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Cinq scénarios de sortie de crise politique sur le gril

Paul Magnette, le nouveau président du PS, a été chargé par le roi Philippe d'explorer les possibilités de formation d'une nouvelle coalition... ©Photo News

Un gouvernement sans la N-VA est-il possible? Risque-t-on de retourner voter rapidement? Jean Faniel (Crisp) analyse les quelques voies d'issue à la crise politique fédérale.

Le roi Philippe a désigné mardi soir le président du PS, Paul Magnette, en tant qu'informateur. Celui-ci devra rendre son rapport le 18 novembre. Il a donc treize jours pour faire le tour du problème, qui n'a pas changé depuis les élections de mai dernier. Deux possibilités de gouvernement existent globalement: avec la N-VA ou sans la N-VA. La première, incluant les nationalistes flamands, est celle qui a été privilégiée jusqu'ici, mais sans succès. La deuxième a-t-elle plus de chances de voir le jour? Et si pas, quelles sont les autres possibilités pour sortir de cette crise politique?

Jean Faniel, le directeur du Crisp (Centre de recherche et d’information socio-politiques) analyse chaque scénario.

Un gouvernement sans la N-VA

Un gouvernement excluant les nationalistes flamands réunirait les socialistes et écologistes du nord et du sud, les libéraux francophones ainsi que soit le CD&V, soit l'Open VLD ou les deux. "Les trois formules restent possibles, note Jean Faniel. Le CD&V et l'Open VLD sont interchangeables puisqu'ils ont chacun douze sièges." Mais les deux premières options ne déboucheraient que sur une faible majorité: 76 sièges sur 150. La plus probable? Le CD&V a sans doute plus d'affinités avec un programme de gauche, mais l'Open VLD pourrait s'appuyer sur le MR. 

Refiler la patate chaude au président du PS est un coup bien joué de la part du palais.
Jean Faniel
Crisp

Si l'Open VLD et le CD&V signent tous les deux pour gouverner, la majorité serait bien sûr beaucoup plus large, avec 88 sièges. Alors, presque facile? Pas du tout.

"Ces deux partis gouvernent en Flandre aux côtés de la N-VA, ce n'est pas facile pour eux de se démarquer de leur allié, d'autant qu'on ne connaît rien de leurs négociations pour le niveau régional: y a-t-il un pacte entre les partis flamands ou sont-ils libres de s'engager au Fédéral?", se demande Jean Faniel. Pour l'Open VLD, c'est d'autant plus difficile que la présidente subit une contestation, venant notamment de Vincent Van Quickenborne pour ramener la barre plus à droite. Quant au CD&V, il se cherche un nouveau président...

En outre, le fait de pouvoir embarquer dans un gouvernement soit l'Open VLD, soit le CD&V soit les deux permet de mettre ces deux partis en concurrence. "Ces deux-là sont-ils assez proches pour s'entendre sur une position - monter à deux au fédéral ou renoncer tous les deux, sachant qu'ils vont devoir se partager des postes de ministre s'ils y vont à deux?"

"Ça vaut la peine de creuser cette formule, mais avec les veto et exclusives, ça diminue les chances de réussite. Le terrain est extrêmement miné pour Paul Magnette. Un gouvernement avec un seul de ces deux partis flamands serait très faible. Et bien sûr, la N-VA tirera dessus en rappelant qu'il n'est pas assez flamand; l'argument n'est guère recevable puisque les francophones ont été dans le cas, mais ça, ce sera vite oublié...", résume le responsable du Crisp.

Un retour aux urnes

Va-t-on revoter prochainement? "Il est possible qu'on ait des élections anticipées sans avoir formé de gouvernement", acquiesce Jean Faniel, mais celui-ci entrevoit une autre possibilité. "Si on arrive à former un gouvernement sans la N-VA, mais avec l'Open VLD et/ou le CD&V, cette coalition n'aurait pas la vie facile. On pourrait avoir des élections anticipées, mais après la formation d'un gouvernement, dans un an ou deux." La situation du pays, point de vue politique, économique, etc., serait alors différente. 

"Mais au regard d'élections anticipées, la question qui se pose pour le CD&V et l'Open VLD est: ces partis préfèrent-ils aller aux élections, dont ils ne sont pas sûrs du tout qu'elles leur seront favorables, sur un constat d'échec ou plutôt en ayant essayé d'engranger quelques avancées avant de considérer que ça ne fonctionne pas? Dans ce cas, ils se seraient démarqués de la N-VA, mais ne porteraient pas sur eux le constat d'échec. C'est un gros dilemme", analyse Jean Faniel.

La convocation d'élections anticipées peut se passer de deux manières. Et ça pourrait ne pas être simple non plus d'opter pour une des solutions...:

· La Chambre, le Sénat et le gouvernement s'accordent sur une déclaration de révision de la Constitution, avec une liste d'articles qui doit être votée à la majorité simple. Cela entraîne la dissolution des Chambres et les élections sont convoquées endéans les 40 jours. 

·  Vu que le gouvernement est démissionnaire, le Roi peut dissoudre le Parlement. La dissolution est actée par la Chambre avec une majorité absolue et les élections sont convoquées dans les 40 jours.

Un gouvernement d'experts

Un gouvernement de techniciens poserait deux problèmes, aux yeux de Jean Faniel. D'abord, au point de vue pratique. "Qui choisir? On serait reparti avec des questions sensibles sur l'appartenance linguistique, philosophique, politique... Ensuite, un tel gouvernement prendrait des décisions en considérant la "bonne solution technique". Mais la démocratie, ce n'est pas cela! C'est un arbitrage, des choix."

Un gouvernement d'experts prendrait des décisions en considérant la "bonne solution technique". Mais la démocratie, ce n'est pas cela!
Jean Faniel
Crisp


Un gouvernement intérimaire de crise

"Pour cette option, il faudrait de toute façon un vote de confiance. Et si l'on n'est pas capable de mettre 76 députés d'accord sur un projet, comment peut-on trouver une majorité qui donne carte blanche à 15 personnes? Pour faire quoi? Avec qui? La question reste la même que pour une coalition normale. L'exemple du gouvernement Verhofstadt III a créé un précédent, mais l'horizon était plus clair à ce moment-là", rappelle le directeur du Crisp.

Un gouvernement autour du PS et de la N-VA... quand même

Paul Magnette va probablement (ré)explorer cette voie, mais... "Refiler la patate chaude au président du PS est un coup bien joué de la part du Palais, estime Jean Faniel. Il peut terminer de creuser la piste et en acter l'impossibilité pour passer à autre chose. C'est un cas très clair au vu de notre histoire politique, ça n'a rien d'anormal: on a essayé, ça n'a pas marché. Cela pourrait être son constat le 18 novembre. Sa mission pourrait alors être prolongée..."

Néanmoins, Magnette se doit d'essayer et de se frotter aux exigences de la N-VA qui présente des priorités diamétralement opposées à celle des socialistes. "Même s'il y a des convergences, note Jean Faniel. La N-VA pourrait s'inspirer du succès du Vlaams Belang et on pourrait avoir un accord sur une pension minimum de 1.500 euros. Mais on ne fait pas un programme gouvernemental sur cette seule base..."

Chronique | Psychologie politique


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