Cheron: "Bart De Wever peut-il se métamorphoser en Hugo Schiltz?"

Marcel Cheron

Le spécialiste des questions institutionnelles chez Ecolo, Marcel Cheron, ne participait pas à ces élections fédérales. Cela ne l’empêche pas d’en commenter les résultats.

Ecolo a perdu un tiers de ses électeurs par rapport à 2009. Comment expliquez-vous cela?

Marcel Cheron: Le contexte de l’élection était tout autre. En 2009, dans la foulée du sommet de Copenhague, tout le monde parlait du climat. Les questions de gouvernance étaient aussi très présentes, avec l’affaire Donfut. Ces deux thèmes étaient totalement en phase avec les fondements d’Ecolo.

Cette année, nous étions dans un autre monde: crise économique et crise de l’État belge. L’inquiétude était palpable. Le PS et Elio Di Rupo en particulier sont apparus comme les meilleurs protecteurs. Ils ont été performants et ont bénéficié d’un vote rempart.

Vos coprésidents n’ont-ils pas été trop légers face à cette inquiétude?

Cheron: On peut toujours améliorer une campagne. Mais, sincèrement, sur les marchés, on ne m’a jamais parlé des interviews de Jean-Michel (Javaux). Je le maintiens: l’essentiel, c’est le contexte.

Je veux aussi regarder la bouteille à moitié pleine. Malgré ce contexte, Ecolo réédite son 2e score aux Fédérales. Et se situe toujours bien au-delà de la moyenne européenne des partis verts.

Les programmes des deux grands vainqueurs (PS et N-VA) vous paraissent-ils compatibles?

Cheron:  A priori non. C’est l’immense responsabilité de ces deux partis. Rarement une élection aura désigné aussi clairement des vainqueurs. Leur légitimité leur donne une sorte d’obligation de réussite. Ils ont aussi la responsabilité de ne pas décevoir.

Croyez-vous que la N-VA, parti séparatiste, cherchera vraiment à aboutir à un accord?

Cheron:  J’entends un discours atténué et des dirigeants qui, pour reprendre l’expression de Jean-Luc Dehaene, entrent dans la compréhension de ce que veut l’autre. Bart De Wever semble donc travailler dans une optique de plan A. Mais je n’exclus pas le plan B, une "doctrine Madden" poussée à l’extrême et qui viserait à démontrer que le pays est ingouvernable.

En quoi pourrait-on plus facilement trouver une solution négociée sur BHV avec De Wever qu’avec Dehaene ou De Croo?

Cheron:  Les élections ont changé la donne. Avant, certains avaient en tête des scénarios de non-aboutissement. Ici, a priori -et je mesure bien mes mots- on a quelques années devant nous pour gouverner et faire oublier les concessions. Bart De Wever peut-il se métamorphoser en Hugo Schiltz? La question est posée.

Il faudra une large majorité, forcément hétéroclite. Pourra-t-elle alors prendre les mesures fortes d’ajustement ou devra-t-elle se contenter d’eau tiède?

Cheron:  Je laisse la question au futur formateur. Il faudra des politiques fortes et donc un soutien fort. Ecolo n’appuiera la rigueur que si elle reste socialement acceptable.

Quel serait l’intérêt d’Ecolo à soutenir une majorité avec la N-VA?

Cheron:  Nous sommes depuis toujours disponibles pour le dialogue institutionnel, que nous soyons dans ou hors du gouvernement. Il faudra toutefois être certain que tout le monde veut trouver une solution. Car c’est bien la volonté qui a manqué ces derniers temps. Des discussions, on en a commencé beaucoup. Maintenant, il faut les faire aboutir. Comme nous l’avons fait avec le "premier paquet" de réformes, je le rappelle.

En 2007, vous n’aviez pas voulu négocier avec la N-VA. Quels sont vos tabous, cette fois-ci?

Cheron:  La réalité est différente. Les résultats confèrent des responsabilités à la N-VA. Nous verrons, le cas échéant, leurs propositions.

Si l’on nous invite, notre première demande sera d’associer aussi Groen! Ce n’est pas une exigence mais il serait quand même étrange, dans le contexte actuel, que la famille politique la plus habituée à travailler en commun ne puisse être réunie. Notre groupe commun, c’est notre atout. Ça, on m’en a parlé sur les marchés. Une meilleure collaboration au sein des familles politiques serait précieuse pour le pays.

Nous sommes disponibles pour des réformes au service des forces centripètes. Même si le fédéral a moins de compétences, il doit pouvoir mieux les gérer. Nous plaidons pour une circonscription fédérale, pour une refonte du comité de concertation, pour un Sénat qui soit le lieu de rencontre entre les Régions et les Communautés…

Enfin, bien entendu, nous veillerons à intégrer le développement durable dans le programme gouvernemental. L’avenir de l’économie passe par des investissements dans l’économie verte. Ce n’est guère mis en avant dans les programmes des deux vainqueurs de cette élection.

Propos recueillis par C.D.C.

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