Chasse au Premier ministre: la saison est ouverte

Qui sera le prochain locataire du 16 rue de la Loi? ©Photo News

Une partie de poker politique est lancée au Fédéral. Son enjeu: le poste de Premier ministre.

L'hypothèse d'un gouvernement Vivaldi gagne en crédibilité. Pour autant, rien n'est encore fait. Outre des arbitrages délicats à poser sur des dossiers de fond, les partenaires doivent à tout prix s'entendre sur la personnalité qui dirigera l'attelage gouvernemental.

S'ils y parviennent, la mission de préformation menée par Egbert Lachaert (Open Vld) et Conner Rousseau (sp.a) pourrait rapidement faire place à une véritable formation. Comme de coutume, celui ou celle qui la pilotera aura de grandes chances d'ensuite poser ses valises au 16, rue de la Loi.

Bien qu'ils s'en défendent, nombre de partis lorgnent aujourd'hui le prestigieux poste. Avec chacun ses arguments et l'opinion que son champion est le plus légitime. Tour d'horizon.

Alexander De Croo et Koen Geens en pole

Faute de majorité dans le groupe linguistique néerlandophone (41 sièges sur 89), le Premier ministre devrait être issu d'un parti flamand. C'est un raisonnement qui revient régulièrement. Pour appuyer leur propos, les partisans de cette thèse rappellent que le poste dans la coalition suédoise, minoritaire côté francophone, était revenu au libéral francophone Charles Michel.

Au CD&V et à l'Open Vld, on ne cache d'ailleurs pas ses ambitions. Pour les deux partis, chacun crédité de douze sièges à la Chambre, le "16" revêt une importance majeure. En rejetant la N-VA dans l'opposition, ces formations prennent en effet un risque conséquent. Stratégiquement, obtenir le poste de Premier ministre pourrait leur permettre de peser davantage dans les débats, mais aussi de bénéficier d'une plus grande visibilité. Dans la perspective des élections de 2024, ce ne sont pas des critères que ces partis, en perte de vitesse, peuvent se permettre de négliger.

Alexander De Croo, le champion de l'Open Vld. ©Photo News

Côté libéral, c'est Alexander De Croo qu'on pousse. Proche d'Egbert Lachaert, parfaitement bilingue, le fils d'Herman De Croo peut se targuer d'une importante expérience au Fédéral. Vice-premier ministre dans les gouvernements Di Rupo et Michel, il fut impliqué dans quasi toutes les discussions importantes ces dernières années. Le poids de sa famille politique (26 sièges sur 87) au sein de la coalition constitue aussi un atout.

Les chrétiens-démocrates flamands ne l'entendent toutefois pas de cette oreille. Dans leurs rangs, on rappelle d'ailleurs que le CD&V est, en termes de voix obtenues, le plus important des partis du nord dans l'attelage. L'expérimenté Koen Geens, lui aussi parfait bilingue, semble taillé pour le rôle de Premier ministre, mais ne fait visiblement pas l'unanimité au sein de sa formation. Casse-tête en vue pour le président Joachim Coens, qui assure pourtant que l'heure n'est pas à parler du casting.

La surprise Vande Lanotte

Du côté du sp.a et de Groen, on semble moins préoccupé par la désignation du chef du gouvernement. Pour autant, on n'exclut rien.

Certains observateurs notent d'ailleurs que les socialistes flamands, qui appartiennent à la plus grande famille de la Vivaldi (28 sièges sur 87), ont une belle carte à jouer. Bien qu'il ait annoncé son retrait de la vie politique, Johan Vande Lanotte pourrait, par exemple, reprendre du service.

Chargé d'une mission d'information, en duo avec Didier Reynders (MR), au lendemain des élections, l'ancien président du sp.a et ex-vice-premier ministre remplit en tout cas tous les critères pour le job. Bien vu au nord comme au sud, maîtrisant les langues de Vondel et de Voltaire, son nom pourrait revenir à l'avant-plan si les discussions calent.

Et Groen alors? Les écologistes jugent également qu'ils ne manquent pas de talents pour ce poste. "Il y a suffisamment de talents chez Groen ou Ecolo pour voir émerger un Premier ministre. Si un Vert peut faire l'unanimité, nous sommes prêts à rendre service", a expliqué la coprésidente d'Ecolo Rajae Maouane invitée dimanche du journal de RTL-TVI. En bref: les Verts sont disponibles, mais ne revendiquent pas le 16.

"Si en plus d'avoir un gouvernement qui penche à gauche, on a un chef d'équipe qui est de gauche... "
Georges-Louis Bouchez
Président du MR

Wilmès envers et contre tout

Côté francophone, le MR semble, lui, déterminé à maintenir Sophie Wilmès à son poste. En témoigne l'offensive menée ce week-end par le ministre wallon Jean-Luc Crucke et son président Georges-Louis Bouchez sur les plateaux télévisés.

"On est dans une coalition où il y a une majorité de parlementaires de gauche. Si en plus d'avoir un gouvernement qui penche à gauche, on a un chef d'équipe qui est de gauche... Il faut donner des garanties aux libéraux qui doivent pouvoir faire entendre leur politique", a notamment affirmé Georges-Louis Bouchez.

À ses yeux, pas de doute possible: l'actuelle Première ministre est la personne la plus indiquée pour remplir cette fonction. "Dans n'importe quel autre pays du monde, le fait de reconduire Sophie Wilmès ne serait même pas une question. Quand on voit les sondages d'opinion, elle est largement en tête du côté francophone. Ce serait bien de temps en temps de suivre ce que veut la population", a-t-il assuré.

Magnette en embuscade

Paul Magnette au 16, pas impossible... ©Photo News

En tant que président du plus important parti de la Vivaldi (19 sièges pour le PS), Paul Magnette dispose aussi d'atouts intéressants dans son jeu. Le socialiste, qui peut également se targuer d'appartenir à la plus grande famille politique de la coalition, risque cependant de s'exposer à une opposition féroce des libéraux, et en particulier de leur président Georges-Louis Bouchez.

S'il semble prêt à faire l'impasse sur le 16, le PS lorgnerait, en échange, les portefeuilles des Affaires sociales et de la Santé et pourquoi pas une présidence d'assemblée.

La partie de poker politique est lancée. Son résultat pourrait être connu dès ce vendredi lorsque les préformateurs feront rapport au Roi...

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