interview

Christian Behrendt: "Le Parlement va devenir un vrai lieu de débat"

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Pour le constitutionnaliste Christian Behrendt, "Le gouvernement devra se montrer réceptif par rapport aux propositions de l’opposition".

Historiquement, le dernier gouvernement minoritaire a été celui de Leo Tindemans en 1974. Avant cela, il y avait eu celui de Gaston Eyskens en 1958. A chaque fois, ce furent des constructions éphémères. Christian Behrendt, constitutionnaliste à l’Université de Liège (ULiège), nous explique pourquoi. 

Que retenez-vous de ces derniers événements? 

Ces événements confirment la bipolarité de notre sphère politique. La volte-face de la N-VA sur le pacte migratoire, un document non contraignant - faut-il le rappeler -, obéit à un calcul électoraliste. Le parti a considéré que la question migratoire est un thème sur lequel il peut déployer une communication qui lui sera profitable. Il n’est pas certain que le thème soit aussi porteur au sud du pays. C’est pourquoi Jan Jambon et Theo Francken sont restés très corrects une fois la rupture consommée, tenant à préciser qu’ils n’en voulaient pas vraiment au Premier ministre. 

Quelles sont les chances de survie d’un gouvernement minoritaire? 

«L’opposition n’a rien d’homogène puisqu’elle va du PTB au Vlaams Belang»
C’est une construction fragile.  Le gouvernement minoritaire va devoir constamment regarder vers l’opposition. S’il ne le fait pas, il s’expose à une motion de méfiance puisque l’opposition détient la majorité. No us entrons dans une période  de six mois  où le Parlement va devenir un vrai lieu de débat Les votes majorité contre opposition  selon la discipline de parti,  c’est provisoirement fini.  Ceci étant, nous sommes en présence d’une opposition qui n’a rien d’homogène, puisqu’elle va du PTB au Vlaams  Belang . Les majorités pourront changer au gré des projets de loi ou des propositions de loi. Deuxième bémol au nouveau pouvoir dont disposera le Parlement, c’est qu’à la  moindre motion de méfiance, on ir a aux élections anticipées.  La Chambre peut voter une motion de méfiance dès la semaine prochaine, si elle le souhaite. Mais c ela représente une grande responsabilité dans la mesure où personne ne souhaite  vraiment  des élections anticipées.  

Pourquoi? 

Parce qu’il me semble peu réaliste de négocier un accord de gouvernement en février ou mars prochain, alors qu’on vote de toute façon le 26 mai pour les régionales et les européennes. Un accord de gouvernement, c’est une centaine de pages thématiques qui nécessitent une négociation et des compromis. Ce n’est pas très compatible avec une campagne électorale qui battra son plein jusqu’au scrutin du 26 mai. 

Un gouvernement peut-il encore gouverner dans ces conditions? 

Le gouvernement va devoir changer son discours. Ce sera un exercice de modestie, étant donné que sa position ne sera plus celle de la majorité des Belges. Il devra se montrer à tout le moins réceptif par rapport aux propositions formulées par l’opposition. Mais l’opposition sera, elle aussi, investie d’une grande responsabilité. Elle dispose certes de l’arme nucléaire qu’est la motion de méfiance, mais cela signifie automatiquement des élections anticipées. En tout état de cause, les parlementaires disposeront d’un champ d’action plus large qu’avec une majorité classique. Le Parlement sera plus que jamais le patron du système. Cela laisse un champ très ouvert, même si sur le long terme, on peut déplorer un évident manque de prévisibilité. 

 

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