analyse

La mission de Paul Magnette tangue mais ne chavire pas

©Photo News

Les libéraux demandent des projections budgétaires. Le PS assure que 10 partis sont toujours impliqués malgré la réunion arc-en-ciel de samedi.

Nouvelle phase de dramatisation. Samedi, l’informateur royal Magnette organisait une réunion avec les trois familles politiques d’une potentielle coalition arc-en-ciel. Écologistes, socialistes et libéraux du nord et du sud se sont vus dans une ambiance constructive, nous revient-il. Cette réunion est perçue comme un signe: l’arc-en-ciel se prépare. On n’y est toutefois pas encore. Côté MR, il a été demandé à Paul Magnette de fournir un cadre budgétaire à ses notes de convergences dont les premières versions ont filtré dans la presse en début de semaine dernière. Le socialiste devrait rencontrer cette demande d’ici mercredi matin, apprend-on à bonne source.

En attendant, cette réunion discrète a provoqué une vague de réactions indignées au nord du pays. À la N-VA d’abord où Bart De Wever a sorti les bazookas pour exercer une pression maximum sur l’Open Vld, son partenaire au gouvernement flamand. "Il y a rupture de confiance" avec le top du parti, a-t-il notamment asséné en se disant disponible pour prendre la main au fédéral. Il sait l’Open Vld divisé sur l’opportunité ou non de contribuer à une majorité sans les nationalistes. Le bureau politique des libéraux flamands, réuni ce lundi, n’a pas tranché cette question. Ils restent à bord jusqu’au prochain rapport au Roi de l’informateur, le 9 décembre.

Au CD&V également, la pilule de samedi est très mal passée. Les démocrates-chrétiens flamands, qui semblent exclus à ce stade des discussions, continuent d’exiger un tandem De Wever/Magnette pour lancer la formation du prochain gouvernement. La réunion de samedi, est considérée comme un "manque de respect". Se basant sur les premiers éléments de la note Magnette, ils ne veulent pas soutenir un éventuel arc-en-ciel. Celui-ci ne dispose pour rappel que d’une majorité de 76 sièges sur 150 ce qui est peu praticable. La formule n’a pas de majorité en Flandre même si le CD&V venait à s’y associer.  Faisons le tour de la situation.

1/ Que se passe-t-il à l’Open Vld?

Le parti, 12 sièges au Parlement, est une pétaudière depuis que certains de ses poids lourds ont évolué sur la question de savoir s’il fallait continuer à s’arrimer à la N-VA. Cet été, alors que le duo Reynders/Vande Lanotte tentait de rapprocher les points de vue, les libéraux flamands étaient clairs, il fallait que la N-VA et le PS collaborent. Depuis, de l’eau est passée sous les ponts et la mission de préformation menée par Rudy Demotte (PS) et Geert Bourgeois (N-VA) cet automne s’est soldée par un échec.

L’Open Vld est durement attaqué par la N-VA. Mais reste à bord de l’information royale menée par Paul Magnette.

Il semble que deux blocs s’affrontent aujourd’hui à l’intérieur de l’Open Vld. Un bloc s’est formé autour de la présidente Gwendolyn Rutten pour ouvrir la porte à l’exclusion de la N-VA. On y trouve également le ministre flamand Bart Somers et Mathias De Clerck, bourgmestre de Gand. Maggie De Block a également ouvert la porte mais de manière moins directe. En face, de Vincent Van Quickenborne et Egbert Lachaert, chef de groupe à la Chambre, restent sur la ligne initiale du parti, craignant de soutenir un gouvernement trop à gauche qui décortique le bilan des sortants. Alexander De Croo, vice-Premier, se montre on ne peut plus discret.

Gwendolyn Rutten, ce lundi au siège de l’Open Vld, est toujours pressentie pour devenir la prochaine locataire du 16 rue la Loi. ©BELGA

L’Open Vld a décidé de ne pas mettre à mort la mission de Paul Magnette qui se poursuivra jusqu’au 9 décembre, a-t-il communiqué lundi à l’issue du bureau politique. "Les négociateurs Gwendolyn Rutten et Alexander De Croo ont la confiance unanime du bureau du parti", a-t-il indiqué.

Les libéraux resserrent donc les rangs, insistent sur l’importance du contenu libéral du projet élaboré au cours de l’information et de la cohésion avec le MR. L’Open Vld entend résister à la pression des autres partis flamands et décider seul de ce qu’il convient de faire "dans l’intérêt de ceux qui travaillent et qui ont travaillé". Dans la presse flamande, circule l’idée que Gwendolyn Rutten hériterait du poste de Premier ministre en cas d’arc-en-ciel alourdissant la pression sur le parti.

"Nous ne sommes pas à vendre", a toutefois clamé Gwendolyn Rutten ce lundi soir sur le plateau de l'émission flamande Terzake, laissant en suspens la question de savoir si elle avait effectivement reçu une offre pour devenir Première ministre. Elle a toutefois assuré qu'elle ne signerait pas un chèque en blanc en échange du "16". "Ce n'est pas une question de postes, mais de projet", a-t-elle ajouté.

En tant que libéraux, nous déciderons nous-mêmes de ce que nous voulons. Si nous rejoignons un gouvernement, nous le jugerons sur la base du projet.
Gwendolyn Rutten
présidente de l'Open Vld

Quant aux critiques émanant de la N-VA et du CD&V concernant un éventuel gouvernement arc-en-ciel, la présidente des libéraux flamands s'est également voulue très claire: "Nous déciderons nous-mêmes du projet que nous choisirons."

Elle a alors poursuivi: "Nous sommes maintenant plus de 180 jours après les élections. Je pense que tout le pays demande une solution. Nous nous préparons à un blocus. Laissez l'informateur faire son travail. En tant que libéraux, nous déciderons nous-mêmes de ce que nous voulons. Si nous rejoignons un gouvernement, nous le jugerons sur la base du projet. Ce doit être un projet positif. Nous devons nous y reconnaître. Je trouve les commentaires de ces derniers jours plutôt insolents."

2/ Que se passe-t-il au PS?

Paul Magnette ne s’exprime pas en dehors des conférences de presse qu’il organise dans le cadre de sa mission. Lundi avant le bureau de parti, on a toutefois entendu le chef de groupe Ahmed Laaouej inviter les partis flamands à prendre leurs responsabilités en évacuant de préférence la N-VA. Le négociateur Jean-Claude Marcourt est sorti de sa réserve, relayé par l’agence Belga. 

"Il n’y a aujourd’hui aucune note d’exclusion. On essaie de construire ce qui pourra permettre à un formateur de construire un gouvernement", assure-t-il. "L’informateur a des contacts avec le CD&V et la N-VA. Il a fait une réunion avec les autres partis mais, demain, nous pourrions voir d’autres scénarios". Il souligne l’attitude constructive de l’Open Vld pendant qu’Ahmed Laaouej invite le CD&V à la discussion.

3/ Quid de la N-VA et du CD&V?

Le CD&V reste sur son exigence d’un axe de formation PS/N-VA.

Info ou intox, la N-VA  dont certains estiment qu’elle a déjà choisi l’opposition  joue la dramatisation en plein en tentant de donner à l’Open Vld une image de traître à la cause flamande. Bart De Wever est revenu à l’avant-plan. Le CD&V est quant à lui en pleine campagne interne pour la présidence du parti, ce qui explique en partie sa mise de côté de ce week-end.Mais les socio-chrétiens n’ont pas soutenu les éléments jugés trop à gauche de la note Magnette et sont échaudés par la majorité qui s’est dégagée à la Chambre pour réformer le droit à l’avortement.

La séquence est difficile et plusieurs ténors du parti (Van Rompuy et De Crem) sont sortis pour flinguer la mission de Paul Magnette et lancer Bart De Wever au moins comme préformateur. Dans les rangs du CD&V, on estime sans doute que la N-VA n’a pas été suffisamment abimée pour justifier de s’en détacher.C’est sans doute ce qui a poussé Paul Magnette à ne pas les inviter samedi.

4/ Et dans les autres partis francophones?

Le MR appuie toujours une formule avec la N-VA au contraire des autres partis francophones.

Les regards se tournent vers le MR et pas uniquement parce que Georges-Louis Bouchez en est le nouveau président. Également car il est nécessaire à la montée de l’Open Vld. À cet égard, les déclarations de Georges-Louis Bouchez affichant sa préférence pour une alliance avec la N-VA ne facilitent pas les choses pour l’Open Vld, entend-on.

Pourtant, il ressort que la ligne du MR ne bouge pas: le plan A, c’est avec la N-VA. Pour l’heure, le cdH n’est pas spécialement exposé et ne s’offusque pas de ne pas avoir été invité samedi.Ses cinq sièges pourraient servir à consolider l’arc-en-ciel. DéFI et ses deux sièges font également offre de service. PS, Ecolo, cdH et DéFi ne sont pas prêts à travailler avec la N-VA, isolant le MR côté francophone.

Côté flamand | Une guerre de com’

La N-VA a sorti l’artillerie lourde après la révélation de cette réunion arc-en-ciel organisée samedi par Paul Magnette. Principale cible: l’Open Vld.

"Visiblement, le Vld envisage de faire payer des milliards aux Flamands, de mettre sous pression l’emploi et les entreprises et d’ouvrir le robinet de l’immigration. On a du mal à croire que la base de ce parti suivra sans réagir cette folie qui ne représente qu’un Flamand sur trois, donc une minorité dans la Région qui paie la majeure partie de l’addition", a dégainé le président du parti Bart De Wever.

La perspective d’une coalition sans majorité parmi les 89 députés flamands de la Chambre reste également imbuvable pour le CD&V. Le ministre Koen Geens a indiqué qu’il manquait 400.000 électeurs à la coalition arc-en-ciel. Bref la guerre de com’ est totale pour qui veut éviter de perdre des plumes dans l’opinion flamande. A cet égard, le troc présumé de l’Open Vld pour obtenir le 16 rue de la Loi est largement exploité.

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