA doit avoir plus de responsabilités au sein du gouvernement."

Bref, dans l’attente du scrutin, les inconnues sont encore trop nombreuses pour écarter Charles Michel du 16. "Il est jeune et son parcours n’est pas celui d’un Verhofstadt ou d’un Dehaene qui sont devenus députés européens après leur passage au 16. Il ne disparaîtra pas du paysage alors que des postes prestigieux peuvent encore se libérer", estime enfin Pascal Delwit qui cite la commission européenne, la ministre-présidence wallonne ou encore les Affaires étrangères.

Bien sûr, si les prochains scrutins provoquaient le rejet dans l’opposition du MR, c’est de l’intérieur du parti que viendrait le danger pour Charles Michel. Il n’y a jamais eu que des amis. Mais pour l’heure, ses troupes se resserrent derrière lui alors que la défaite électorale menace le parti dans son ensemble.

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