"Chers grévistes, exiger le retrait des réformes n'est pas réaliste"

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Se référant à l'échec des grèves des années 1970, Pieter Timmermans (FEB) propose de nouvelles méthodes de négociation et demande aux grévistes de se mettre à la table des négociations afin que "tout le monde ne soit pas perdant".

L'administrateur délégué de la FEB appelle, dans une longue lettre ouverte, les grévistes à "revenir à la table des négociations et ramener le calme dans le pays".

Disant comprendre leur colère et leur sentiment d'injustice, même s'il n'est "pas d'accord avec tout, et sûrement pas avec la méthode" utilisée, Pieter Timmermans met en garde contre "l'impasse" actuelle qui lui rappelle les années 1970 et "les nécessaires réformes du gouvernement Tindemans". Suite à des grèves massives, le gouvernement était tombé, "mais les problèmes ont subsisté... Et 7 ans plus tard (en 1982) s'en est suivi une paupérisation linéaire et générale de la population, suite à la dévaluation du franc belge".

S'il reconnaît que "la situation économique n'est pas optimale", il remarque que "la reprise se dessine peu à peu", avec 25.000 emplois supplémentaires créés l'an dernier et de nouveaux investissements des entreprises. Or "les investissements d'aujourd'hui sont les emplois de demain".

Pour le patron de la FEB, la réforme du marché du travail est "non pas une suppression de la semaine de 38 heures mais une augmentation des possibilités de travailler davantage (dans certaines limites) lors des pics de production, et par conséquent moins pendant les périodes plus calmes". "Cette mesure nous permettra d'attirer de nouvelles formes d'activité économique (pensons notamment à l'e-commerce)", soutient Timmermans. Quant aux régimes de pension, ils ont "eux aussi besoin d'une réforme, étalée sur une longue période et appliquée avec progressivité. Le bon sens veut qu'étudier plus longtemps, vivre plus longtemps, travailler moins longtemps et aspirer malgré tout à une pension plus élevée, ne sont pas compatibles".

"Exiger le retrait de toutes les réformes n'est pas réaliste. Vous le savez autant que moi. D'autres pays nous ont déjà précédés avec succès dans la réforme du régime de chômage, de l'âge de la pension, de l'e-commerce, du droit du travail, de la prépension. S'ils ont pu le faire, pourquoi pas nous?"
Pieter Timmermans
Administrateur délégué de la FEB

Sur le chapitre des investissements publics, il reconnaît qu'on est "terriblement à la traîne", des conditions indignes à la clé, dans les prisons, la justice ou encore les tunnels bruxellois. "Mais de grâce, épargnez-nous à l'avenir ces gares aux allures monumentales", demande-t-il curieusement aux grévistes et donc aux syndicalistes, qui n'ont jamais été demandeurs de ces investissements pharaoniques le plus souvent défendus par des barons politiques locaux (400 millions d'euros pour la gare de Liège, 800 millions pour celle d'Anvers...).

Continuer à faire la grève alors qu'on a "clairement entendu" le message revient à "mettre à mal la croissance économique parce que les investisseurs se remettent à hésiter". Et les grèves sauvages qui prennent "travailleurs, voyageurs et étudiants en otages" ne fera "sans doute rien pour accroître la compréhension envers vos revendications". "Exiger le retrait de toutes les réformes n'est pas réaliste. Vous le savez autant que moi. D'autres pays nous ont déjà précédés avec succès dans la réforme du régime de chômage, de l'âge de la pension, de l'e-commerce, du droit du travail, de la prépension. S'ils ont pu le faire, pourquoi pas nous?"

Revenir à la table des négociations permettrait de "ne pas étouffer dans l'oeuf la timide reprise économique".

Et la FEB de proposer une nouvelle méthode de négociation: "les partenaires sociaux du niveau fédéral et des instances régionales devraient pouvoir se rencontrer simultanément, et dresser une liste des questions qu'ils souhaiteraient poser aux autorités. Cette démarche aurait déjà le mérite de dissiper pas mal d'imprécisions et de mauvaises interprétations". C'est la première étape indispensable à franchir dans un processus de négociation. Une concertation pourrait ensuite avoir lieu avec le sommet du gouvernement pour trouver réponse à ces questions. Ceux qui refusent de participer à ce processus nourrissent d'autres ambitions que celle de trouver une issue à l'impasse. Si c'est le cas, qu'ils le disent clairement".

Enfin, les autorités devraient pouvoir proposer à la Commission européenne d'alléger, pour une période de 3 ans par exemple, les règles Eurostat en matière d'investissements publics pour notre pays. "Cela permettrait d'éviter que d'importants investissements à gros potentiel de création d'emplois ne puissent plus se faire, ou très difficilement, parce que le montant intégral de l'investissement doit être inclus en une fois dans le budget en cours. La mobilité et certains travaux de rénovation en matière d'infrastructures publiques sont à inscrire, pour ma part, sur la liste des priorités. Un peu d'oxygène en matière d'investissements, en cette période de taux d'intérêt au plus bas et de liquidités suffisantes sur les marchés financiers, est plus que défendable aujourd'hui".

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